Portées par la hausse des exportations et les investissements dans l’exploration et la transformation locale, les activités minières prennent une place croissante dans l’économie rwandaise. Kigali entend désormais accélérer cette dynamique, tout en développant les capacités du secteur et ses retombées en matière d’emploi.
Le Rwanda vise plus de 2,17 milliards $ de recettes annuelles issues des exportations de minerais d’ici 2029, conformément aux objectifs de la deuxième Stratégie nationale de transformation (NST2). Cet objectif a été rappelé le lundi 28 septembre par le ministère des Finances et de la Planification économique.
Cette ambition intervient alors que le secteur minier connaît une progression soutenue. Selon le Rwanda Mines, Petroleum and Gas Board (RMB), les recettes d’exportation de minerais sont passées de 373 millions $ en 2017 à 1,75 milliard $ en 2024, soit une hausse de près de 369 % en sept ans.
Today, with @RwandaMinesB, we convened a Stakeholder Workshop on Climate Insurance for Mines and Quarry Workers. Mining is central to #NST2. Mineral exports are expected to reach over USD 2.17 billion in annual revenue by 2029, and create over 92,000 jobs.
— Ministry of Finance & Economic Planning (@RwandaFinance) September 28, 2026
Climate shocks are… pic.twitter.com/OGxV9AAxOH
Des investissements pour accroître la valeur ajoutée
Pour poursuivre cette dynamique, Kigali mise sur l’exploration minière, la mécanisation des opérations, la professionnalisation du secteur, la transformation locale des minerais et l’amélioration de l’accès au financement. Le pays mène depuis 2023 une campagne nationale d’exploration portant sur plusieurs ressources, dont l’or et le lithium.
Le Rwanda cherche également à accroître la valeur ajoutée produite localement. Il dispose déjà d’installations dédiées au raffinage de l’or et du tantale ainsi qu’à la fusion de l’étain. De nouvelles capacités de traitement sont également envisagées.
L’expansion du secteur minier s’accompagne d’enjeux en matière d’emploi et de protection de la main-d’œuvre. Dans le cadre de la NST2, Kigali ambitionne de porter les emplois liés au secteur à plus de 92 000 d’ici 2029. Ce niveau était déjà dépassé fin 2025. Selon les données du RMB, le secteur employait alors plus de 92 000 personnes.
Sur le plan fiscal, le Rwanda a réformé en 2024 le régime applicable aux activités minières. La loi n°056/2024 a fixé les taux de la taxe sur les minerais entre 0,5 % et 3 %, contre des taux pouvant atteindre 6 % auparavant.
Cette dynamique se traduit également dans les comptes nationaux. Au deuxième trimestre 2026, le secteur minier a généré environ 82 millions $ de PIB, contre environ 76,1 millions $ au premier trimestre, soit une hausse d’environ 8 % par rapport au trimestre précédent.
Carelle Yourann (stagiaire)
Edité par M.F. Vahid Codjia
Les perturbations du détroit d’Ormuz et de Bab el-Mandeb poussent les producteurs du Moyen-Orient à repenser leurs itinéraires pétroliers. Les infrastructures égyptiennes, entre mer Rouge et Méditerranée, prennent ainsi une importance accrue dans la région.
L’Irak étudie la possibilité de stocker une partie de son brut en Égypte afin de diversifier ses voies d’acheminement hors du détroit d’Ormuz. L’information a été donnée par Salim al-Rikabi, porte-parole du ministère irakien du Pétrole, selon des propos rapportés dans la presse locale le 27 septembre. Le projet s’inscrit dans un dispositif qui pourrait, à terme, relier le sud de l’Irak à la Méditerranée via la Jordanie et le nord-est de l’Égypte.
Le porte-parole a indiqué que Bagdad examinait plusieurs propositions de participation à des projets de raffineries et de stockage hors d’Irak. L’Égypte, Oman et Singapour figurent parmi les destinations étudiées, le gouvernement devant encore sélectionner les options à retenir.
La piste égyptienne repose sur plusieurs étapes d’infrastructure. Selon le schéma actuellement étudié, le brut pourrait être acheminé via le futur corridor Bassora-Haditha jusqu’au port jordanien d’Aqaba, avant un éventuel prolongement vers Al-Arish, dans le nord-est du Sinaï. Le stockage en Égypte ne constitue donc pas encore une solution opérationnelle pour les exportations irakiennes.
Les perturbations d’Ormuz poussent Bagdad à multiplier les options
Les exportations irakiennes de brut par voie maritime ont fortement varié depuis le déclenchement, le 28 février, du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Elles sont passées d’environ 550 000 barils par jour en mars à 132 000 b/j en avril, puis à 98 000 b/j en mai, avant de remonter progressivement à 2,16 millions b/j en août.
C’est dans ce contexte que Bagdad examine des solutions de stockage et de commercialisation à l’étranger. À Oman, l’une des options est déjà encadrée par deux protocoles d’accord signés en septembre 2025 entre la State Oil Marketing Organization d’Irak (SOMO), OQ, anciennement Oman Oil Company, et sa filiale Oman Tank Terminal Company (OTTCO).
Le premier prévoit un partenariat stratégique pour développer un projet intégré de stockage de brut irakien dans la zone économique spéciale de Duqm. Le second confie à OQ Trading la commercialisation du pétrole irakien sur les marchés mondiaux, en s’appuyant sur ses capacités administratives et commerciales.
L’option omanaise dispose ainsi d’un degré de formalisation plus avancé que la piste égyptienne. Un partenariat est déjà formalisé à Duqm, tandis que le projet en Égypte dépend encore de la réalisation du corridor terrestre prévu par Bagdad.
L’Égypte offre un débouché potentiel vers la Méditerranée
L’intérêt des infrastructures égyptiennes s’inscrit dans un contexte régional marqué par les perturbations de plusieurs routes pétrolières. L’Arabie saoudite a notamment redirigé une partie de ses exportations vers la mer Rouge pendant la guerre avec l’Iran. Certains volumes ont transité par le canal de Suez ou par un pipeline égyptien reliant la mer Rouge à la Méditerranée.
Cette réorientation est intervenue alors que le détroit d’Ormuz était perturbé et que l’East-West Pipeline saoudien avait été endommagé. Les risques se sont également accrus autour de Bab el-Mandeb, après les avancées des Houthis au Yémen et les attaques contre des navires saoudiens depuis juillet.
Le 15 septembre au Caire, le prince héritier Mohammed ben Salmane et le président Abdel Fattah al-Sissi ont affirmé leur engagement en faveur de la liberté et de la sécurité de la navigation en mer Rouge et à Bab el-Mandeb. Aucun nouveau mécanisme précis n’a cependant été annoncé.
Pour l’Égypte, les perturbations en mer Rouge ont parallèlement réduit le trafic du canal de Suez et pesé sur ses recettes. Elles ont aussi replacé ses infrastructures reliant les deux façades maritimes au centre des réflexions sur les itinéraires pétroliers de la région. En ce qui concerne Bagdad, la question est désormais de savoir si ces infrastructures peuvent être intégrées à son propre dispositif d’exportation.
Olivier de Souza
Le Ghana a recours aux importations pour la quasi-totalité de ses besoins en engrais. Jusqu’ici marginal, le segment des engrais organiques suscite un intérêt croissant de la part des investisseurs qui souhaitent se lancer dans l’industrie des fertilisants.
Au Ghana, l’entreprise ABC Oyeasase Yie Ltd a signé, le 24 septembre dernier, un protocole d’accord avec le ministère de l’Alimentation et de l’Agriculture (MoFA) pour la mise en place d’une unité de mélange d’engrais organiques dans la région de l’Est. D’un coût annoncé de 50 millions $, le projet prévoit une capacité annuelle de 500 000 tonnes, selon le ministère.
Près de deux mois plus tôt, le 28 juillet, c’est l’entreprise Omanbapa AgriTech qui signait un protocole d’accord avec le MoFA pour la construction d’une usine de production d’engrais organiques dont le site d’implantation doit être choisi entre les régions d’Ashanti et d’Ahafo. Évalué à 10 millions $, le projet prévoit une capacité initiale comprise entre 20 000 et 30 000 tonnes par an, extensible à 60 000 tonnes à terme. L’entreprise prévoit notamment de valoriser des résidus agricoles comme les spathes de maïs pour approvisionner l’usine.
Ces deux projets annoncent ainsi un changement d’échelle par rapport au niveau encore limité de la production locale d’engrais organiques. Selon les données compilées par le Centre international pour le développement des engrais (IFDC), celle-ci était estimée à 7 883 tonnes en 2024. Cette estimation repose toutefois sur les données disponibles auprès de seulement deux entreprises au moment de la validation des statistiques.
Une exposition aux importations d’engrais minéraux à réduire
Le développement de ces nouvelles capacités s’inscrit d’abord dans une volonté de renforcer l’offre locale d’intrants. Dans son communiqué sur le projet ABC Oyeasase Yie, le MoFA évoque explicitement la réduction de la dépendance aux engrais importés.
Cette orientation intervient dans un marché où les importations occupent une place centrale. Selon l’édition 2025 des statistiques de l’IFDC, le Ghana a importé 554 457 tonnes d’engrais en 2024, dont moins de 1 % d’engrais organiques. Les engrais minéraux importés comprennent notamment le NPK, l’urée, le sulfate d’ammonium ou encore le chlorure de potassium, certains étant ensuite mélangés localement avant leur distribution. Cette dépendance aux importations d’engrais minéraux expose également les agriculteurs et les finances publiques aux fluctuations du marché international.
Dans son rapport Commodity Markets Outlook publié en avril dernier, la Banque mondiale prévoit une hausse de plus de 30 % des prix mondiaux des engrais en 2026, notamment sous l’effet des perturbations du transport maritime dans le détroit d’Ormuz, un corridor stratégique par lequel transite près d’un tiers du commerce maritime mondial de fertilisants, soit environ 16 millions de tonnes par an.
C’est dans ce contexte que le Ghana a également modifié son dispositif de soutien aux producteurs. En mars 2026, le gouvernement a annoncé le remplacement du système de subvention par une distribution gratuite d’engrais aux agriculteurs pour la campagne agricole. Si cette nouvelle politique vise à encourager l’utilisation des engrais en supprimant le coût supporté par les producteurs, elle fait aussi peser sur l’État le coût de l’approvisionnement sur un marché international volatil.
Le développement d’une industrie locale d’engrais organiques apparaît ainsi comme l’une des pistes permettant au Ghana de réduire sa dépendance aux approvisionnements extérieurs. Les nouvelles capacités ne permettront pas nécessairement de remplacer les engrais minéraux importés. Leur intérêt réside plutôt dans l’élargissement de l’offre locale, la valorisation des résidus agricoles et, à terme, la réduction d’une partie de l’exposition du pays aux marchés internationaux.
Stéphanas Assocle
Édité par Wilfried ASSOGBA
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21/09/2026 : Ghana : les investissements se multiplient dans la production locale d’engrais
Avec Monte Muambe, la société minière NeoTerra entend contribuer au renforcement des chaînes d’approvisionnement américaines en minerais critiques. Cette ambition repose principalement sur le potentiel diversifié du projet, qui s’étend des terres rares au spath fluor.
Au Mozambique, la junior britannique NeoTerra (ex-Altona Rare Earths) cherche à obtenir une subvention de 5 millions USD auprès du gouvernement américain pour son projet de minerais critiques Monte Muambe, afin de soutenir ses plans d’exploitation de spath fluor. L’initiative annoncée lundi 28 septembre, peut en cas de concrétisation, positionner Washington sur une autre ressource stratégique dans le pays lusophone, où il a déjà investi dans les terres rares et le graphite.
Avant cette nouvelle sollicitation, NeoTerra avait déjà en effet obtenu cette année une subvention de 1,87 million USD de l’United States Trade and Development Agency (USTDA) pour financer l’étude de préfaisabilité (PFS) du volet consacré aux terres rares de Monte Muambe. La nouvelle enveloppe espérée pourrait ainsi marquer un renforcement du soutien américain au secteur mozambicain des minerais critiques, dans lequel l’agence fédérale américaine de financement du développement (DFC) a également approuvé en 2024 un prêt de 150 millions USD à Syrah Resources, opérateur de Balama. Cette mine de graphite approvisionne déjà le marché américain, notamment dans le cadre d’un accord avec le constructeur automobile Tesla.
NeoTerra prévoit d’affecter les fonds demandés à des travaux visant à porter les ressources de Monte Muambe à 4 millions de tonnes de fluorure de calcium (CaF₂) contenu, contre 716 000 tonnes actuellement. L’objectif est de s’appuyer sur cette nouvelle base de ressources pour envisager une future mine de plus grande envergure.
Un métal critique pour Washington
Le spath fluor est un minerai riche en fluorure de calcium, un composé chimique utilisé dans la fabrication de produits tels que l’aluminium, l’essence, les mousses isolantes, les fluides frigorigènes, l’acier et le combustible nucléaire. Il figure parmi les 60 minéraux reconnus par les États-Unis comme critiques pour leur économie et leur sécurité nationale. L’enjeu est d’autant plus important qu’aucune production minière significative de ce minerai n’a été signalée sur le sol américain depuis 1995, les besoins nationaux étant ainsi couverts à 100 % par des importations nettes, selon l’US Geological Survey (USGS).
L’intérêt américain pour le spath fluor peut aussi s’expliquer par la concentration géographique de sa production. Sur un total mondial estimé à 10 millions de tonnes en 2025, la Chine en fournissait à elle seule 6 millions, soit environ 60 % de l’offre. Une concentration qui prend une importance particulière à un moment où l’administration Trump multiplie les initiatives destinées à réduire la dépendance américaine aux chaînes d’approvisionnement en minerais critiques dominées par Pékin. L’Empire du Milieu ne représentait toutefois qu’environ 10 % des importations américaines sur la période 2021-2024, contre 64 % pour le Mexique, 12 % pour le Vietnam et 9 % pour l’Afrique du Sud.
Mais ces différents facteurs ne garantissent pas pour autant la concrétisation du financement sollicité par NeoTerra. L’accompagnement des premières étapes de développement de sources émergentes de minerais critiques fait effectivement partie de la stratégie américaine, comme l’illustrent les fonds déjà injectés dans le projet. Toutefois, les dynamiques propres aux terres rares et au spath fluor ne sont, par exemple, pas les mêmes et pourraient donc conduire à des arbitrages différents dans ce cas. Le Mozambique ne fournit actuellement pas ce minerai, mais la liste des producteurs reste relativement diversifiée, avec notamment le Brésil, la Mongolie et l’Espagne.
Les prochaines communications sur cette initiative permettront donc de mesurer l’accueil que les officiels américains lui auront réservé. En attendant, NeoTerra indique vouloir poursuivre les travaux en vue de développer une exploitation initiale de 50 000 tonnes de spath fluor par an sur le site. Des études économiques sont en cours pour appuyer ce plan.
Aurel Sèdjro Houenou
Édité par Wilfried ASSOGBA
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21/08/2026 - Terres rares : le soutien de Washington fait avancer le projet mozambicain Monte Muambe
La hausse du coût de la dette intervient alors que Banjul mise sur une progression des recettes intérieures pour accroître ses marges de financement. Le gouvernement prévoit notamment une augmentation des recettes fiscales et des ressources du General Lines Fund en 2027.
Le gouvernement gambien prévoit une hausse de 20,2 % du service de la dette en 2027, à 222,7 millions $ contre 185,4 millions $ en 2026. Cette projection a été présentée le vendredi 25 septembre par le ministre des Finances et des Affaires économiques, Seedy K.M. Keita (photo).
Ce montant représente environ 39,5 % des recettes et subventions attendues en 2027. Cette hausse intervient dans un contexte où la dette publique gambienne s’élevait à 2,12 milliards $ en 2025, correspondant à 73,9 % du PIB, selon le FMI. À elle seule, la dette extérieure représentait plus de 62,3 % de la dette totale et plus de la moitié du PIB du pays.
Selon les projections du FMI, le service de la dette extérieure devrait représenter jusqu’à 3 % du PIB en 2027, soit un montant de près de 91 millions $.
Ces chiffres interviennent alors que le gouvernement table sur des recettes et subventions de plus de 40,96 milliards de dalasis (GMD), soit 553 millions $. Pour atteindre cet objectif, les autorités entendent accroître les recettes intérieures. Les recettes du General Lines Fund (GLF) et les subventions devraient progresser de 14,2 % en 2027, tandis que les recettes fiscales devraient augmenter de 16,5 %.
Cette stratégie s’inscrit dans la continuité des efforts engagés en 2026. Au premier semestre, les recettes publiques hors subventions liées aux projets ont atteint 15,35 milliards GMD (211,4 millions $), en hausse de 8 % sur un an.
D’après le ministre des Finances, la croissance est projetée à 5,6 % en 2027, après 5,7 % en 2025, portée notamment par l’agriculture, la construction, le tourisme et les transferts de fonds. Le budget prévoit aussi d’étendre la budgétisation par programme à toute l’administration centrale afin de mieux aligner les dépenses sur les priorités nationales.
Carelle Yourann (stagiaire)
Edité par M.F. Vahid Codjia
L’Ouganda prépare l’utilisation de l’IA pour automatiser la détection de certains contenus diffusés sur les plateformes numériques. Le projet intervient alors que Kampala travaille parallèlement à la définition d’un cadre national pour l’utilisation et la gouvernance de l’IA.
La Commission ougandaise des communications (UCC) prépare l’acquisition d’un système capable d’identifier et de filtrer certains contenus en ligne, notamment ceux à caractère sexuellement explicite. Le projet a été annoncé le vendredi 25 septembre par la ministre ougandaise chargée des TIC, Kasule Lumumba (photo), dans un contexte de préoccupations croissantes autour de la diffusion de contenus sexuellement explicites, notamment d’images et de vidéos générées par l’IA.
L’initiative s’inscrit dans un environnement où l’UCC dispose déjà de pouvoirs de régulation sur les contenus audiovisuels et numériques. Les règles adoptées en 2019 prévoient des dispositions relatives à la protection des enfants et aux contenus diffusés par les services de communication. L’introduction de l’IA pourrait donc faire évoluer cette régulation vers une détection plus automatisée des contenus.
Mais plusieurs paramètres restent inconnus
Le projet présenté ne précise ni le fournisseur du système ni son coût, les plateformes concernées, les catégories précises de contenus qui seront détectées ou encore les modalités de gestion des erreurs de détection. Les autorités n’ont par ailleurs pas détaillé les garanties prévues en matière de transparence, de recours ou de protection des utilisateurs.
La question des langues constitue également un enjeu technique. La ministre a indiqué que les systèmes devront être capables de traiter les langues locales pour être réellement efficaces dans le contexte ougandais.
Cette initiative intervient parallèlement à la construction d’un cadre de gouvernance de l’IA. En mars 2026, le ministère chargé des TIC a lancé des consultations nationales pour élaborer la Stratégie nationale pour l’intelligence artificielle et les technologies émergentes, destinée notamment à encadrer l’adoption et la gouvernance de ces technologies.
En juin, le gouvernement ougandais et l’UNESCO ont par ailleurs validé une évaluation de la préparation du pays à l’IA. Le processus examine notamment les capacités du pays à adopter et à encadrer cette technologie de manière responsable et éthique.
Adoni Conrad Quenum
Agriculture, PME, climat et énergie concentrent l’essentiel des priorités, alors que l’institution vient d’engager un nouveau cycle stratégique beaucoup plus ambitieux.
La BOAD muscle encore ses capacités de financement. Réuni le 24 septembre à Lomé, son conseil d’administration a approuvé cinq nouvelles lignes de ressources pour un montant cumulé de 655,982 milliards de francs CFA (1,1 milliard de dollars), auxquelles s’ajoute une subvention de 885,5 millions de FCFA. Au total, près de 656,9 milliards de FCFA viendront renforcer la capacité d’intervention de la Banque ouest-africaine de développement.
La plus grosse enveloppe provient de l’Agence française de développement (AFD). Paris met sur la table plus de 196 milliards de FCFA, complétés par une subvention de 885,5 millions. Les ressources doivent notamment accompagner la transformation institutionnelle et environnementale de la BOAD et renforcer l’intégration des enjeux climatiques dans ses opérations.
Trois partenaires apportent ensuite chacun 131,2 milliards de FCFA. L’italienne Cassa Depositi e Prestiti (CDP) cible l’agriculture et l’agro-industrie, avec des financements destinés aux acteurs publics comme privés. La Banque africaine de développement (BAD), pour sa sixième ligne de crédit à la BOAD, vise les PME dans des secteurs allant de l’agriculture au numérique, en passant par la santé, l’éducation et l’énergie. Même montant du côté de la Banque de développement de Chine, dont la quatrième ligne doit fournir des ressources longues pour financer les PME de l’UEMOA via les banques commerciales et les fonds partenaires.
Enfin, l’allemande KfW engage 65,595 milliards de FCFA en faveur du solaire, du stockage par batteries et des infrastructures de réseau.
Des ressources pour accompagner le nouveau plan stratégique
Cette mobilisation intervient au démarrage de « Djoliba… La Suite », le nouveau plan stratégique 2026-2030 de la BOAD, adopté en mars. L’institution vise 6 500 milliards de FCFA de financements sur cinq ans, soit près du double de l’ambition du précédent plan. Pour soutenir cette montée en puissance, elle prévoit notamment de mobiliser 2 650 milliards de FCFA par emprunt, de mettre en œuvre un programme de titrisation de 1 100 milliards de FCFA et de poursuivre sa transformation en un groupe articulé autour d’entités spécialisées.
Les nouvelles lignes approuvées en septembre s’inscrivent ainsi directement dans l’un des principaux défis de ce nouveau cycle : trouver suffisamment de ressources longues et compétitives pour financer une capacité d’intervention en forte hausse.
Au-delà des montants, cette salve illustre aussi la diversification des bailleurs de la BOAD. La banque régionale combine désormais capitaux européens, africains, chinois et même japonais pour alimenter son bilan et réduire sa dépendance à une seule catégorie de financeurs.
La dynamique était déjà visible avant le lancement de ce nouveau plan. À fin 2025, l’encours des lignes de crédit de la BOAD atteignait environ 1 252,8 milliards de FCFA, contre 795 milliards un an auparavant.
La Côte d’Ivoire entend intégrer davantage l’IA dans sa stratégie de développement touristique. Le gouvernement veut s’appuyer sur les technologies numériques pour améliorer l’expérience des visiteurs, mieux valoriser les destinations régionales et renforcer la compétitivité du secteur à l’horizon 2030.
La Côte d’Ivoire veut faire de l’intelligence artificielle (IA) un levier supplémentaire pour développer son industrie touristique. Le ministre du Tourisme et des Loisirs, Siandou Fofana (photo), a réaffirmé cette orientation le dimanche 27 septembre, à l’occasion de la Journée mondiale du tourisme, placée sous le thème « Le numérique et l’intelligence artificielle pour repenser le tourisme ».
Le gouvernement ambitionne de faire de la Côte d’Ivoire une « destination touristique intelligente », en s’appuyant sur l’IA pour mieux cerner les attentes des visiteurs, personnaliser leur expérience et renforcer la promotion de l’offre touristique ivoirienne. Cette technologie pourrait également contribuer à mieux valoriser le patrimoine culturel, l’artisanat, la gastronomie, l’écotourisme et les destinations régionales, tout en facilitant l’accès à l’information touristique et la gestion des flux de visiteurs.
« L’État prendra toute sa part dans cette transformation en créant les conditions nécessaires à l’appropriation de ces technologies, au renforcement des compétences et à l’émergence d’un écosystème touristique numérique compétitif, innovant et créateur d’emplois », a assuré le ministre. Il souligne toutefois que l’IA ne doit pas se substituer à la dimension humaine du tourisme.
Tourisme : Siandou Fofana appelle à intégrer l’IA comme un levier supplémentaire de compétitivité, d’innovation et de création de valeur
— Gouvernement de Côte d'Ivoire (@Gouvciofficiel) September 28, 2026
Positionner durablement la Côte d’Ivoire parmi les grandes destinations touristiques africaines. Telle est l’ambition exprimée par le… pic.twitter.com/wR04CjSihH
Le secteur poursuit sa croissance
Cette orientation s’inscrit dans la deuxième phase de la stratégie « Sublime Côte d’Ivoire », prévue pour la période 2026-2030, après une première phase mise en œuvre entre 2018 et 2025. Celle-ci a notamment porté sur la structuration de l’offre touristique, le développement de la destination ainsi que l’augmentation des investissements et des emplois dans le secteur.
Cette première phase s’est accompagnée d’une évolution de plusieurs indicateurs du secteur. En 2025, le tourisme représentait 8,7 % du PIB et la Côte d’Ivoire avait accueilli plus de 6,7 millions de visiteurs. Le secteur comptait également plus de 650 000 emplois créés entre 2018 et 2025, tandis que la capacité d’hébergement du pays atteignait près de 87 000 chambres.
Pour la période 2026-2030, le gouvernement vise désormais 10 millions de visiteurs par an et entend faire de la Côte d’Ivoire l’une des cinq principales destinations touristiques du continent. Cette nouvelle phase devrait également mobiliser plus de 1000 milliards FCFA (1,7 milliard $) d’investissements.
Charlène N’dimon
Edité par M.F. Vahid Codjia
Les autorités algériennes cherchent à réduire la dépendance de l’économie aux hydrocarbures, en structurant de nouvelles chaînes de valeur autour des minerais. Le projet de valorisation du phosphate s’inscrit dans cette optique, une partie de la production d’engrais devant être exportée vers des marchés extérieurs.
Le géant algérien des hydrocarbures Sonatrach a lancé, le jeudi 24 septembre, les travaux de construction du complexe de production d’engrais d’Oued Kebrit dans la wilaya de Souk Ahras, dans le nord-est de l’Algérie. Cette unité industrielle constitue le deuxième maillon du Projet de Phosphate Intégré (PPI) de Tébessa, un vaste programme destiné à transformer le phosphate extrait dans l’est du pays en engrais et en produits chimiques, avant leur acheminement vers les marchés.
Le PPI repose sur une chaîne industrielle intégrée en trois étapes. La première concerne l’extraction et l’enrichissement du phosphate dans la région de Bled El Hadba, dans la wilaya de Tébessa. La deuxième porte sur la transformation chimique du minerai et la production d’engrais à Oued Kebrit, dans la wilaya voisine de Souk Ahras. La troisième comprend enfin les infrastructures nécessaires à l’acheminement et à l’exportation des produits finis depuis le port d’Annaba.
Le complexe d’Oued Kebrit constitue le principal maillon industriel de cette chaîne. Sa construction a été confiée à la société italienne Saipem, dans le cadre d’un contrat d’ingénierie, d’approvisionnement et de construction (EPC) signé avec Sonatrach en août 2026. Saipem interviendra sur les installations de transformation et de production d’engrais liées au projet de phosphate intégré.
Le complexe réunira plusieurs unités permettant de transformer le phosphate en différents types d’engrais. Il produira notamment du DAP, du MAP et du NPK, ainsi que des engrais azotés, en particulier de l’urée. Le site comprendra également des unités destinées à fabriquer les produits chimiques nécessaires à ces opérations, notamment de l’acide sulfurique, de l’acide phosphorique et de l’ammoniac.
La capacité de production atteindra près de 3 millions de tonnes par an, dont 2,4 millions de tonnes d’engrais phosphatés et de 570 000 tonnes d’engrais azotés. Le gaz naturel algérien sera également intégré au processus industriel, notamment pour la production des engrais azotés et de certains produits chimiques.
Pour accélérer la réalisation du complexe, Sonatrach a retenu la formule EPC Fast Track. Trois de ses filiales participeront également aux travaux : la Société algérienne de réalisation de projets industriels (SARPI), la Société nationale d’ingénierie civile et de construction (GCB) et l’entreprise des Grands travaux pétroliers (GTP). Ce dispositif doit permettre de réduire les délais de construction du complexe.
De la mine au port, une chaîne industrielle intégrée
Mais cette unité de transformation ne constitue qu’un maillon du PPI. En amont, le programme commence dans la région de Bled El Hadba, à Tébessa, où sera construit un complexe consacré à l’extraction et à l’enrichissement du phosphate brut. Cette première étape prévoit une capacité d’extraction de 5,5 millions de tonnes de phosphate brut par an. Le minerai extrait sera ensuite enrichi sur place afin de produire jusqu’à 3,2 millions de tonnes de phosphate concentré destiné aux unités de transformation chimique d’Oued Kebrit.
Le projet prévoit enfin un troisième volet consacré à la logistique et à l’exportation. Des infrastructures seront construites au niveau du port d’Annaba afin d’acheminer les engrais et autres produits finis vers les marchés extérieurs, pour les volumes qui ne seront pas absorbés par le marché algérien. La réalisation de ces infrastructures portuaires a été confiée à l’entreprise chinoise China Harbour Engineering Company (CHEC), dans le cadre d’un contrat signé en août 2026. Les travaux portuaires doivent ainsi assurer le débouché logistique des produits fabriqués dans le cadre du PPI.
À travers ce projet, l’Algérie cherche à mieux valoriser ses ressources phosphatières en développant sur son territoire les différentes étapes de leur transformation. Le PPI doit notamment permettre au pays de renforcer son approvisionnement en engrais tout en développant une offre destinée aux marchés extérieurs. Cette stratégie s’inscrit plus largement dans les efforts de diversification de l’économie algérienne au-delà des hydrocarbures. Le pays dispose d’importantes ressources phosphatières dans l’est du territoire, avec un potentiel géologique estimé à plus de 3 milliards de tonnes pour le bassin phosphatier oriental.
Le développement du PPI vise ainsi à transformer une partie de cette ressource minière en produits industriels à plus forte valeur ajoutée, plutôt qu’à se limiter à l’extraction et à la commercialisation du minerai brut.
Walid Kéfi
Pour la BOAD, les nouvelles capacités doivent surtout renforcer la sécurité des approvisionnements du Togo et des pays de l’hinterland, tout en consolidant la fonction de hub pétrolier régional de Lomé.
Au Togo, le Complexe pétrolier de Lomé (COMPEL) s’apprête à augmenter ses capacités. La Banque ouest-africaine de développement (BOAD) a approuvé un financement de 37 milliards de francs CFA, soit 64,1 millions $, pour accompagner l’extension des infrastructures de stockage de la société.
Le projet prévoit 170 000 m³ de capacités supplémentaires. COMPEL revendique actuellement une capacité opérationnelle d’environ 244 000 m³. L’extension représente donc l’équivalent de près de 70 % de cette capacité actuelle et pourrait porter le potentiel du complexe à plus de 400 000 m³.
Situé dans la zone industrielle de Lomé, à 3,5 kilomètres du port, COMPEL dispose d’un quai pétrolier capable d’accueillir des navires pouvant atteindre 250 mètres, de pipelines dédiés aux différents produits ainsi que de plusieurs quais de chargement pour camions-citernes. L’infrastructure sert au stockage et à la redistribution de produits pétroliers destinés aussi bien au marché togolais qu’à plusieurs pays de la sous-région.
L’enjeu est en effet régional. Le complexe fait partie d’un ensemble comprenant également la Société togolaise de stockage de Lomé (STSL) et T-Oil.
Cette extension prend aussi une dimension géopolitique dans un Sahel en recomposition. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger, trois pays enclavés, ont officiellement quitté la CEDEAO en janvier 2025, sans pour autant réduire leur dépendance aux corridors des pays côtiers pour leur approvisionnement énergétique. Les tensions internationales sur les marchés de l’énergie rendent cette dépendance davantage visible.
Au cours du mois de septembre 2026, le distributeur public ghanéen BOST a réduit ses livraisons de carburants au Burkina Faso et au Mali afin de privilégier son propre marché, dans un contexte de tensions sur l’offre mondiale. En augmentant ses capacités de stockage, Lomé renforce donc son rôle potentiel de corridor alternatif et de sécurisation des approvisionnements des pays sahéliens enclavés.
COMPEL constitue par ailleurs un actif stratégique de l’État togolais. En 2019, le gouvernement a transféré à Togo Invest Corporation, sa holding d’investissement, la totalité de sa participation dans la société. Togo Invest avait également reçu 40 % de STSL et près de 80 % de T-Oil.
Cette nouvelle extension intervient alors que COMPEL poursuit la modernisation de ses installations. En 2025, la société avait notamment lancé des travaux de réparation de plusieurs bacs et un projet de construction d’un réservoir de 1000 m³ destiné au Jet A-1, le carburant d’aviation.
Fiacre E. Kakpo
Edité par M.F. Vahid Codjia