(Agence Ecofin) - Face à une crise persistante du chômage des jeunes, certains États investissent durablement dans leurs filières techniques, quand d’autres enregistrent un net recul de leurs effectifs, ce qui révèle deux trajectoires opposées face au défi de l’emploi.
En Afrique subsaharienne, la formation technique évolue à des rythmes contrastés. Fin juin, à Kisumu, le Kenya a réaffirmé son ambition de faire de l’enseignement et de la formation techniques et professionnels (EFTP) un levier d’innovation et d’emploi.
À l’issue de la 8e Conférence internationale multidisciplinaire annuelle et du 6e Concours national des compétences (CARI 2026), Esther Muoria (photo), secrétaire du ministère en charge de l’EFTP, a appelé les instituts techniques à mieux valoriser et commercialiser leurs innovations. « Les techniciens de demain devront non seulement comprendre le fonctionnement des systèmes, mais aussi savoir les rendre plus sûrs, plus propres et plus efficaces », a-t-elle affirmé.
Cette stratégie s’appuie sur des moyens concrets. Le Kenya consacre 58,5 milliards de shillings, soit 452,8 millions de dollars, à la formation technique et professionnelle pour l’exercice 2026/2027, d’après le ministère. Plus à l’ouest, le Ghana rejoint ce mouvement. La Banque mondiale y a validé, en juin 2026, un financement de 300 millions de dollars visant à transformer l’enseignement secondaire vers l’emploi.
Kenya et Ghana, deux paris sur les compétences pratiques
Sur le terrain kényan, cette enveloppe finance des infrastructures modernisées, des équipements et la formation d’instructeurs. Le budget du ministère des Finances en détaille l’usage. Elle s’inscrit par ailleurs dans la phase III du partenariat avec la Chine. Celui-ci couvre 70 établissements et 1 190 formateurs. Une coopération avec l’Italie cible en parallèle la robotique et les énergies renouvelables.
D’autres partenariats, avec l’Autriche et le Projet de compétences pour la transformation et l’intégration régionale en Afrique de l’Est (EASTRIP) de la Banque mondiale, renforcent la formation maritime. Les frais de scolarité annuels ont par ailleurs été ramenés d’environ 812 à 518 dollars. Le gouvernement prévoit aussi de recruter entre 8 000 et 10 000 diplômés techniques pour des chantiers de logement abordable. Au total, le pays compte actuellement 825 484 apprenants dans 3126 établissements techniques.
De l’autre côté du continent, le Ghana part de plus loin. En 2021, seuls 10 % des élèves ghanéens suivaient une filière technique et professionnelle formelle, selon le directeur général de la Commission pour l’EFTP, Fred Kyei Asamoah. Il fixait alors un objectif de 25 % à moyen terme, et de 50 % à long terme.
L’initiative « Transformation de l’enseignement secondaire pour l’accès, la pertinence et les résultats vers l’emploi (STARR-J) », financée par la Banque mondiale à hauteur de 300 millions de dollars, s’inscrit dans cette dynamique de rattrapage. Elle devrait toucher 2,2 millions d’élèves dans près de 1 000 établissements publics, selon l’institution. « Ce projet aidera le Ghana à surmonter certaines des difficultés les plus urgentes rencontrées dans l’enseignement secondaire en développant les espaces d’apprentissage, en améliorant la qualité de l’enseignement et en renforçant l’adéquation entre l’éducation, les compétences et l’emploi », a affirmé Robert Taliercio, directeur des opérations pour le Ghana à la Banque mondiale. Sans intervention, le pays risque un déficit de plus de 850 000 places scolaires effectives d’ici 2040.

Le Rwanda, une trajectoire plus difficile à chiffrer
Dans la région des Grands Lacs, le Rwanda affiche une ambition similaire, mais avec des données plus fragmentaires. Son discours budgétaire du 11 juin 2026 cite les centres d’excellence techniques parmi les priorités du volet transformation sociale. Il n’isole toutefois pas leur financement précis. Le seul chiffre spécifiquement dédié au secteur remonte à l’exercice précédent. Le Rwanda TVET Board avait reçu 25,7 milliards de francs rwandais, soit 17,5 millions de dollars, pour 2025/2026.
Ces trajectoires répondent à une même réalité continentale. Construction, énergie et numérique figurent parmi les secteurs les plus demandeurs de compétences pratiques. Tous les pays n’avancent cependant pas au même rythme.

L’exception sud-africaine
Face à cette dynamique régionale, l’Afrique du Sud détonne. Le pays compte pourtant 50 collèges techniques publics, selon son ministère de tutelle. Leurs effectifs ont chuté de 560 446 à 432 505 étudiants entre les exercices 2024/2025 et 2025/2026. La cible fixée était de 480 547 inscrits, portant l’écart à environ 48 042 étudiants.
Cette donnée figure dans une réponse officielle du ministre Buti Manamela à une question parlementaire en avril dernier. Il attribue ce recul à une hausse budgétaire annuelle plafonnée entre 4 et 5 %. Ce rythme reste inférieur à la progression des coûts de fonctionnement. « La principale contrainte reste l’environnement budgétaire », souligne-t-il, en précisant que ces chiffres restent soumis à validation.
Cette contrainte financière se double d’un chômage massif. Il atteint 45,8 % chez les 15-34 ans au premier trimestre 2026, selon les données publiées par Statistics South Africa. Le taux national s’élève à 32,7 % et touche plus de 8,1 millions de Sud-Africains contre 7,79 % fin 2025. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) relève par ailleurs un décalage persistant entre qualifications et emplois disponibles. Le rapport Skills Supply and Demand, publié en 2022 par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Formation, évalue à 28,1 % la part des travailleurs sous-qualifiée, contre 24,3 % de profils surqualifiés.
Félicien Houindo Lokossou
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