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5 questions pour comprendre l’intérêt accru pour le lithium congolais malgré la baisse des prix

  • Date de création: 31 mars 2025 07:59

(Agence Ecofin) - En pourparlers avec Kinshasa pour une potentielle entrée sur le projet Manono, Rio Tinto rejoint la liste des compagnies intéressées par le lithium congolais. Si l’information, rapportée en fin de semaine dernière par Bloomberg, se confirme, ce serait un signal fort, à contre-courant de la tendance actuelle du marché, qui révèle un basculement stratégique dans la compétition mondiale pour les métaux critiques.

Pourquoi cet intérêt maintenant, alors que les prix sont en chute ?

Depuis 2023, le marché mondial du lithium connaît une baisse significative des prix. A titre d’illustration, le prix du carbonate de lithium est passé d’un record de 81 360 dollars par tonne en novembre 2022 à 20 782 dollars par tonne en février 2024, puis descendu à moins de 11 000 dollars en  septembre dernier et moins de 10 000 dollars en mars 2025. Cette baisse serait due à une offre excédentaire, alors que la demande progresse à un rythme plus modéré. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la production mondiale de lithium a atteint 194 000 tonnes en 2023, une hausse de 81 % par rapport à 2021. Cependant, la demande n’a augmenté que de 63 % sur la même période, atteignant 165 000 tonnes, un ralentissement que les analystes expliquent par plusieurs facteurs au nombre desquels on retrouve une accumulation des stocks et une croissance moins dynamique que prévu des ventes de véhicules électriques.

Ce contexte de marché a déjà ralenti plusieurs projets en Afrique, comme Atex en Côte d’Ivoire ou Ewoyaa au Ghana, selon nos précédentes publications. Pourtant, malgré cela, plusieurs grandes compagnies avancent leurs pions sur le continent. En Namibie, le chilien SQM, deuxième producteur mondial de lithium, a confirmé en mars 2025 un investissement progressif pouvant atteindre 40 millions de dollars. C’est dans cette même logique que pourrait s’inscrire Rio Tinto, si son intérêt pour le projet Manono en RDC se confirme. Si en apparence, le timing surprend, il pourrait s’inscrire en réalité dans une stratégie de long terme qui consisterait à sécuriser dès maintenant des actifs majeurs pour la transition énergétique, en anticipant un rebond de la demande vers 2030.

Le lithium congolais : pourquoi suscite-t-il autant d’intérêt malgré les risques potentiels?

Le projet Manono (qui se trouve dans une région riche en lithium) figure parmi les plus grands gisements inexploités au monde, avec environ 400 millions de tonnes de ressources (titrant 1,65 % de lithium), selon les estimations de l’australien AVZ Minerals qui est en litige depuis plusieurs mois avec la RDC et la société publique Cominière sur la partie sud du permis. La partie nord du projet est aujourd’hui gérée par le chinois Zijin Mining. En janvier, Zijin a confirmé son intention de lancer la production dès 2026, ce qui ferait de la RDC le troisième producteur africain de lithium, après le Zimbabwe et le Mali, qui a récemment mis en service deux mines (Goulamina et Bougouni), comme nous l’avons rapporté en février.

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Selon plusieurs sources concordantes, c’est la partie sud qui attire d’autres acteurs, dont la société américaine KoBold Metals, soutenue par Jeff Bezos et Bill Gates, qui a proposé en janvier un montage actionnarial favorisant l’État congolais (et lui permettant de régler le différend avec AVZ) afin de développer le gisement. Les discussions entre l’Etat congolais et Rio Tinto porteraient sur ce même gisement. Ce degré de concurrence, malgré le climat incertain dû au litige, pourrait traduire une volonté de ces entreprises de se positionner avant que les cartes ne soient rebattues.

Quel rôle géostratégique joue la RDC dans le marché du lithium ?

L’intérêt pour Manono dépasse la seule logique industrielle, puisque la RDC est loin d’être le pays le mieux doté en réserves de lithium, le classement étant dominé par le Chili, l’Australie, l’Argentine ou encore la Chine. Il s’inscrit dans une dynamique géopolitique plus large : la volonté des pays occidentaux de réduire leur dépendance à l’égard de la Chine, qui contrôle plus de 60 % du raffinage mondial de lithium, selon les données de la Dubai Multi Commodities Centre (DMCC). La RDC, déjà premier producteur mondial de cobalt, apparaît désormais comme un terrain stratégique pour équilibrer les chaînes d’approvisionnement. Outre la présence du chinois Zijin Mining sur la partie nord du projet, les ambitions de KoBold Metals interviennent dans un contexte de discussions annoncées entre Kinshasa et Washington sur un potentiel accord minéral contre soutien sur le plan sécuritaire, comme révélé dans un article d’Ecofin, plus tôt ce mois-ci. L’arrivée potentielle de Rio Tinto sur la partie sud, dans ce paysage déjà tendu, pourrait constituer un nouveau front discret entre puissances rivales sur les métaux critiques.

Que cherche vraiment Rio Tinto en RDC ?

Rio Tinto poursuit une stratégie mondiale d’intégration dans la chaîne de valeur du lithium. Après avoir racheté Arcadium Lithium pour 6,7 milliards de dollars en 2024, le groupe a consolidé sa présence en Argentine, en Serbie, et a signé un partenariat avec le Rwanda pour exploiter des minéraux stratégiques y compris le lithium. L’intérêt pour Manono est donc cohérent avec sa logique d’expansion vers des actifs à fort potentiel, même dans des juridictions complexes.

L’Afrique apparaît comme une nouvelle frontière entre coût d’entrée relativement bas, ressources quand même abondantes, et volonté politique croissante de valoriser les métaux critiques. Pour Rio Tinto, qui est déjà connu sur le continent pour sa présence sur d’autres minéraux comme le minerai de fer en Guinée, le moment est stratégique. Entrer aujourd’hui sur Manono permettrait de sécuriser un actif de classe mondiale avant qu’il ne devienne plus disputé — une anticipation que peu d’acteurs ont les moyens ou la volonté d’assumer dans l’actuel creux de cycle.

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Que doit faire la RDC face à cet intérêt croissant ?

Pour Kinshasa, l’intérêt de Rio Tinto, de KoBold, de Zijin et d’AVZ est une opportunité rare. Mais pour qu’elle se transforme en levier stratégique, il faut sortir du flou. Le litige entre Cominière et AVZ, qui a déjà conduit à une condamnation de l’État à 42,4 millions de dollars par la Chambre de commerce internationale, pèse sur la crédibilité du pays. La RDC doit clarifier les droits, sécuriser les investisseurs et structurer une vision sur la chaîne de valeur.

D’autres pays avancent. Le Mali, grâce à Goulamina et Bougouni, est en passe de devenir un leader en Afrique de l’Ouest. Le Zimbabwe investit déjà dans la transformation locale.

La RDC a les atouts pour suivre cette voie. Selon UK Aid et BloombergNEF, le pays dispose d’un avantage comparatif sur les coûts de raffinage. Encore faut-il qu’il mise sur une stratégie industrielle cohérente, et non sur des arrangements ponctuels ou des arbitrages juridiques interminables.

D’ici 2050, la demande mondiale de lithium pourrait être multipliée par 75 selon la DMCC. L’Afrique pourrait en fournir 12 % d’ici 2033 selon Benchmark, contre 4 % en 2023. La RDC peut prétendre à une part majeure de ce marché. Mais entre les promesses du sous-sol et les bénéfices de la chaîne de valeur, il reste à franchir l’étape cruciale de la gouvernance.

Louis-Nino Kansoun

Lire aussi :

30/03/2025 - Lithium : le géant minier Rio Tinto explore des possibilités de partenariat avec la RDC

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