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Interdiction des exportations de minerais bruts : le Malawi impose la valeur ajoutée locale

  • Date de création: 28 octobre 2025 07:07

(Agence Ecofin) - Porté par le développement de nouveaux projets, le Malawi anticipe une croissance de son secteur minier, dont le potentiel reste encore largement sous-exploité. Selon la Banque mondiale, cette filière peut en effet générer jusqu’à 10 % du PIB national d’ici 2063, contre 0,7 % en 2023.  

Lundi 27 octobre, Lindian Resources, société minière basée à Perth en Australie, a indiqué que le développement de son projet de terres rares Kangankunde n’était pas affecté par les nouvelles politiques de transformation locale du Malawi. Cette sortie survient en effet quelques jours après l’annonce d’un décret présidentiel portant sur l’interdiction de l’exportation de minéraux bruts dans le pays d’Afrique australe. Une réglementation qui s’inscrit dans un contexte plus global où Lilongwe entend maximiser les revenus tirés de son secteur minier avec les nouveaux projets en cours.

Cap sur la promotion de la valeur ajoutée locale

Le décret, signé par le président entrant Peter Mutharika, vise à « promouvoir la création de valeur ajoutée locale » afin de garantir que les ressources minérales contribuent au développement économique du Malawi. Concrètement, la mesure d’interdiction s’applique, apprend-on, à tous les minéraux extraits dans le pays, en particulier les minéraux stratégiques comme l’uranium, les terres rares et le graphite. Elle ne prend néanmoins pas en compte les produits qui font l’objet de traitement, de raffinage ou de toute forme de valorisation dans le pays.

C’est sur ce point que Lindian Resources s’appuie notamment pour justifier la conformité de son projet Kangankunde. La société prévoirait en effet de transformer les terres rares de ce gisement sous forme de concentré avant leur exportation, précisant que ce niveau de valorisation est, à ce stade, le « plus élevé possible dans le pays ». Il convient de souligner que le concentré est souvent considéré comme le stade initial de traitement d’un minerai, mais n’est pas encore un produit raffiné ou transformé chimiquement.

En dehors de Lindian, aucune réaction n’est pour l’instant observée du côté des autres sociétés minières actives dans le pays. Il faut en effet rappeler que le Malawi abrite actuellement plusieurs projets miniers en développement, dont la future mine de graphite et rutile Kasiya (Sovereign Metals). À cela s’ajoutent Songwe Hill, un autre projet de terres rares développé par le canadien Mkango Resources ou encore le projet de niobium Kanyika. Par ailleurs, le pays a récemment vu la relance de la mine d’uranium Kayelekera par Lotus Resources.

Accélérer la croissance du secteur minier

Ces projets sont appelés à porter la croissance du secteur minier malawite, lequel devrait représenter jusqu’à 10 % du PIB national d’ici 2063, selon les prévisions officielles. À titre de comparaison, la Banque mondiale indiquait en janvier dernier que cette filière ne contribuait qu’à hauteur de 0,7 % au PIB en 2023. En misant sur la transformation locale, avec comme levier l’interdiction des exportations de minerais bruts, l’État malawite entend ainsi indirectement progresser vers cet objectif, inscrivant plus largement le pays dans une dynamique régionale axée sur la valorisation locale des ressources.

Des politiques plus ou moins similaires sont en effet en cours dans plusieurs pays africains, en particulier au Zimbabwe où l’État table sur la valorisation locale du lithium. La Guinée se distingue aussi en ce sens, incitant les compagnies minières à construire des usines de transformation de bauxite, produit entrant dans la chaîne de valeur de l’aluminium. Ces mesures peuvent néanmoins aussi éroder les relations entre gouvernants et investisseurs, selon leur mode d’application.

Le différend ayant entraîné la récente nationalisation de la mine de bauxite de l’émirati Emirates Global Aluminium (EGA) en Guinée illustre notamment ce risque. De plus, notons que la transformation locale des minéraux implique aussi plusieurs défis, selon le rapport Ecofin Pro intitulé « Produire des batteries électriques en Afrique : les conditions de la faisabilité ».

Appuyant son analyse sur les minéraux critiques, le document relève notamment la nécessité pour les pays d’assurer un approvisionnement électrique stable pour les usines de transformation et de disposer de capacités techniques suffisantes. Reste à voir la stratégie du Malawi dans la mise en œuvre de cette nouvelle politique, ainsi que ses éventuels impacts sur le développement des différents projets en cours.

Aurel Sèdjro Houenou

Lire aussi : 25/03/2025 - Les besoins mondiaux de transition énergétique peuvent booster les revenus miniers du Malawi 

17/02/2025 - Le Malawi veut mieux contrôler les exportations pour maximiser les revenus miniers

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