(Agence Ecofin) - Au Sénégal, l’élevage représente environ 4 % du PIB et fait vivre près d’un tiers des ménages. Ces dernières années, le vol de bétail s’est imposé comme un enjeu suivi de près par les autorités sénégalaises et les instances sous-régionales.
Le Programme national de développement intégré de l’élevage au Sénégal (PNDIES) travaille sur une stratégie nationale de lutte contre le vol de bétail, dotée d’un budget d’un milliard de francs CFA (1,7 million $). C’est ce qu’a annoncé son coordonnateur, Dr Dame Sow, le 24 septembre dernier à Fatick, dans des propos rapportés par l’Agence de presse sénégalaise (APS).
Selon le responsable, une phase pilote sera bientôt lancée et portera sur l’identification et la traçabilité du bétail à travers différents dispositifs, dont des puces électroniques, des colliers et des boucles. Pour l’heure, les détails concernant la date de lancement et les zones ciblées pour cette expérimentation n’ont pas été précisés.
Cette annonce s’inscrit toutefois dans la continuité des efforts déployés par Dakar depuis plusieurs années pour renforcer les moyens de lutte contre un phénomène aux conséquences économiques non négligeables. D’après les estimations de la FAO, les éleveurs sénégalais perdent chaque année entre 22 000 et 30 000 têtes de bétail, pour une valeur estimée à environ 3,2 millions $.
Un cadre national qui se renforce
La réponse sénégalaise ne date pas de 2026. Un dispositif national de prévention et de lutte contre le vol de bétail avait déjà été structuré au début des années 2010, avec notamment la création de la Cellule de lutte contre le vol de bétail (CLVB) en 2013 et la mise en place de brigades spécialisées au sein des unités rurales de la Gendarmerie. Le cadre pénal a ensuite été durci avec l’adoption, en 2017, d’une loi renforçant la répression du phénomène, avec des peines allant de 5 à 10 ans de prison ferme pour certains cas de vol de bétail.
Le gouvernement a par ailleurs renforcé cette approche en 2025 avec la mise en place d’un système de renseignement communautaire et d’un système national d’identification du bétail.
La dimension technologique s’est progressivement imposée dans cette évolution. Au Sénégal, cette orientation s’est structurée en décembre 2025 avec la validation, avec l’appui de la FAO, du Système national d’identification et de traçabilité du bétail (SNITB). Des start-up locales avaient alors présenté des solutions numériques et des dispositifs connectés destinés notamment à suivre les animaux et à prévenir les vols. Une feuille de route budgétisée avait également été validée.
Une impulsion sous-régionale
Cette évolution du dispositif sénégalais intervient dans un contexte de mobilisation croissante en Afrique de l’Ouest. Du 9 au 12 février 2026, la FAO et le gouvernement sénégalais ont réuni à Dakar des représentants des 15 pays de la sous-région pour élaborer une réponse commune au vol de bétail. Les participants ont travaillé à l’élaboration d’un programme régional et au lancement d’une coalition sous-régionale de lutte contre le vol de bétail en Afrique de l’Ouest et au Sahel.
Ce programme, dont le budget annoncé dépasse 345 millions $, doit couvrir la période 2026-2030, sous réserve de sa validation. Les interventions envisagées portent notamment sur la digitalisation de la traçabilité du cheptel, l’harmonisation des dispositifs judiciaires et sécuritaires, ainsi que l’implication des communautés pastorales et des organisations professionnelles dans l’alerte, la prévention et la sensibilisation.
La CEDEAO travaille également à harmoniser les systèmes d’identification et de traçabilité. En avril 2026, son Comité régional vétérinaire a adopté une feuille de route visant à accompagner les États dans la mise en place de systèmes plus coordonnés, notamment grâce aux technologies numériques. Ces dispositifs sont présentés comme des outils de lutte contre le vol, mais aussi de gestion des mouvements pastoraux, de prévention des conflits et de facilitation du commerce régional.
Pour le Sénégal, l’enjeu sera désormais de traduire ces différents dispositifs en résultats concrets sur le terrain.
Stéphanas Assocle
Édité par Wilfried ASSOGBA
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