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Minéraux critiques : l’ex-pays le plus industrialisé d’Afrique veut aussi imposer la transformation locale

Minéraux critiques : l’ex-pays le plus industrialisé d’Afrique veut aussi imposer la transformation locale
  • Date de création: 15 juin 2026 07:48

(Agence Ecofin) - Portés par la transition énergétique, les minéraux utilisés dans les technologies d’énergie propre occupent une place croissante dans les stratégies industrielles des pays producteurs. Cette tendance s’observe aussi en Afrique, comme l’illustre le cas du Zimbabwe avec sa filière lithium.

En Afrique du Sud, le ministère du Commerce et de l’Industrie (dtic) a publié la semaine dernière sa Stratégie de développement industriel 2026. Le document propose notamment de conditionner l’attribution préférentielle des permis miniers à des engagements de transformation locale des minéraux critiques, une mesure suscitant déjà des critiques au sein de l’industrie minière. Cette initiative intervient dans un contexte où le pays cherche à enrayer son déclin industriel, sanctionné par la perte, en 2025, de son statut de première puissance manufacturière du continent au profit du Maroc.

Partant du constat d’une désindustrialisation progressive de l’Afrique du Sud, le document s’articule autour de plusieurs leviers d’action, dont la diversification de l’économie par le renforcement de la valeur ajoutée locale. Cette orientation accorde une place importante à la transformation des ressources minérales, allant du chrome aux minéraux critiques utilisés dans les technologies propres, tels que le lithium, le cobalt, les métaux du groupe platine et les terres rares. Le dtic prévoit ainsi d’introduire des mécanismes destinés à accélérer les investissements dans les capacités locales de transformation, en coordination avec le ministère des Ressources minérales et du Pétrole (DMPR).

Cette orientation n’est pas un cas isolé sur le continent. Elle fait écho aux politiques de transformation locale déjà mises en œuvre au Zimbabwe autour du lithium, en République démocratique du Congo pour le cobalt ou encore en Guinée dans la filière bauxite. Ce positionnement de l’Afrique du Sud est d’autant plus significatif que la Banque africaine de développement (BAD) évoquait en mai un « déclin constant de sa compétitivité industrielle » dans son Africa Industrialisation Index 2025. L’institution relie d’ailleurs cette tendance à la perte du leadership manufacturier continental du pays.

Des réserves à lever…

La stratégie sud-africaine illustre ainsi la place grandissante qu’occupe la montée en gamme des minerais critiques dans les politiques d’industrialisation africaines. Une évolution qui s’inscrit dans un contexte de hausse attendue de la demande pour la plupart de ces substances, portée notamment par la transition énergétique. Pour l’Afrique du Sud toutefois, la trajectoire reste encore à clarifier, les contours des exigences de transformation locale envisagées demeurant inconnus à ce stade pour les minéraux critiques. Le chrome fait néanmoins l’objet d’un traitement distinct, avec des mesures spécifiques déjà évoquées, notamment l’instauration de taxes et de quotas à l’exportation.

Cette incertitude nourrit déjà les réserves de la Minerals Council, dont les membres représentent environ 90 % de la valeur de la production minière annuelle du pays. Dans une note publiée le 9 juin, l’entité estimait que la proposition du dtic d’intégrer des exigences de transformation locale aux permis miniers pourrait nuire aux futurs investissements dans les filières concernées. Il serait nécessaire, d’après elle, de mieux distinguer les dynamiques de production minière de celles de la transformation, tout en mettant en place des mesures de nature à soutenir l’industrialisation.

« L'extraction minière et la transformation sont des secteurs économiques distincts au sein de la chaîne de valeur des minéraux. La transformation ne peut et ne doit pas être imposée à l'extraction minière, car elle fait partie intégrante de la production manufacturière et de l'industrialisation globale. Par conséquent, des mesures spécifiques doivent être mises en place pour inciter et attirer les investissements afin de stimuler l'industrialisation », a déclaré Mzila Mthenjane, PDG du Minerals Council.

La Minerals Council va plus loin, en illustrant l’importance des mesures incitatives à travers les défis propres à la filière chrome. Elle estime que la désindustrialisation du secteur ne s’explique pas par un manque d’approvisionnement en minerai, mais plutôt par la hausse des coûts d’électricité, qui constitue un facteur contraignant pour la transformation locale. Un exemple qui rappelle un paradoxe récurrent dans le débat africain sur l’industrialisation, selon lequel la contrainte réglementaire, en l’absence de conditions industrielles et économiques favorables, ne suffit pas à soutenir durablement la transformation locale. Autant de zones d’ombre que le gouvernement sud-africain devra clarifier en cas de mise en œuvre de sa stratégie, laquelle ne constitue pas encore une loi.

Aurel Sèdjro Houenou

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