(Agence Ecofin) - Depuis le début du conflit au Moyen-Orient en février 2026, le marché mondial des fertilisants est sous pression. Alors que les inquiétudes sur l’offre globale s’intensifient, l’Égypte, acteur majeur du commerce international, durcit les conditions d’exportation de ses engrais azotés.
L’Égypte a instauré une taxe temporaire à l’exportation sur les engrais azotés pour une durée de trois mois. La mesure annoncée dans le Journal officiel du pays est entrée en vigueur à compter du 5 mai 2026.
Cette taxe, fixée par le ministère égyptien de l’Investissement et du Commerce, sera appliquée à hauteur de 90 $ par tonne d’engrais exportée, ou son équivalent en livres égyptiennes. Selon les informations relayées par le média local Arab Finance, cette initiative vise à trouver un équilibre entre la satisfaction de la demande du marché local en engrais et la stabilité des prix. Elle suggère en outre une volonté du Caire de sécuriser l’approvisionnement du marché intérieur en engrais azotés, en évitant une trop forte orientation des volumes vers l’exportation alors que le marché mondial des fertilisants traverse déjà une période de fortes tensions.
Dans son dernier rapport « Commodity Markets Outlook » publié le 28 avril, la Banque mondiale indiquait que les prix mondiaux des engrais pourraient grimper de plus de 30 % en 2026 sous l’effet du conflit au Moyen-Orient et des perturbations du transport maritime dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un tiers du commerce maritime mondial de fertilisants, soit environ 16 millions de tonnes par an.
L’institution soulignait également que les craintes liées à l’approvisionnement domestique pourraient pousser certains grands exportateurs à instaurer des restrictions commerciales afin de préserver leurs marchés locaux. La taxe imposée par l’Égypte apparaît ainsi comme l’une des premières manifestations concrètes de ce risque sur le marché international.
L’urée, principal engrais azoté utilisé dans le monde, est particulièrement exposée à ces tensions. Selon la Banque mondiale, son prix pourrait atteindre en moyenne 675 dollars la tonne cette année, soit près de 60 % de plus qu’en 2025.
Un arbitrage entre marché intérieur et recettes publiques
Si la taxe instaurée par Le Caire vise avant tout à modérer les exportations d’engrais azotés, elle pourrait également se traduire par un accroissement des recettes publiques.
L’Égypte joue les premiers rôles dans le commerce de cette catégorie de fertilisants. Selon les données de Trade Map, le pays a exporté près de 3,54 millions de tonnes d’engrais azotés en 2024, se classant ainsi au 7ᵉ rang des exportateurs mondiaux, derrière la Chine, la Russie, Oman, les Pays-Bas, la Belgique et les États-Unis.
Dans un contexte de prix internationaux élevés, les opérateurs pourraient être incités à maintenir leurs volumes d’exportation afin de profiter des conditions de marché, malgré la taxe appliquée. Celle-ci deviendrait alors une source potentielle de recettes additionnelles pour l’État, proportionnelle aux volumes exportés. Toutefois, l’effet final dépendra de l’impact de la mesure sur la compétitivité des engrais égyptiens par rapport aux autres fournisseurs mondiaux du fertilisant.
Dans un marché mondial déjà sous fortes tensions, toute mesure limitant ou renchérissant les exportations d’un fournisseur majeur comme l’Égypte pourrait accentuer les perturbations sur l’offre et renforcer la volatilité des prix internationaux. Le pays des pharaons n’est d’ailleurs pas le seul exportateur à adopter une posture défensive sur le marché des fertilisants. En avril dernier, la Russie avait également annoncé son intention de limiter ses exportations globales de fertilisants, y compris les engrais azotés, entre juin et novembre 2026.
Stéphanas Assocle
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