(Agence Ecofin) - Dans son rapport publié en décembre 2024, intitulé « What you need to know about higher education in Africa », l’UNESCO indique qu’environ 11 millions de jeunes Africains arrivent chaque année sur le marché du travail, mais que 40 % d’entre eux manquent des compétences requises pour décrocher un emploi, ce qui les expose au chômage. Face à ce paradoxe, l’upskilling émerge comme une solution prometteuse pour combler le fossé entre la formation académique et les compétences requises sur le marché du travail.
L’upskilling consiste à acquérir de nouvelles compétences ou à renforcer celles déjà acquises pour rester compétitif dans un marché du travail en constante évolution. Cette approche met l’accent sur des savoir-faire concrets, pratiques et directement mobilisables, notamment dans les domaines numériques, la communication interpersonnelle, la gestion de projet ou encore l’analyse de données. À la différence de la formation initiale, souvent jugée trop théorique, l’upskilling se veut agile, rapide et orienté vers l’emploi.
En Afrique, cette démarche est de plus en plus explorée pour combler le fossé entre cursus académiques et besoins concrets des employeurs. Les jeunes représentent 60 % des chômeurs sur le continent, selon la Banque mondiale, et nombreux sont ceux qui, bien que diplômés, peinent à s’insérer faute de compétences directement applicables. Face à cette réalité, le renforcement ciblé des compétences apparaît comme une réponse pragmatique à un décalage structurel : les entreprises recherchent des profils polyvalents, adaptables, opérationnels — que les systèmes éducatifs classiques ne préparent pas toujours efficacement.
Des initiatives qui portent déjà leurs fruits sur le continent
Plusieurs initiatives africaines démontrent que l’upskilling peut produire des résultats concrets et mesurables. L’organisation à but non lucratif WAVE (West Africa Vocational Education), par exemple, s’est donné pour objectif de former 250 000 jeunes d’ici 2028 en leur enseignant des compétences transversales comme la gestion du temps, la communication ou encore l’intelligence émotionnelle. Depuis sa création en 2013, l’organisation initiée par Misan Rewane collabore avec les gouvernements de la sous-région ouest-africaine pour élargir son impact dans le secteur de l’employabilité.
Autre exemple, Blossom Academy, fondée en 2018, se spécialise dans la formation de jeunes issus de milieux défavorisés à des métiers techniques liés à la data science. Grâce à des partenariats avec des entreprises locales et internationales, l’académie a permis à de nombreux jeunes de décrocher des emplois qualifiés dans le secteur technologique.
De son côté, Ingressive for Good, initiative panafricaine lancée en 2020, revendique plus de 132 000 jeunes formés aux compétences numériques et techniques via des plateformes comme Coursera ou DataCamp. L’organisation cible les jeunes non seulement pour l’apprentissage, mais aussi pour les connecter à des opportunités professionnelles concrètes.
Africa Internship Academy (AIA), basée au Ghana, accompagne quant à lui les jeunes dans le développement de leur employabilité à travers des bootcamps, des stages professionnels et du mentorat, avec une approche orientée résultats.
Ces exemples montrent que des solutions existent, fonctionnent et peuvent être répliquées à plus grande échelle.
Les freins à l’expansion de l’upskilling en Afrique
Cependant, plusieurs obstacles limitent encore la portée de l’upskilling en Afrique. Le premier frein est financier. En effet, la plupart des programmes de formation dépendent de subventions internationales ou philanthropiques, ce qui rend leur pérennité incertaine. Sans modèle économique viable, leur expansion reste fragile.
En outre, l’accès aux infrastructures numériques demeure inégal sur le continent. Selon une étude de l’Union internationale des télécommunications (UIT) datant de 2022, seulement 40 % de la population africaine est en ligne. Dans de nombreuses zones rurales ou périurbaines, l’accès à Internet, aux smartphones ou aux ordinateurs constitue un frein majeur à l’apprentissage en ligne, qui est pourtant au cœur de l’upskilling.
Une autre difficulté majeure réside dans la faible reconnaissance des certifications alternatives par les employeurs. Nombre d’entre eux accordent toujours la priorité aux diplômes académiques traditionnels, au détriment de profils issus de formations non conventionnelles, pourtant dotés de compétences concrètes. Cette préférence réduit les opportunités professionnelles pour de jeunes candidats pourtant compétents. Dans de nombreux pays, l’absence d’un cadre national de qualification empêche la validation officielle de ces acquis, limitant ainsi leur prise en compte dans les recrutements, aussi bien publics que privés.
Enfin, le déphasage entre certains programmes de formation et les réalités concrètes du marché du travail peut limiter l’impact des efforts d’upskilling. En l’absence d’une concertation étroite entre les structures de formation et les entreprises, les contenus enseignés risquent de ne pas correspondre aux attentes des recruteurs.
Quelles perspectives ?
L’avenir de l’upskilling en Afrique dépendra de la capacité des gouvernements locaux à s’engager durablement en faveur de la formation continue, à soutenir les initiatives innovantes et à coopérer à l’échelle régionale. Il est impératif d’inscrire ces efforts dans une stratégie plus large, adaptée aux enjeux de la quatrième révolution industrielle, pour bâtir une économie inclusive, résiliente et tournée vers le futur.
Surmonter ces défis représente un enjeu crucial, à la fois social et économique, pour l’avenir du continent africain. Selon Akinwumi Adesina, président de la Banque africaine de développement (BAD), l’Afrique doit agir rapidement pour éviter une crise majeure de l’emploi. En 2030, seules 100 millions de personnes sur 450 millions pourraient être employées, si rien n’est fait.
Face à cette perspective, l’upskilling constitue un levier essentiel, mais il ne peut suffire à lui seul. Il devra s’accompagner d’une politique volontariste de développement industriel, de soutien à l’entrepreneuriat, et autres initiatives concrètes pour préparer plus tôt les jeunes aux réalités du marché. Le défi n’est pas seulement de former, mais aussi de créer les conditions économiques, institutionnelles et sociales qui permettent d’absorber ces nouvelles compétences.
Félicien Houindo Lokossou (Stagiaire)
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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