(Agence Ecofin) - Principale culture d’exportation de la Côte d’Ivoire, le cacao constitue une source majeure de revenus pour les producteurs. La fixation du prix bord champ représente ainsi un enjeu important au début de chaque campagne.
En Côte d’Ivoire, le prix minimum garanti bord champ du kilogramme de cacao a été fixé à 1 200 FCFA pour la campagne principale 2026/2027. Ce tarif affiche une baisse de 57,1 % par rapport à celui qui était en vigueur lors de la campagne principale 2025/2026 (2 800 FCFA/kg)
Dans un communiqué publié sur son site le 1er septembre, le ministère de l’Agriculture justifie ce niveau de prix par le principe de la vente par anticipation qui régit le système de commercialisation ivoirien. Il faut noter que déjà en juin 2026, le Conseil du Café‑Cacao indiquait avoir vendu près de 1 million de tonnes de cacao par anticipation sur la campagne principale de 2026/2027, dans un contexte de forte volatilité du marché international.
« Notre responsabilité, c’est de fixer un prix qui soit le plus haut possible en fonction des ventes réalisées par le Conseil du Café‑Cacao, mais également un prix financièrement et budgétairement soutenable », peut‑on lire dans le communiqué.
Les revenus des agriculteurs sous pression
Si le nouveau prix doit permettre, selon les autorités, d’adapter le dispositif de commercialisation aux conditions actuelles du marché, sa baisse de 57 % pourrait en revanche peser directement sur les revenus tirés du cacao. À volume vendu identique, un producteur percevrait ainsi 1,2 million FCFA pour une tonne de cacao vendue en 2026/2027, contre 2,8 millions FCFA au prix de la campagne principale précédente.
Ce niveau marque surtout un net recul après les gains enregistrés avec la flambée des cours mondiaux du cacao, amorcée en 2024. Le prix bord champ garanti du kilogramme de cacao en Côte d’Ivoire était ainsi passé de 1 000 FCFA en 2023/2024 à 1 800 FCFA en 2024/2025, puis à un record de 2 800 FCFA en 2025/2026.
À 1 200 FCFA/kg, le prix fixé pour 2026/2027 efface donc une large partie de cette progression, même s’il reste supérieur aux niveaux observés avant le boom. Cette évolution est d’autant plus importante que les cacaoculteurs affichent une forte dépendance économique à cette filière.
Une étude publiée en février 2026 dans la revue scientifique internationale Frontiers in Sustainable Food Systems rappelle que les ménages de cacaoculteurs tirent en moyenne 67 % de leur revenu de la vente des fèves, alors que la filière compte plus de 1,2 million de producteurs de cacao, selon les données officielles.
La problématique des engrais et de la productivité
La baisse du prix garanti bord champs pourrait aussi peser sur la capacité des producteurs à financer l’entretien de leurs plantations. Un risque qui mérite d’autant plus d’attention que la rémunération plus élevée du cacao avait contribué à stimuler les dépenses en intrants lors de la précédente campagne.
Selon les données compilées par le Centre international de développement des engrais (IFDC), la consommation apparente d’engrais en Côte d’Ivoire a bondi de 41 % en 2025, à 593 107 tonnes. La filière cacao a largement contribué à cette progression, avec plus de 150 000 tonnes d’engrais, soit plus du quart de la consommation nationale. Pour l’IFDC, le relèvement du prix garanti du cacao à 2 800 FCFA/kg en octobre 2025 a notamment amélioré les revenus des producteurs et favorisé leurs investissements dans les engrais et autres intrants.
Avec un prix ramené à 1 200 FCFA/kg pour 2026/2027, la question sera donc de savoir si les producteurs pourront maintenir le même niveau d’investissement dans leurs vergers, alors que ces dépenses contribuent à préserver les rendements.
L’enjeu est d’autant plus important que les prix des engrais sur le marché international explosent depuis le début du conflit au Moyen-Orient en février 2026. Selon les prévisions de la Banque mondiale, le prix moyen des engrais devrait augmenter de plus de 30 % sur l’ensemble de l’année 2026 sous l’effet des perturbations du transport maritime dans le détroit d’Ormuz, un point de passage stratégique pour le commerce des fertilisants.
Rappelons que la productivité des plantations ivoiriennes est déjà confrontée au vieillissement des vergers, à la maladie à virus du swollen shoot du cacao (CSSVD) ou encore aux aléas climatiques. Sur ce dernier point, le risque d’un épisode El Niño au second semestre 2026 est particulièrement surveillé par les acteurs du marché du cacao. En juillet dernier, l’analyste et courtier StoneX prévoyait par exemple une baisse de 11 % de la production ivoirienne en 2026/2027, à environ 1,77 million de tonnes, notamment dans un contexte de risque accru lié à El Niño.
Stéphanas Assocle
Édité par Wilfried ASSOGBA
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