(Agence Ecofin) - Cette semaine en Afrique : L'OMS publie un guide sur le cancer du sein pour les soins primaires, et le Burkina Faso distribue 15 millions de moustiquaires contre le paludisme. Dans les Grands Lacs, l'épidémie de maladie à virus Ebola Bundibugyo en République démocratique du Congo dépasse les 7700 cas confirmés, s'étendant désormais sur sept provinces et 63 zones de santé. Si la situation s'améliore dans l'Ituri et le Haut-Uélé, le Nord-Kivu enregistre une progression préoccupante. Près de 3 milliards $ d'engagements ont été annoncés pour la riposte, avec Africa CDC qui exige une traçabilité stricte des fonds. Parallèlement, l'OMS et KSrelief signent un accord de 5,3 millions $ contre le choléra dans le bassin du lac Tchad. Le Nigeria fait face à une fièvre de Lassa au taux de létalité en hausse
Cancer du sein : l'OMS Afrique publie un guide pour les soins primaires
L'OMS Afrique a lancé cette semaine, le 21 septembre, un nouveau guide clinique destiné aux personnels des soins de santé primaires pour améliorer la détection précoce, l'évaluation et l'orientation des femmes présentant des symptômes suspects de cancer du sein.
Le document entend corriger un goulot d'étranglement structurel : la plupart des femmes africaines consultant pour un problème mammaire se présentent d'abord dans un dispensaire ou un centre de santé communautaire, et non dans un établissement de soins spécialisés.
4 women are diagnosed with breast cancer every minute. #BreastCancer can have a variety of symptoms, especially when more advanced. Early diagnosis increases the chances for successful treatment https://t.co/Yov4s1LeBd https://t.co/rLoxTM380g
— World Health Organization (WHO) (@WHO) October 4, 2025
En permettant aux agents de santé de première ligne d'identifier les signes d'alerte et d'orienter rapidement les patientes, l'OMS espère raccourcir les délais de prise en charge.
Notons que, dans la majorité des pays de la région, plus de 70 % des cancers du sein sont détectés à un stade avancé, ce qui réduit considérablement les possibilités de traitement curatif et les chances de survie.
Ce guide s'inscrit du reste dans le cadre d’un plan régional de lutte contre le cancer, avec pour objectif de renforcer les capacités diagnostiques, d’étendre la couverture en imagerie médicale et de réduire les inégalités d'accès aux traitements oncologiques en Afrique subsaharienne.
Ebola en RDC : 7 733 cas et 3 732 décès, Nord-Kivu en progression
Au 23 septembre 2026, l'épidémie de maladie à virus Ebola, souche Bundibugyo, en République démocratique du Congo (RDC) était à plus de 7 700 cas confirmés et 3 760 décès, répartis dans sept provinces et 63 zones de santé, selon les données consolidées du ministère de la Santé et de l'OMS.
La situation présente un profil contrasté selon les territoires : si les cas poursuivent leur repli dans les foyers historiques de l'Ituri (-26 %) et dans le Haut-Uélé (-15 %), l'épidémie progresse fortement au Nord-Kivu (+73 %). L'OMS note que le taux de létalité y dépasse 65 % et que la maladie frappe particulièrement les enfants de moins de 5 ans, dont la mortalité excède 60 %.
Des cas signalés à Dungu, près de la frontière avec le Soudan du Sud, alimentent les inquiétudes quant à un risque de propagation transfrontalière. « La transmission s'est étendue au-delà de son épicentre d'origine, et cela exige que nous adaptions notre réponse », selon la Dre Matshidiso Moeti, directrice régionale de l'OMS pour l'Afrique.
Face à ce défi sanitaire, la riposte s'intensifie sur le terrain : alors que 33 nouvelles guérisons ont été enregistrées au cours des dernières 24 heures, une campagne de vaccination ciblée à l'aide du vaccin Ervebo a été lancée à Bunia pour protéger prioritairement les professionnels de santé et les agents de première ligne. Parallèlement, les équipes médicales poursuivent leurs efforts pour concilier les protocoles sanitaires avec les pratiques funéraires locales en Ituri, un enjeu clé pour freiner la transmission communautaire.
Ebola : près de 3 milliards $ mobilisés, Africa CDC exige la traçabilité
Au total, près de 3 milliards $ d'engagements financiers ont été annoncés pour soutenir la riposte à l'épidémie d'Ebola en RDC, en Ouganda et dans la région. Ces annonces ont été formulées en marge de l'Assemblée générale des Nations unies à New York, le 24 septembre.
Africa CDC, l’Agence sanitaire de l’UA, a salué ce niveau d'engagement tout en appelant à la plus grande traçabilité des financements. L'institution africaine insiste sur la nécessité de savoir précisément quels fonds ont été décaissés, à quel rythme et dans quels secteurs de la riposte, afin de combler les lacunes critiques sans attendre de nouvelles promesses de financement.
Nearly US$3 billion has now been mobilised for the Ebola response in Central Africa, with Africa CDC saying the priority has shifted from raising money to ensuring the funds reach the frontline. Africa CDC Director-General Dr Jean Kaseya said the total stood at US$2.997 billion following a G20+ Foreign Ministers meeting convened by the United States in New York. https://t.co/7vMX26RkM8
— The Standard Digital (@StandardKenya) September 25, 2026
Le Dr Jean Kaseya, directeur général d'Africa CDC, a rappelé que le plan de riposte sur six mois requiert 1,3 milliard $, et que le plan de réponse humanitaire révisé pour 2026 nécessite 2,1 milliards.
En Ouganda, où une épidémie distincte avait été déclarée, l'OMS a confirmé la fin de la transmission le 27 août, après 42 jours sans nouveau cas. La clôture de cet épisode souligne à la fois la nécessité d'une surveillance frontalière soutenue et la capacité des systèmes de santé nationaux à contenir la propagation.
Choléra : l'OMS et KSrelief allouent 5,3 millions $ au bassin du lac Tchad
L'OMS et le King Salman Humanitarian Aid and Relief Centre (KSrelief) ont signé le 22 septembre un accord de 5,3 millions $ pour renforcer la prévention et la réponse au choléra dans le bassin du lac Tchad.
.@WHO et @KSRelief ont signé un accord d'un montant de 5,3 millions de dollars américains visant à renforcer la préparation et la réponse au #choléra dans le bassin du lac Tchad, apportant ainsi un soutien au Cameroun, au Tchad, au Mali, au Niger et au Nigéria. Cet appui permettra de renforcer la détection précoce, la réponse rapide et l'accès à des traitements essentiels contre le choléra, contribuant à protéger plus de 6 millions de personnes dans ces cinq pays.
— OMS Afrique (@OMS_Afrique) September 21, 2026
Le programme couvre cinq pays : le Cameroun, le Tchad, le Mali, le Niger et le Nigeria, tous régulièrement confrontés à des flambées épidémiques liées aux conditions d'accès à l'eau potable, à l'assainissement et à la surpopulation des sites de déplacés.
L'accord prévoit notamment des interventions intégrées allant de la surveillance épidémiologique à l'accès aux médicaments essentiels, en passant par la vaccination anticholérique et les mesures d'eau-hygiène-assainissement (EHA). Cette approche transfrontalière entend répondre à la nature intrinsèquement régionale du choléra dans cette zone, où les mouvements de population entre bassins versants favorisent la propagation.
Notons que la signature fait suite aux annonces antérieures de l'UNICEF, qui avait mobilisé 15 millions $ pour six pays sahéliens en août, et complète un dispositif de financement régional orienté vers la durabilité des capacités de réponse.
Fièvre de Lassa au Nigeria : plus de 1 000 cas et 259 décès, létalité en hausse à 23,9 %
En Afrique de l’Ouest, le Nigeria a enregistré 1 086 cas confirmés de fièvre de Lassa et 259 décès depuis le début de l'année 2026, selon le Centre nigérian de contrôle des maladies (NCDC), dont les données ont été publiées le 22 septembre. Le taux de létalité atteint 23,9 %, contre 18,6 % sur la même période en 2025, une hausse que le NCDC attribue principalement aux retards de consultation des patients et au coût élevé de la prise en charge, notamment de la ribavirine, traitement antiviral de référence.
La fièvre de Lassa est une fièvre hémorragique virale endémique au Nigeria et dans plusieurs pays de la sous-région. Elle est transmise essentiellement par les déjections du rat multimammate (Mastomys natalensis). Au Nigeria, les États d'Edo, d'Ondo et de Bauchi concentrent historiquement les cas les plus nombreux.
La progression du taux de létalité en 2026 par rapport à 2025 est préoccupante dans un contexte où les systèmes de surveillance et les stocks de médicaments restent insuffisants dans plusieurs zones endémiques. L'OMS accompagne le NCDC dans la surveillance et la formation des équipes de réponse rapide.
Noma au Nigeria : des opérations gratuites pour une maladie tropicale négligée
Des opérations reconstructrices gratuites sont proposées à des enfants atteints de noma à Sokoto, dans le nord-ouest du Nigeria, selon des agences cette semaine.
Le noma est une infection gangreneuse rapidement progressive qui détruit les tissus du visage, particulièrement chez les enfants de moins de 6 ans souffrant de malnutrition et vivant dans des environnements précaires. Sans traitement précoce, le noma peut être mortel dans 90 % des cas. Les survivants portent des séquelles faciales sévères qui entraînent une stigmatisation profonde et une exclusion sociale. La maladie est classée parmi les maladies tropicales négligées par l'OMS depuis 2023, ce qui ouvre la voie à un financement et à une attention accrue.
Au Nigeria, la ceinture sahélienne du nord concentre la majorité des cas signalés sur le continent. Les opérations chirurgicales reconstructrices proposées à Sokoto visent à corriger les déformations chez des enfants et adolescents ayant survécu à la phase aiguë de la maladie, mais ces interventions restent insuffisantes face à l'ampleur des besoins et à l'absence de système de dépistage précoce structuré dans les zones rurales.
Paludisme : le Burkina Faso distribue 15 millions de moustiquaires et introduit le vaccin RTS,S
Le Burkina Faso a distribué 15 millions de moustiquaires imprégnées d'insecticide à longue durée d'action (MILD) durant la période 2025-2026. Cette campagne de masse, inscrite dans la stratégie nationale de lutte contre le paludisme, associe protection individuelle nocturne et vaccination.
Le pays sahélien a par ailleurs introduit le vaccin RTS,S contre le paludisme dans son programme de vaccination de routine, devenant l'un des premiers États d'Afrique de l'Ouest à franchir cette étape.
Le paludisme reste la première cause de morbidité et de mortalité au Burkina Faso, pays sahélien particulièrement exposé à la transmission saisonnière, avec des pics pendant et après la saison des pluies.
Si la campagne de distribution de moustiquaires est un pilier de la stratégie du pays, elle est complétée par la chimioprévention du paludisme saisonnier (CPS), administrée aux enfants de moins de 5 ans dans les zones à haute transmission. La combinaison vaccination + MILD + CPS est recommandée par l'OMS comme approche intégrée dans les pays à forte charge palustre.
Néanmoins, le Burkina Faso affronte des défis logistiques importants liés notamment à l'insécurité dans plusieurs régions, ce qui complique la distribution en zone rurale.
Ghana : essais cliniques et surveillance communautaire renforcés
Au Ghana, on note cette semaine deux avancées en matière de renforcement des capacités sanitaires. D'une part, l'OMS a conduit une évaluation de 15 institutions publiques et privées de santé et de recherche afin d'identifier les forces et les lacunes du pays en matière d'essais cliniques. L'objectif est de permettre au Ghana de participer, conduire et superviser ses propres essais cliniques pour des vaccins, médicaments et technologies de santé, réduisant ainsi sa dépendance vis-à-vis des données produites à l'étranger.
D'autre part, l'OMS a soutenu le renforcement de la surveillance événementielle au niveau communautaire dans neuf districts de trois régions ghanéennes. Ce dispositif forme les membres des communautés à signaler rapidement des événements inhabituels, tels qu'une hausse de mortalité animale ou une grappe de cas de fièvre, afin de déclencher plus tôt les investigations sanitaires.
Ces deux initiatives pourraient du reste marquer une tendance continentale : consolider les capacités analytiques et de détection nationales plutôt que de dépendre uniquement des systèmes centraux de surveillance.
Le Ghana, qui accueille plusieurs institutions régionales de référence en santé, cherche à se positionner comme un pôle de recherche et de réponse aux urgences en Afrique de l'Ouest.
Ayi Renaud Dossavi
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