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Diamants : la crise rend plus urgente la bataille africaine pour la transformation locale

Diamants : la crise rend plus urgente la bataille africaine pour la transformation locale
  • Date de création: 29 septembre 2026 08:20

(Agence Ecofin) - Trois ans après le début de la crise, le marché du diamant naturel subit toujours des prix bas et une demande en déclin, sous l’effet de la concurrence des diamants synthétiques. Cela rend plus que jamais urgente la question de la diversification des revenus des producteurs.

HB Antwerp va réduire ses opérations de taille et de polissage de diamants au Botswana. Annoncée dans la presse internationale la semaine dernière, la décision constitue autant un revers pour la société belge qu’un nouvel obstacle dans les efforts du Botswana pour faire grandir une industrie de transformation locale de son premier produit d’exportation. Confrontés aux conséquences de la crise que traverse le marché mondial du diamant naturel, le pays et les autres producteurs africains de diamants trouveraient pourtant dans cette industrie un axe de diversification bienvenu de leurs revenus miniers.

À l’origine de son recul au Botswana, HB Antwerp pointe l’échec du volet central de son partenariat avec l’État. « Ce qui avait été prévu en 2023 ne s’est pas concrétisé à ce jour », a expliqué à Reuters Boaz Lev, directeur général associé du groupe. Le partenariat annoncé sous l’ancien président Mokgweetsi Masisi prévoyait l’acquisition par l’État de 24 % de HB Antwerp et la fourniture au groupe, pendant cinq ans, de 10 % des diamants bruts commercialisés par l’entreprise publique Okavango Diamond Company.

Mais cette allocation n’a jamais été livrée. Le projet s’est en outre heurté à la dégradation du marché mondial, qui a conduit le Botswana à réduire sa propre production. Debswana, détenue à parts égales par l’État botswanais et De Beers, a vu sa production passer de 24,7 millions de carats en 2023 à 17,9 millions en 2024, puis à 15,1 millions en 2025.

L’Angola accélère

Bien qu’elle ne protège pas les diamants polis de la crise actuelle, la transformation locale peut permettre aux pays producteurs de conserver une partie supplémentaire de l’activité générée après l’extraction des pierres, notamment à travers des emplois qualifiés. L’enjeu est d’autant plus important que cette étape de la chaîne de valeur reste très concentrée en Inde, qui taille et polit environ 90 % des diamants mondiaux.

L’Angola a terminé l’an dernier premier producteur africain de diamants en valeur, dépassant le Botswana pour la première fois depuis des décennies, même si ce dernier domine toujours le classement africain par le volume. Au-delà de la qualité des diamants extraits, l’Angola cherche depuis quelques années à maximiser les revenus générés par son industrie diamantifère. Loin d’être le premier à développer cette stratégie de transformation locale parmi ses pairs du continent, le pays a connu une accélération importante de l’activité de taille et de polissage.

En 2025, le pays a exporté 23 300 carats de diamants polis pour 109,7 millions de dollars, avec un volume de ventes ayant progressé de 126,5 % et une valeur en hausse de 107 % sur un an. Dans le même temps, les usines locales ont acheté 62 500 carats de brut destinés à la transformation, soit 67,6 % de plus qu’en 2024. Cette évolution s’accompagne de nouvelles capacités. L’inauguration de l’unité de l’indien Diarough en août 2026 a porté à six le nombre d’usines de taille et de polissage installées dans le Pôle de développement diamantifère de Saurimo. Le gouvernement a annoncé en septembre l’arrivée prochaine d’une septième unité.

Des dispositifs appelés à se multiplier ?

L’accélération angolaise ne trouve pas encore d’équivalent chez les autres grands producteurs de la région. La Namibie dispose pourtant d’une industrie installée de longue date. Environ 15 à 20 % de sa production est mise à la disposition d’entreprises agréées qui achètent régulièrement du diamant brut pour le tailler et le polir dans le pays. En 2025, la Namibia Diamond Trading Company indiquait que 88 % des carats vendus à ces entreprises étaient effectivement transformés dans le pays. Le secteur fait toutefois face à des incertitudes sur son régime fiscal et sur sa compétitivité face aux autres centres de transformation.

Autre important producteur de diamants sur le continent, l’Afrique du Sud a construit elle aussi un mécanisme destiné à alimenter ses transformateurs. Le State Diamond Trader peut acheter jusqu’à 10 % de la production nationale pour la revendre aux entreprises locales, qui doivent transformer au moins 80 % des pierres acquises auprès de lui. Mais son propre plan 2025-2026 souligne les difficultés rencontrées pour acheter effectivement les volumes auxquels il peut prétendre, notamment en raison des prix proposés et de la baisse de la production nationale.

Au Botswana, le recul de HB Antwerp intervient alors même que les autorités reconnaissent que le potentiel reste largement sous-exploité. En juin 2026, Serty Leburu, la directrice générale de Diamond Trading Company Botswana, estimait à 34 milliards de dollars la valeur du segment mondial de la taille et du polissage, contre 14 milliards pour l’exploration, l’extraction et la récupération des pierres. Le pays dispose déjà de plusieurs usines et d’une main-d’œuvre formée, mais fait aussi face à des défis en matière de compétences et de productivité, selon les autorités.

La crise actuelle pourrait donner une nouvelle raison économique d’accélérer des politiques qui existent depuis des années. Elle ne rend pas pour autant la transformation locale automatiquement rentable face aux coûts, aux compétences et à l’écosystème industriel accumulé par l’Inde. Pour l’heure, l’Angola se distingue par la combinaison de volumes de brut en hausse pour les usines locales et de nouvelles capacités effectivement mises en service, mais le défi pour Luanda, comme pour les autres producteurs, sera de pérenniser les initiatives de transformation et d’être compétitifs face à l’Inde.

Emiliano Tossou

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