Au Sénégal, la concrétisation d’un investissement privé ne dépend pas seulement des capitaux mobilisés. Autorisations, accès à la terre, fiscalité et relations avec les administrations peuvent également conditionner son calendrier. L’APIX est chargée d’accompagner les investisseurs dans ces démarches.
L’annonce de l’investissement de 11,7 milliards FCFA (plus de 20 millions $) de Sadio Mané dans un complexe agro-industriel à Bambali a suscité un large écho au Sénégal et au-delà. Mais derrière la pose de la première pierre, le 19 septembre, sa concrétisation dépend encore de plusieurs étapes, à commencer par la mobilisation du foncier nécessaire à son volet agricole.
L’Agence pour la promotion des investissements et des grands travaux (APIX), qui accompagne SM10 Agro, a détaillé cette semaine auprès d’Agence Ecofin son intervention dans la sécurisation des emprises et la facilitation des démarches foncières, administratives et réglementaires liées au projet.
« Nous sommes l’interface entre l’investisseur et l’administration, avec une responsabilité : lever les contraintes, faciliter l’accès au foncier et accompagner chaque étape du projet », a déclaré le directeur général de l’APIX, Bakary Séga Bathily.
Selon l’APIX, 10 hectares ont déjà été mobilisés pour accueillir l’usine. L’agence évoque par ailleurs une « perspective de 500 hectares supplémentaires » pour la plantation.
On ignore à ce stade quelle superficie est aujourd’hui effectivement sécurisée. Ce décalage entre les deux emprises n’est pas anodin. SM10 Agro doit associer une plateforme industrielle à une exploitation agricole destinée notamment à alimenter le complexe en mangues. L’usine, dont la capacité de traitement est annoncée à 8 500 tonnes par an, doit produire de la pulpe, des mangues séchées et du beurre de mangue, tandis que la plantation d’environ 500 hectares doit accueillir quelque 78 000 arbres.
La question du foncier était déjà posée avant le lancement officiel. « Il y a des problèmes pour obtenir la superficie de 500 hectares. Nous avons pour le moment 10 hectares pour l’implantation d’usine », déclarait le 20 août Ibrahima Touré, maire de Bambali, au quotidien sénégalais Le Soleil, précisant que les discussions se poursuivaient pour réunir la superficie totale.
L’APIX dans son rôle de facilitateur
L’intervention de l’APIX dans ce projet s’inscrit dans les missions générales de l’agence publique sénégalaise. Son dispositif de facilitation accompagne notamment les investisseurs dans l’obtention d’autorisations et de permis, l’accès au foncier ainsi que les relations avec l’administration. L’APIX gère également des régimes incitatifs permettant, sous certaines conditions, de bénéficier d’avantages fiscaux et douaniers.
Dans le cas de SM10 Agro, cet accompagnement dépasse donc la seule question des terres. Lors de la présentation du projet à Dakar, Bakary Séga Bathily avait indiqué que l’investissement bénéficierait pendant cinq ans d’exonérations fiscales et douanières pour l’importation de certains équipements.
La suite du projet permettra désormais de mesurer la progression de ces différentes démarches. Reste notamment à savoir quelle part des 500 hectares prévus pourra effectivement être mobilisée, selon quelles modalités et dans quel calendrier. Le développement de la plantation sera également à suivre, tout comme la construction de l’usine et les conditions d’approvisionnement du complexe avant la montée en puissance du volet agricole. Autant d’éléments qui détermineront le rythme auquel SM10 Agro pourra passer de l’investissement annoncé à l’exploitation.
Après son lancement à titre pilote en 2025, le mécanisme douanier sous-régional entre dans une nouvelle phase avec l’appui de la banque panafricaine. Son extension contribuera à réduire les contraintes administratives qui pèsent encore sur le transit des marchandises dans la région.
Afreximbank a accordé une garantie de 29 millions $ à BSMART Technology Ltd pour accompagner le déploiement de l’EACBond, le système régional de cautionnement douanier de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC). La banque l’a annoncé le mercredi 23 septembre.
Afreximbank has issued a US$29-million guarantee to BSMART Technology Ltd to support the implementation and scaling of the EAC Customs Bond, a technology-enabled regional customs guarantee solution designed to facilitate the movement of goods across East African countries.
— African Export-Import Bank - Afreximbank (@afreximbank) September 23, 2026
The… pic.twitter.com/JJZbazZ6Vr
BSMART Technology Ltd est l’entreprise chargée de la mise en œuvre technologique de l’EACBond, qui permet de gérer numériquement les garanties douanières. Le dispositif permet aux commissionnaires en douane, aux garants et aux administrations douanières de traiter les cautionnements sur une plateforme numérique.
Pour les transporteurs acheminant des marchandises à travers plusieurs pays de la région, le projet permettra de limiter les formalités administratives et d’éviter la présentation répétée de documents physiques à chaque poste-frontière. L’EACBond permet ainsi de couvrir un même transit avec une garantie unique, plutôt que de multiplier les garanties nationales aux différents points de passage.
Le système a été lancé à titre pilote en août 2025, notamment en Ouganda, avant l’intégration du Rwanda et du Burundi en janvier 2026. Il a ensuite été officiellement présenté lors du sommet des chefs d’État de la CAE en mars 2026.
Des échanges sous-régionaux en hausse
L’appui d’Afreximbank intervient alors que les échanges commerciaux au sein de l’EAC progressent. Au deuxième trimestre 2026, les échanges commerciaux de la région ont atteint 52,3 milliards $, en hausse de 37 % sur un an. Les exportations intra-EAC ont également progressé de 33,2 %, pour atteindre 3,2 milliards $.
Cette progression accroît les besoins en infrastructures et en procédures adaptées à des flux commerciaux plus importants. En juillet 2026, l’EAC appelait notamment à de nouvelles réformes aux frontières, avec un recours accru aux technologies numériques pour améliorer l’efficacité des opérations.
Selon Afreximbank, le soutien à l’EACBond s’inscrit dans le Régime collaboratif africain de garantie de transit (AACTGS), qui vise à développer des mécanismes de garantie pour faciliter le commerce intra-africain.
Carelle Yourann (stagiaire)
Alors que les compagnies pétrolières sélectionnent plus durement leurs investissements et que les scénarios de demande à long terme divergent, disposer de pétrole dans son sous-sol ne garantit plus sa mise en production. En Afrique, plusieurs découvertes restent suspendues à leur capacité à devenir économiquement exploitables.
De la Mauritanie au Liberia, plusieurs pays africains disposent de gisements ou de découvertes pétrolières qui n’ont toujours pas débouché sur une exploitation commerciale, parfois plus d’une décennie après leur identification. La commercialisation annoncée pour octobre 2026 d’une première cargaison d’environ 250 000 barils issue du champ béninois de Sèmè montre pourtant qu’un projet longtemps jugé trop petit, trop coûteux ou difficile à développer peut retrouver une viabilité lorsque ses conditions économiques, techniques ou industrielles changent.
Sèmè est un projet de taille modeste. Le champ a produit environ 22 millions de barils entre 1982 et 1998, avant d’être arrêté alors que le brut se négociait autour de 14 dollars le baril. Pour l’État béninois, les retombées passeront notamment par sa participation de 15 % au projet, une redevance de 10 % sur le pétrole et sa part du pétrole de profit prévue par le contrat de partage de production.
Des ressources en attente
Ces retombées économiques espérées prochainement par le Bénin sont l’aboutissement de plusieurs tentatives. Dans les années 2000, SAPETRO avait déjà foré de nouveaux puits et installé des infrastructures en vue d’une reprise, mais les résultats techniques et l’économie du projet n’avaient pas permis d’aller jusqu’à la production. Akrake Petroleum a repris le champ en 2023 avec une équation différente : un réservoir principal qui s’est repressurisé pendant les années d’arrêt, deux puits horizontaux pour mieux récupérer le pétrole restant et un dispositif allégé reposant sur des unités flottantes louées pour produire, stocker et charger le brut.
Dans un champ situé à seulement 20 à 30 mètres de profondeur d’eau, ce schéma à coûts réduits a rendu possible le développement des 5,7 millions de barils de réserves prouvées et probables aujourd’hui retenus. C’est précisément cette évolution de l’équation économique qui maintient un espoir pour d’autres ressources africaines laissées en attente.
La Mauritanie offre l’un des parallèles les plus directs. Après avoir produit du pétrole à Chinguetti entre 2006 et 2017, le pays ne dispose plus de champ pétrolier en exploitation. Il conserve pourtant Walata, anciennement Tiof, dont le ministère de l’Énergie estime les réserves à environ 280 millions de barils, ainsi que Tevet, évalué à 40 millions de barils. Les autorités indiquent que la faisabilité d’un redéveloppement de Walata est toujours à l’étude. Une éventuelle production rouvrirait une source de revenus pétroliers pour l’État, dont le Code des hydrocarbures prévoit le partage de la production avec les contractants et une option de participation publique d’au moins 10 %.
À Madagascar, ce n’est pas la taille géologique de la ressource, mais la nature du pétrole qui complique son exploitation. L’Office des mines nationales et des industries stratégiques (OMNIS) estime à 1,7 milliard de barils l’huile lourde contenue à Tsimiroro. Doté d’un plan de développement approuvé en 2015, le projet reste pourtant en phase de développement. Son pétrole est une huile lourde, ce qui complique son extraction et sa valorisation. Madagascar Oil approvisionne déjà des entreprises locales en fuel lourd depuis septembre 2022.
En revanche, l’absence de raffinerie à Madagascar rend complexe la transformation de cette huile en carburants destinés aux véhicules. À une tout autre échelle, le Venezuela illustre la même contrainte. Ses 303 milliards de barils de réserves prouvées, les plus importantes au monde, sont majoritairement constitués de brut extra-lourd, dont l’exploitation reste difficile.
Même une grosse découverte ne suffit pas
La Namibie montre que le problème ne concerne pas seulement les petits gisements. Après plusieurs découvertes sur la licence PEL39, Shell a déprécié en 2025 quelque 400 millions de dollars d’actifs, invoquant notamment une faible perméabilité des réservoirs et une forte proportion de gaz qui compliquaient leur développement. En juin 2026, le forage Merlin-1X a toutefois rencontré du pétrole léger dans un réservoir de meilleure qualité, conduisant Shell à poursuivre l’évaluation d’une commercialisation du bloc.
Ces projets devront trouver leur place dans un marché dont l’avenir reste prometteur. Dans son scénario intégrant les politiques déjà adoptées ou officiellement proposées, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) voit la demande mondiale de pétrole plafonner autour de 102 millions de barils par jour vers 2030, avant de décliner progressivement. Si seules les politiques actuellement en vigueur sont prises en compte, elle atteindrait encore 113 millions de barils par jour en 2050, selon le World Energy Outlook 2025. L’OPEP prévoit pour sa part 124 millions de barils par jour en 2050. À titre de comparaison, la demande mondiale tourne aujourd’hui autour de 105 millions de barils par jour.
Emiliano Tossou
Les grandes transactions portant sur des montants supérieurs à 500 millions de dollars continuent de dominer le marché depuis plus d’une décennie. Entre janvier et juillet de l’année en cours, trois mégadeals ont représenté environ 75 % de la valeur totale des transactions.
La valeur globale des fusions-acquisitions (M&A) impliquant des entreprises opérant en Afrique a atteint 11,6 milliards de dollars durant les sept premiers mois de 2026, enregistrant ainsi une hausse de 19 % par rapport à la même période de 2025, selon un rapport publié le 21 septembre par le cabinet de conseil Boston Consulting Group (BCG).
Intitulé « 2026 M&A Report », le rapport précise que le volume des transactions a cependant chuté de 32 % sur la période de référence, pour s’établir à 200 transactions.
La trajectoire observée en Afrique est identique à celle qui a prévalu à l’échelle mondiale : la hausse de la valeur découle essentiellement d’un nombre très limité de transactions. Sur le continent africain, trois opérations de fusions-acquisitions d’un montant cumulé de 8,7 milliards de dollars ont représenté environ 75 % de la valeur totale des transactions. Les 197 autres transactions n’ont totalisé qu’environ 2,9 milliards de dollars. Cette concentration n’est pas un phénomène nouveau. Depuis bien plus d’une décennie, le marché africain des fusions-acquisitions se caractérise par une poignée de « mégadeals » représentant une part disproportionnée de la valeur globale. Cette tendance de fond reflète un marché africain qui n’a pas encore atteint la profondeur et la masse critique perceptibles sur d’autres marchés plus établis.
Le rapport indique d’autre part que la taille moyenne des grandes transactions ayant une valeur supérieure à 500 millions de dollars a plus que doublé en Afrique, passant de 1,1 milliard de dollars au cours des sept premiers mois de 2025 à 2,9 milliards de dollars durant la même période de l’année en cours.
La taille moyenne des transactions plus petites est, en revanche, restée inchangée d’une année à l’autre, à environ 14 millions de dollars.
La reprise des fusions-acquisitions constatée sur le continent se distingue également par un écart important entre l’activité entrante (inbound) et celle sortante (outbound). La valeur des transactions ciblant des entreprises africaines a augmenté de 63 % entre janvier et juillet, pour atteindre 7,8 milliards de dollars, contre 4,8 milliards de dollars durant la même période de 2025. Dans le même temps, la valeur des transactions impliquant des acquéreurs africains a chuté de 44 %, passant de 8,3 milliards de dollars à 4,7 milliards de dollars. Les flux entrants et sortants ne s’additionnent pas, car les transactions intra-africaines sont comptabilisées à la fois comme entrantes et sortantes.
Des perspectives favorables à moyen terme
Le secteur des minerais et métaux a dominé l’activité entrante durant la période sous revue, représentant environ les trois quarts de la valeur des transactions ciblant des entreprises africaines. La plus grande transaction a été l’acquisition par l’américain Alcoa Corporation de cinq actifs de la chaîne de valeur de l’aluminium de South32, dont la plus grande fonderie d’aluminium africaine, Hillside Aluminium, pour un montant estimé à 5,5 milliards de dollars.
Le secteur de l’énergie est également resté une pierre angulaire de l’activité entrante, porté par l’appétit croissant des acquéreurs originaires des États du Golfe pour les actifs africains. En juillet 2026, l’émiratie ADNOC Distribution s’est, par exemple, offert l’activité de vente au détail de carburant aval de Shell en Afrique du Sud pour 1 milliard de dollars. Dans une transaction de plus petite taille, la société norvégienne Panoro Energy a déboursé 167 millions de dollars auprès de la société américaine Kosmos Energy pour porter sa participation dans le champ offshore Ceiba et le complexe de production pétrolière Okume, en Guinée équatoriale, de 14,25 % à 54,6 %.
De son côté, le secteur des services financiers a affiché un certain dynamisme, grâce notamment à la finalisation de la fusion-absorption d’Allianz Maroc par Sanlam Maroc et à l’acquisition de la société de conseil en investissement basée au Luxembourg Osead Fund par le groupe marocain Ayrad Group.
La valeur des transactions liées à l’industrie du private equity est, quant à elle, passée de 1 milliard de dollars au cours des sept premiers mois de 2025 à 2,9 milliards de dollars durant la même période de l’année en cours, malgré une légère baisse du nombre de deals recensés.
Le rapport souligne par ailleurs que les perspectives du marché africain des fusions-acquisitions restent globalement positives à moyen terme. La forte croissance démographique, l’urbanisation galopante et l’adoption accélérée du numérique en Afrique continuent de soutenir l’intérêt à long terme des investisseurs, tandis que le rôle du continent dans les chaînes d’approvisionnement mondiales en minerais de transition devrait attirer de nouveaux investisseurs stratégiques vers des actifs phares. Toutefois, le conflit au Moyen-Orient pourrait rendre le déploiement de capitaux des fonds souverains et des entreprises d’État originaires des pays du Golfe beaucoup plus sélectif.
Walid Kéfi
L’Afrique de l’Est cherche à renforcer ses corridors énergétiques, alors que les États enclavés dépendent de leurs voisins pour leurs approvisionnements. Dans la région, raffineries, terminaux et réseaux de transport redessinent les flux pétroliers.
L’Éthiopie, Djibouti et le groupe nigérian Dangote se lancent dans un projet de 660 millions de dollars destiné au transport de produits pétroliers raffinés entre les deux pays. Long de 120 km, le pipeline reliera Damerjog, à Djibouti, à Dewele, en Éthiopie, avec respectivement des installations de stockage d’environ 375 000 m³ et 800 000 m³ sur les deux sites.
Le projet a été annoncé le 24 septembre par le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed lors d’une visite à Djibouti, aux côtés du président Ismail Omar Guelleh et du président du groupe Dangote, Aliko Dangote. Ethiopian Investment Holdings (EIH), la société publique chargée de gérer les investissements de l’État éthiopien, Dangote Industries et Great Horn Investment Holding, la société publique d’investissement de Djibouti, ont signé un mémorandum d’entente pour son développement. Les trois dirigeants ont également posé la première pierre de l’infrastructure, dont la mise en service est prévue dans un délai de 18 mois.
Le dispositif doit associer la réception maritime et le stockage à Damerjog au transport par conduite, puis au stockage et à la livraison des carburants à Dewele. Il doit ainsi assurer la continuité logistique entre le point d’entrée des produits et les infrastructures éthiopiennes. Cette organisation répond à une contrainte structurelle pour Addis-Abeba. Sans accès à la mer depuis 1993, avec l’indépendance de l’Erythrée, l’Éthiopie utilise Djibouti comme principal débouché maritime, tandis qu’une grande partie de ses importations de produits pétroliers est acheminée à l’intérieur du pays par camions-citernes. Le recours à la conduite doit réduire les coûts et les délais associés à cette logistique sur le corridor entre les deux pays.
« Avec Ismail Omar Guelleh et Aliko Dangote, nous annonçons aujourd’hui un investissement stratégique majeur visant à relier Damerjog, à Djibouti, à Dewele, en Éthiopie, par un nouveau pipeline destiné au transport de produits pétroliers raffinés, doté de terminaux de stockage à ses deux extrémités », a commenté le Premier ministre éthiopien.
EIH attribue également à l’investissement un enjeu de fiabilité des approvisionnements. La réduction des goulets d’étranglement doit faciliter la circulation des carburants et renforcer la résilience de la chaîne logistique. Le remplacement d’une partie des trajets routiers devrait en outre réduire l’empreinte carbone associée à leur transport.
Dangote étend son empreinte énergétique en Afrique de l’Est
L’opération prolonge le rapprochement entre EIH et Dangote dans l’industrie éthiopienne. Les deux partenaires travaillent déjà sur un complexe d’engrais à Gode, dans la région Somali. Initialement évalué à 2,5 milliards de dollars pour une capacité annuelle de trois millions de tonnes d’urée, le projet a depuis vu son périmètre élargi, portant l’investissement prévu à plus de 4 milliards de dollars. Il comprend notamment une unité de production de NPK, une centrale électrique de 120 MW, un gazoduc de 110 km et une unité de production d’emballages en polypropylène.
Le groupe nigérian élargit aussi ses activités énergétiques en Afrique de l’Est. Au Kenya, il doit lancer avec le gouvernement la construction d’une raffinerie de 700 000 barils par jour à Lamu, pour un investissement annoncé de 16 milliards de dollars. La première pierre est prévue le 30 septembre 2026, tandis que Nairobi négocie avec Dangote un pipeline d’environ 800 km reliant les champs pétroliers du nord-ouest du pays au futur complexe de raffinage.
La logique diffère de celle du projet éthiopio-djiboutien. Au Kenya, les infrastructures envisagées doivent accompagner le développement des ressources pétrolières du Turkana et leur acheminement vers la côte. Entre Damerjog et Dewele, l’objectif est de fluidifier l’approvisionnement d’un pays qui dépend de son accès maritime à Djibouti pour ses importations de carburants.
Olivier de Souza
Dans sa nouvelle stratégie de développement industriel, l’Afrique du Sud fait de la valorisation locale des minéraux produits sur son sol, notamment ceux considérés comme étant stratégiques, un impératif. Sa mise en œuvre devrait mobiliser à la fois des capitaux publics et privés.
Jeudi 24 septembre, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, Parks Tau (photo), ministre sud-africain du Commerce et de l’Industrie, a présenté les grandes lignes de l’agenda de son gouvernement en vue d’un éventuel partenariat avec les États-Unis dans le domaine des minerais critiques. Si son discours a mis en avant plusieurs enjeux stratégiques pour les pays africains, notamment la transformation locale des ressources, il s’inscrit surtout dans un contexte diplomatique tendu entre Pretoria et Washington.
L’intervention s’est tenue lors d’une table ronde organisée à New York avec des membres de la South African Chamber of Commerce USA (SACCUSA), qui rassemble des entrepreneurs ayant des liens avec l’Afrique du Sud et établis aux États-Unis. Rappelant la diversité du potentiel minier sud-africain, Parks Tau a présenté les principaux éléments que Pretoria entend mettre sur la table dans les discussions avec Washington. Il a notamment réitéré la volonté de s’aligner sur les priorités américaines et de contribuer à réduire les vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement des États-Unis.
Le ministre a également insisté sur l’intérêt de projets combinant extraction et raffinage, ainsi que sur le rôle que l’Afrique du Sud pourrait jouer comme plateforme régionale, en s’appuyant sur les ressources de pays voisins comme la RDC, la Zambie et le Zimbabwe, notamment dans le lithium, le cuivre et le cobalt. Cette ambition s’accompagne d’une proposition de plateforme d’investissement dans les minéraux critiques, qui réunirait des institutions sud-africaines et des partenaires américains tels que la DFC et l’EXIM Bank. Elle aurait pour mission d’identifier les projets prioritaires et de faciliter leur développement, leur cofinancement ou leur financement. Pretoria propose aussi la création d’un groupe de travail bilatéral chargé de faire progresser le dialogue sur ces différents volets.
La concrétisation, une autre étape…
L’idée d’une coopération entre Pretoria et Washington dans les minerais critiques ne naît toutefois pas avec cette table ronde. Ce nouveau développement intervient toutefois à un moment où les États-Unis renforcent leur présence dans le secteur en Afrique, comme l’illustre notamment l’accord de coopération conclu avec la RDC en décembre 2025. L’enjeu est particulièrement important pour l’Afrique du Sud, l’une des économies les plus industrialisées du continent et un important producteur mondial de métaux du groupe du platine, de manganèse, de chrome et de vanadium, tous considérés comme critiques par Washington. Mais les turbulences diplomatiques qui ont marqué les relations entre les deux pays suscitent des interrogations sur la matérialisation des intentions formulées.
Celles-ci se sont notamment accentuées depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, sur fond d’accusations américaines reprochant aux dirigeants sud-africains de mener une politique présumée discriminatoire à l’égard des fermiers blancs résidant dans le pays. Dans ce contexte, Washington a annoncé en février 2025 la suspension de son aide à l’Afrique du Sud, puis boycotté le sommet du G20 organisé la même année à Johannesburg. En août 2025, un droit de douane additionnel de 30 % est par ailleurs entré en vigueur sur une partie des importations sud-africaines.
Parks Tau avait lui-même réagi à l’annonce de cette mesure commerciale en réaffirmant l’engagement de l’Afrique du Sud à conclure un accord commercial avec les États-Unis. Celui-ci devait notamment permettre de poursuivre les discussions bilatérales sur des « investissements conjoints dans les minéraux critiques ». Si la politique tarifaire américaine ne visait pas uniquement l’Afrique du Sud, mais également plusieurs autres partenaires commerciaux, les tensions entre les deux pays semblent toutefois persister. Pretoria a annoncé plus tôt cette année qu’elle ne participerait pas au sommet du G20 prévu en 2026 à Miami, tandis que Washington a indiqué ce mois-ci se réserver la possibilité de restreindre l’entrée aux États-Unis de certaines personnes impliquées dans des politiques sud-africaines qu’il juge discriminatoires.
Ce contexte ne permet pas, à lui seul, de préjuger de l’issue des discussions sur les minerais critiques. Il rappelle toutefois que la proposition sud-africaine devra encore franchir plusieurs étapes avant de déboucher sur des projets concrets. Le discours de Parks Tau n’a notamment pas précisé si un dialogue avait déjà été engagé sur les différents points évoqués ni si des rencontres étaient prévues entre les deux gouvernements. Le ministre semble au contraire présenter la table ronde comme un point de départ, appelant à passer des discussions sur les opportunités à l’identification de projets, d’investisseurs, de besoins d’approvisionnement et de solutions de financement précis. Les prochains mois seront donc déterminants pour mesurer dans quelle mesure cette proposition peut se traduire en investissements et en chaînes de valeur régionales.
Aurel Sèdjro Houenou
Édité par Wilfried ASSOGBA
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En Côte d’Ivoire, la mangue constitue la deuxième culture fruitière d’exportation après la banane dessert. Confrontée depuis plusieurs années à des défis qui freinent son développement, la filière fait désormais l’objet d’une nouvelle approche de régulation par Abidjan.
En Côte d’Ivoire, la filière mangue sera désormais encadrée par le Conseil du Coton, de l’Anacarde et du Karité (CCAK). L’annonce a été faite le mercredi 23 septembre en Conseil des ministres. Selon les autorités, cette décision s’inscrit dans la dynamique de valorisation accrue des produits issus de la filière mangue.
« Cette ordonnance étend aux activités de la filière mangue le champ d’application de la loi n° 2013-656 du 13 septembre 2013 fixant les règles relatives à la commercialisation du coton et de l’anacarde et à la régulation des activités des filières coton et anacarde. Par conséquent, les missions de régulation, de suivi et de développement des activités de la filière mangue sont également dévolues au Conseil Coton-Anacarde », ont-elles ainsi communiqué.
Avant cette réforme, le ministère de l’Agriculture avait déjà engagé des discussions avec les acteurs de la filière. Le 9 juillet, le ministre de l’Agriculture Bruno Nabagné Koné a échangé avec Vincent Omer-Decugis, président de la Société ivoirienne d’importation et de commercialisation (SIIM), un opérateur majeur du secteur.
Les échanges ont porté sur la protection de la filière et le maintien de son accès aux marchés internationaux face à la menace persistante de la mouche des fruits. Les deux parties sont d’ailleurs convenues d’un plan d’action pour renforcer la protection de la production et assurer la continuité des exportations, dont les détails n’ont pas été précisés. Le lendemain, le ministre a également rencontré l’interprofession mangue autour de ces mêmes enjeux.
Une filière stratégique au potentiel encore peu exploité
En Côte d’Ivoire, la filière mangue reste fortement orientée vers l’exportation de fruits frais. La filière s’est d’ailleurs fortement consolidée sur ce segment au cours de la dernière décennie.
Les données compilées par la Direction générale des douanes montrent que le volume de mangues expédiées par la Côte d’Ivoire a plus que doublé, passant de 27 600 tonnes en 2015 à 64 100 tonnes en 2024. Et si les expéditions ont évolué en dents de scie sur la période considérée, elles ne sont pas descendues en dessous du seuil des 30 000 tonnes.
Parallèlement, les recettes d’exportation générées par la filière ont également augmenté, passant de 8,9 milliards de francs CFA (15,4 millions $) en 2015 à 26 milliards de francs CFA en 2024.
Toutefois, ces performances à l’export ne reflètent pas l’ensemble du potentiel de la production ivoirienne. En 2024, sur une récolte estimée à 198 700 tonnes par le ministère de l’Agriculture, seulement 32 % environ (64 100 tonnes) ont été expédiées à l’étranger. Une partie importante de la production reste ainsi à valoriser sur le marché intérieur ou à travers d’autres débouchés.
La question de la valorisation prend une importance particulière quand on sait que la filière reste confrontée à des pertes post-récolte élevées. Selon les données citées par le Programme d’appui au développement des filières agricoles (PADFA), celles-ci peuvent atteindre jusqu’à 40 % de la production nationale de mangues chaque année.
Dans ce contexte, le développement de la transformation est apparu comme un moyen de donner davantage de débouchés à la production, de limiter les pertes et d’accroître la valeur ajoutée créée localement. Cette orientation n’est pas nouvelle. En décembre 2024, le PADFA avait annoncé rechercher 14 milliards de FCFA auprès du secteur privé pour financer une unité agro-industrielle dédiée à la transformation de la mangue dans le nord du pays. Les autorités estimaient alors que moins de 2 % de la récolte ivoirienne de mangues était transformée localement.
En étendant à la mangue les missions du CCAK en matière de régulation, de suivi et de développement, le gouvernement renforce le cadre institutionnel d’une filière appelée à mieux structurer les différents maillons de sa chaîne de valeur. Reste désormais à voir comment cette nouvelle organisation se traduira concrètement pour les acteurs de la filière.
Stéphanas Assocle
Édité par Wilfried ASSOGBA
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Productrice et scénariste camerounaise, Evodie Ngueyeli est co-créatrice et scénariste de la série dramatique MONKAM. À l’occasion de sa diffusion sur TV5MONDE+, elle revient sur les choix qui ont façonné ce thriller profondément ancré dans les réalités camerounaises, les dilemmes moraux et sociaux qu’il explore, et cette ambition : faire voyager les récits africains sans perdre leur singularité, pour qu’ils puissent résonner auprès de publics au-delà du continent.
MONKAM raconte jusqu'où un parent est prêt à aller pour protéger son enfant. Qu'est-ce qui vous a convaincue que cette histoire méritait d'être portée à l'écran aujourd'hui ?
Ce qui nous a d'abord touchés dans cette histoire, c'est son caractère profondément humain. MONKAM pose une question universelle : jusqu'où sommes-nous prêts à aller pour protéger ceux que nous aimons, et à quel moment l'amour peut-il nous conduire à franchir des limites que nous n'aurions jamais imaginé franchir ?
« Ce qui nous intéressait, c'était de montrer des êtres humains confrontés à des situations qui les obligent à faire des choix ».
Cette histoire nous permettait aussi de parler de réalités qui nous entourent : la vulnérabilité des familles, les inégalités sociales et les réseaux qui profitent de cette vulnérabilité. Le choix de placer un pasteur au centre du récit nous intéressait particulièrement, parce qu'il crée une confrontation très forte entre la foi, les valeurs morales et la réalité à laquelle le personnage est confronté.
Nous voulions raconter une histoire à la fois émotionnelle, populaire et ancrée dans notre réalité.
La série place ses personnages face à des choix moralement complexes. Était-il important pour vous de montrer des personnages qui ne sont ni totalement innocents ni totalement coupables ?
Oui, absolument. Nous ne voulions pas construire des personnages simplement bons ou mauvais. Ce qui nous intéressait, c'était de montrer des êtres humains confrontés à des situations qui les obligent à faire des choix.
MONKAM pose justement cette question : peut-on commettre l'inacceptable pour une raison que l'on considère juste ? À partir du moment où les personnages commencent à franchir certaines limites, tout devient plus complexe.
Cela permet aussi au spectateur de ne pas rester dans un jugement confortable. On peut comprendre les motivations d'un personnage sans forcément approuver ses actes. Cette zone grise nous semblait beaucoup plus intéressante dramatiquement.
Au-delà du drame familial, quels sujets de société souhaitiez-vous aborder à travers cette histoire ?
MONKAM aborde notamment la traite et le trafic d'organes, la vulnérabilité des populations, les inégalités sociales, la corruption, la fertilité, les violences faites aux femmes, mais aussi la foi et la morale.
À travers ces sujets, nous voulions interroger une société dans laquelle certaines personnes disposent de beaucoup plus de possibilités et de protections que d'autres.
La série questionne aussi notre rapport au pouvoir, à l'argent et à la survie : que sommes-nous capables de faire lorsque nous avons le sentiment que les voies légales ne nous permettent plus de protéger ceux qui nous sont chers ?
L'une des forces de MONKAM est sa capacité à susciter à la fois empathie et inconfort. Quelle émotion espérez-vous laisser au public après le dernier épisode ?
J'aimerais que le spectateur termine la série avec des questions plutôt qu'avec des réponses toutes faites.
Bien sûr, nous voulons qu'il ait été ému, qu'il se soit attaché aux personnages et qu'il ait vécu le suspense. Mais nous aimerions surtout qu'il se demande : « Qu'aurais-je fait à sa place ? »
Si, après le dernier épisode, le spectateur continue à réfléchir aux choix de Monkam, à leurs conséquences et aux limites que chacun peut être amené à franchir, alors nous aurons atteint quelque chose d'important.
Les séries africaines connaissent aujourd'hui un véritable essor. Selon vous, qu'apporte MONKAM à cette nouvelle génération de productions du continent ?
Je pense que MONKAM participe à un mouvement dans lequel les créateurs africains racontent de plus en plus nos réalités avec nos propres regards, tout en assumant des codes narratifs capables de parler à un public international.
Avec MONKAM, nous avons choisi un genre très populaire, le thriller, tout en l'ancrant dans un environnement et des réalités camerounaises. Pour nous, il n'y a pas à choisir entre être profondément africain et être accessible à l'international.
L'enjeu n'est pas de faire une série africaine qui ressemble aux séries internationales, mais de raconter une histoire profondément ancrée chez nous, avec l'ambition narrative et de production nécessaire pour qu'elle puisse voyager.
MONKAM est profondément ancrée dans les réalités camerounaises tout en abordant des thèmes universels. Est-ce cette rencontre entre singularité et universalité qui permet à un récit de voyager ?
Je le pense. Pour moi, l'universalité ne signifie pas gommer ce qui nous rend spécifiques. Au contraire, plus une histoire est sincèrement ancrée dans un territoire, une culture et une réalité particulière, plus elle peut trouver un écho ailleurs lorsqu'elle porte des émotions et des questionnements dans lesquels chacun peut se reconnaître.
Dans MONKAM, on parle de famille, de foi, de peur, de sacrifice, de culpabilité, de pouvoir et de survie. Ce sont des questions qui peuvent être comprises partout, même si les personnages et leur environnement sont profondément camerounais.
« Faire voyager les récits africains, ce n'est pas les rendre moins africains. C'est leur permettre de rencontrer des publics qui peuvent découvrir nos réalités tout en reconnaissant quelque chose d'eux-mêmes dans nos histoires. »
TV5MONDE+ s'impose de plus en plus comme une vitrine de la création francophone contemporaine. En quoi ce type de plateforme contribue-t-il à faire circuler les récits africains à l'international ?
Pour une production africaine, la question de la circulation est essentielle. Produire une œuvre est une première étape, mais encore faut-il qu'elle puisse rencontrer son public, au Cameroun, en Afrique et au-delà du continent.
Une plateforme comme TV5MONDE+ permet de dépasser certaines limites géographiques de la diffusion traditionnelle et de rendre les œuvres africaines accessibles à un public francophone beaucoup plus large.
Pour MONKAM, c'est l'opportunité de permettre à une histoire née au Cameroun de voyager et de rencontrer des spectateurs qui ne l'auraient peut-être jamais découverte autrement. Nous avons besoin de produire nos histoires, mais aussi de leur donner les moyens de circuler. C'est une question qui me tient particulièrement à cœur en tant que productrice.
Sur un marché ouest-africain du transport aérien encore marqué par des coûts élevés, les politiques fiscales deviennent un levier pour agir sur l’offre des compagnies et sur le prix des billets. Le Ghana illustre les difficultés de cet exercice d’équilibre.
Au Ghana, le ministre des Transports, Joseph Bukari Nikpe, a appelé les compagnies aériennes à revoir leurs tarifs à la baisse, après la suppression des droits d’importation sur les pièces détachées d’aéronefs. Selon lui, la baisse des charges liées à la maintenance doit bénéficier aux voyageurs. « Nous voulons saisir cette occasion pour appeler toutes les compagnies aériennes, en particulier les principales compagnies aériennes nationales, à examiner leurs activités et à faire en sorte que cela profite au voyageur ghanéen », a-t-il déclaré.
Un marché sous pression
Cette demande intervient cependant dans un environnement où la question des prélèvements sur le transport aérien fait déjà débat au Ghana. Depuis le 1er avril 2026, une nouvelle taxe, l'Airport Infrastructure Development Levy, est appliquée dans le pays. Elle prévoit notamment une charge de 100 $ sur les billets aller-retour internationaux, et de 100 cedis ghanéens (8,64 $) pour les voyageurs domestiques. Le gouvernement avait justifié cette nouvelle contribution par la nécessité de mobiliser des ressources pour financer des travaux d'infrastructures aéroportuaires, notamment à Kotoka et sur plusieurs autres plateformes domestiques.
Mais la mesure a suscité des critiques de la part d'acteurs du secteur, dans un contexte où la CEDEAO (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest) cherche parallèlement à réduire le coût du transport aérien dans la région. En décembre 2025, l'organisation régionale avait confirmé l'entrée en vigueur, au 1er janvier 2026, d'une réforme prévoyant la suppression de plusieurs taxes liées au transport aérien ainsi qu'une réduction de 25 % des redevances passagers et de sûreté. L'objectif affiché est de rendre les déplacements aériens plus accessibles et de soutenir la croissance du trafic intra-régional.
Les nouvelles charges introduites au Ghana ont ainsi suscité des réserves de la Commission de la CEDEAO, qui a estimé en mai qu'elles allaient à l'encontre de l'esprit de cette réforme régionale. L'organisation a notamment demandé à Accra de suspendre les nouvelles contributions et d'examiner d'autres mécanismes de financement des infrastructures aéroportuaires.
Des appels dans toute la sous-région
Le Ghana n'est pas le seul pays à revoir sa politique en matière de coûts aéroportuaires. La Côte d'Ivoire a adopté fin avril des mesures visant à harmoniser ses redevances avec l'acte communautaire de la CEDEAO. Pour les vols à destination ou en provenance d'un autre pays de la communauté, les redevances passagers et de sûreté ont notamment été réduites de 25 %.
Au Togo, l'approche a porté sur un autre maillon de la chaîne. Lomé a ramené de 200 millions à 3,5 millions de FCFA les frais nécessaires à l'installation d'une compagnie aérienne sur son marché, soit une réduction de plus de 98 %. Les autorités présentent cette mesure comme un moyen d'abaisser les barrières à l'entrée et de favoriser l'arrivée de nouveaux opérateurs.
Si les initiatives traduisent des approches différentes, elles s’alignent pour le moment sur un même objectif : réduire les coûts qui pèsent sur le transport aérien et stimuler la concurrence. Reste que la baisse des coûts de maintenance ne constitue qu'une composante de la structure tarifaire d'une compagnie aérienne. Le prix du carburant, les redevances aéroportuaires, les coûts de personnel, la disponibilité des appareils, le taux de remplissage et le niveau de concurrence entre opérateurs influencent également le montant final payé par le voyageur.
Henoc Dossa
Edité par : Feriol Bewa
Après avoir renforcé le volet commercial de son projet d’hydrogène vert en Mauritanie, GreenGo s’attaque à sa préparation technique. Le développeur s'allie à un industriel chinois, en perspective des étapes qu'il reste encore à franchir avant une décision d’investissement.
Le projet mauritanien Megaton Moon continue de constituer autour de lui des partenariats pour passer à une phase de développement plus concrète. Après avoir associé l’allemand SELECT Energy au volet commercialisation et logistique d’exportation fin 2025, son développeur, GreenGo Energy, s’est rapproché du chinois Shuangliang pour concevoir et évaluer les systèmes de production d’hydrogène, contribuer aux études de faisabilité, et préparer leur intégration technique dans le projet.
Shuangliang doit notamment participer aux études destinées à vérifier la viabilité technique et financière, puis au FEED, l’étape d’ingénierie détaillée qui permet de préciser la conception, les équipements, les coûts et les principaux paramètres techniques avant la décision d’investissement. L’accord prévoit également la possibilité de sélectionner et fournir les systèmes de production d’hydrogène.
Filiale du groupe Shuangliang Eco-Energy Systems, le nouveau partenaire fabrique notamment des électrolyseurs alcalins. En Afrique, il doit déjà fournir au projet Kaishan Terra au Kenya, deux systèmes de 1 000 Nm³/h destinés à une unité de production d’engrais verts.
Le projet Megaton Moon lui, prévoit à terme 6 GW d’électrolyse, alimentés par 6,8 GW d’éolien et 6,3 GWp de solaire, pour produire 4 millions de tonnes d’ammoniac vert par an. Sa première phase comprend 500 MW d’électrolyse et 1,2 GW de renouvelables pour environ 355 000 tonnes d’ammoniac par an. Le FEED est toujours attendu en 2027 selon le développeur, avant une décision finale d’investissement ciblée en 2028 et une première production en 2031. Aucun financement n’a encore été annoncé.
Ce nouvel partenariat intervient alors que le passage à l’investissement reste rare pour les projets d’hydrogène vert en Afrique. Selon l’Agence internationale de l'énergie (AIE), 31 projets pourraient porter la production d’hydrogène bas carbone du continent à 1,2 million de tonnes d’ici 2030, mais un seul avait atteint la décision finale d’investissement.
Abdoullah Diop
Edité par : Feriol Bewa