(Agence Ecofin) - L’Afrique du Sud et le Nigeria concentrent à eux deux environ 30 % de la production africaine de maïs et se positionnent respectivement comme premier et deuxième producteurs de cette céréale sur le continent. Pourtant, un écart considérable de productivité subsiste entre leurs systèmes de production, révélant des disparités profondes en matière de performance agricole.
En 2023/2024, l’Afrique du Sud a récolté 13,4 millions de tonnes de maïs, soit une production supérieure de 21 % à celle du Nigeria la même année (11 millions de tonnes), selon les données du Département américain de l’Agriculture (USDA). Pourtant, le Nigeria a consacré 5,5 millions d’hectares à la culture de cette céréale, soit près du double de la superficie mobilisée par la filière sud-africaine (2,98 millions d’hectares). Voici trois facteurs qui permettent de mieux comprendre le paradoxe de la domination sud-africaine dans la production de cette céréale en Afrique.
L’adoption de semences plus performantes
Si l’Afrique du Sud devance le Nigeria, c’est d’abord à cause de sa productivité plus importante à l’hectare. Selon les données de l’USDA, les agriculteurs sud-africains obtiennent un rendement de 5,3 tonnes à l’hectare contre, par exemple, 2 tonnes en moyenne du côté nigérian.
Cet écart s’explique principalement par l’accès des producteurs de la nation arc-en-ciel à des semences à fort rendement issues de l’amélioration variétale. Dans le pays d’Afrique australe, l’ingénierie génétique a permis de mettre au point des semences résistantes aux nuisibles comme la pyrale du maïs. Le pays a approuvé la culture du maïs transgénique (résistant aux insectes) pour la première fois en 1997 et, depuis lors, l’adoption a été progressive et constante, au point où les cultures de maïs transgénique représentent aujourd’hui plus de 80 % de la surface totale consacrée à la culture de la céréale.

Du côté du Nigeria, la majorité des variétés de maïs utilisées par les agriculteurs sont peu productives et ne sont pas résistantes aux maladies, aux ravageurs et à la sécheresse. Selon l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA), environ 10 % des agriculteurs nigérians utilisent des variétés hybrides, qui offrent pourtant de meilleurs rendements que les variétés pollinisées librement (OPV) largement vulgarisées. Selon les observateurs, cette situation qui entretient la sous-performance de la filière s’explique par le fait que certains agriculteurs sont réticents au changement, tandis que d’autres estiment que les semences améliorées coûtent trop cher.
Et si le pays a fait un grand pas en approuvant la commercialisation du maïs transgénique en janvier 2024, les gains de productivité attendus ne seront pas immédiats et la vulgarisation pourrait se heurter aux mêmes défis que ceux rencontrés par les semences hybrides depuis plusieurs années. Pour rappel, il a fallu environ 10 ans à l’Afrique du Sud pour doubler son rendement de maïs après l’adoption du maïs transgénique en 1997.

Un système de production intensif en capital
En Afrique du Sud, le système de production repose sur des fermes commerciales de grande superficie, principalement détenues par des Blancs, et bénéficiant d’un soutien plus important du secteur bancaire.
Cette situation contraste avec la réalité nigériane où la production est principalement assurée par les petits exploitants agricoles. D’après le cabinet PwC, la filière nigériane souffre d’un financement insuffisant, notamment de la part des banques commerciales. Cela s’explique par le fait que de nombreux petits exploitants agricoles engagés dans la culture du maïs ne disposent pas des garanties nécessaires pour obtenir un prêt structuré.
Ce contexte est encore plus difficile, en raison de la faiblesse des prêts accordés au secteur agricole, qui n’a bénéficié que de moins de 5 % du portefeuille bancaire en moyenne, les fonds étant principalement dédiés à d’autres cultures prioritaires comme le riz et le cacao.
Il convient de noter que grâce aux appuis financiers du programme Anchor Borrowers de la Banque centrale du Nigeria (CBN) et du Nigerian Incentive-Based Risk Sharing System for Agricultural Lending (NIRSAL), principal mécanisme de garantie des prêts agricoles, le déficit de financement du secteur a été partiellement comblé ces dernières années. Toutefois, selon le cabinet PwC, il demeure essentiel de diversifier davantage les sources de financement, en explorant des alternatives aux subventions et aux appuis gouvernementaux.
Mécanisation et intrants : un écart abyssal entre les deux pays
En Afrique du Sud, l’investissement dans la filière s’accompagne aussi d’un accès renforcé aux engrais et aux produits phytosanitaires pour la gestion des sols et des nuisibles.
D’après le cabinet PwC, la culture de la céréale étant principalement assurée par des petits exploitants agricoles au Nigeria, les bonnes pratiques agronomiques, notamment l’utilisation d’engrais, de pesticides ou d’herbicides pour une gestion efficace des sols et la lutte contre les nuisibles, sont peu suivies dans le pays.
À titre d’exemple, les données compilées par la Banque mondiale révèlent que le taux d’utilisation d’engrais s’élevait à 7,3 kg par hectare de terre cultivable au Nigeria en 2022, contre 91,5 kg en Afrique du Sud, soit un niveau 12 fois plus élevé dans ce dernier pays.

En outre, l’écart est tout aussi important sur le plan de la mécanisation agricole. Selon les données officielles, les exploitations agricoles en Afrique du Sud utilisent environ 43 tracteurs par km² de terre cultivable, contre une estimation de 0,06 tracteur par km² (soit 6 tracteurs pour 10 000 hectares) au Nigeria.
Stéphanas Assocle
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