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Chocolat : la DG de l’OMC invite la Suisse à produire en Afrique, mais l’équation est complexe

  • Date de création: 28 février 2025 13:45

(Agence Ecofin) - L’Afrique produit 75% du cacao mondial mais sa part des revenus générés dans l’industrie du chocolat reste en dessous de 10%. La nouvelle sortie d’Okonjo-Iweala soulève des questions sur la place du continent dans la chaîne de valeur et la réalité des investissements dans ce secteur.

Lors du Forum de coopération internationale en Suisse, la directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), Ngozi Okonjo-Iweala (photo), a encouragé le pays, connu pour ses chocolats de qualité, à décentraliser ses chaînes de valeur et produire directement en Afrique. Selon elle, la Suisse peut produire ses chocolats de qualité directement en Afrique, « contribuant ainsi à créer plus de valeur, plus d’emplois et un commerce plus équitable sur le continent ». Si l’idée est ambitieuse, l’analyse des dynamiques et fondements de ce marché montre qu’elle est plus complexe qu’il n’y paraît.

Une idée ambitieuse, mais pas nouvelle

La chaîne commence par la production des fèves de cacao (plus de deux tiers en Afrique, notamment dans des pays comme la Côte d’Ivoire, le Ghana, ou encore le Cameroun). Ces fèves sont ensuite transformées en beurre, poudre et pâte de cacao dans des usines. C’est après ces premières transformations que l’industrie chocolatière utilise ces produits pour la fabrication de tablettes, confiseries et autres produits dérivés. Selon plusieurs sources concordantes, l’industrie mondiale du chocolat génère annuellement plus de 130 milliards de dollars, et seulement une petite partie revient aux producteurs de fèves. C’est dans cette logique que plusieurs voix montent, dans le même esprit qu’Okonjo-Iweala, pour le renforcement de la chaîne de valeur du cacao en Afrique et le développement d’une industrie locale de production de chocolat.

1 CHOCO

Dans les faits, l’Afrique ne fait pas que produire des fèves de cacao, car des premières transformations sont déjà réalisées sur le continent. A titre d’exemple, le groupe suisse Barry Callebaut, numéro un mondial des produits à base de cacao et de chocolat, possède des usines  en Côte d’Ivoire et au Cameroun, où il produit du beurre et de la pâte de cacao destinés à l’exportation. Peu de données existent néanmoins pour mesurer ce que représente la première transformation réalisée en Afrique sur celle à l’échelle mondiale. Selon Swissinfo.ch, qui cite l’Organisation internationale du cacao (ICCO), au cours de l’année cacaoyère 2021/2022 qui s’étend d’octobre à septembre, « la Côte d’Ivoire n’a transformé que 675 000 tonnes de fèves de cacao, soit un tiers de la récolte de 2,1 millions de tonnes. Les 1,4 million de tonnes restantes ont été exportées sous forme de fèves brutes, principalement en Malaisie et aux Pays-Bas, où elles ont été transformées et revendues à des fabricants. »

D’un autre côté, plusieurs initiatives récentes montrent que certains industriels commencent par être intéressés par une production finale de chocolat en Afrique, bien que de façon ciblée. En Égypte, Barry Callebaut a annoncé en octobre 2024 un investissement de 30 millions de dollars pour construire une usine de fabrication de chocolat destinée au marché local et régional. Selon le quotidien local Daily News, ce projet vise à approvisionner le marché local en pleine croissance et à faire du pays un centre régional pour l’exportation vers le Moyen-Orient et l’Afrique. Avant cela, en juin 2024, le chocolatier français Olivier Bordais a lancé la construction d’une chocolaterie au Cameroun, un projet de près d’un milliard FCFA(environ 1,6 million $) visant à produire du chocolat haut de gamme directement sur place.

Plus complexe qu’il n’y paraît

Plusieurs facteurs peuvent expliquer pourquoi les usines de production de chocolat en Afrique ne sont pas nombreuses. Le premier est lié aux infrastructures. La production de chocolat nécessite une chaîne du froid efficace, une électricité stable et des équipements spécifiques pour garantir le respect des normes de qualité. Dans plusieurs pays africains, ces conditions montrent encore des limites, ce qui peut poser un défi pour les industriels.

Un autre élément clé à examiner est le coût de production. Même si la matière première est disponible localement, les frais logistiques et les contraintes réglementaires sont d’autres paramètres que prennent en compte les investisseurs. L’importation d’équipements spécialisés et les droits de douane appliqués sur certains intrants peuvent rendre la production plus coûteuse en Afrique qu’en Europe.  Par ailleurs, les standards et attentes des consommateurs internationaux sont aussi un point important. La Suisse a bâti sa réputation sur un contrôle strict de la qualité et des procédés de fabrication précis. La question de l’adaptation aux normes suisses et européennes dans un contexte de production africaine se pose.

1 CHO

Vers une industrialisation à plus grande échelle ?

Malgré tous ces défis, la consommation locale pourrait être un levier de transformation. Avec une classe moyenne en croissance et une population qui atteindra 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050 selon l’ONU, le marché africain du chocolat a un potentiel encore sous-exploité. Pour le moment, la demande locale est satisfaite par les quelques producteurs « made in Africa », les rares usines locales, et en grande partie par les importations.

Selon la plateforme World’s Top Exports, les importations de chocolat en Afrique ont représenté seulement 1,9 % des importations mondiales en 2023, un chiffre bien en dessous des grandes régions consommatrices comme l’Europe (60,8 %) ou l’Asie (17,4 %). Certains pays africains affichent néanmoins une dynamique intéressante. Le Maroc a importé pour 101,3 millions de dollars de chocolat en 2023 (en hausse de 11,4 % par rapport à l’année précédente) contre 142 millions $ pour la Libye. L’Afrique du Sud, qui reste le premier importateur de chocolat en Afrique subsaharienne, a atteint un volume de 126,1 millions de dollars (+6,2%). Le Nigeria a connu une forte augmentation de ses importations, qui ont augmenté à 37,4 millions $ (+29,3 %). D’autres pays africains comme Maurice et l’Egypte font partie du Top 100, qui représente 98,4% du total importé dans le monde selon le site.

Si ces tendances se confirment dans les prochaines années, elles pourraient indiquer qu’un marché en expansion se développe pour les fabricants de chocolat en Afrique. Cela pourrait inciter davantage d’industriels à envisager l’idée de produire directement sur le continent, plutôt que d’y expédier uniquement des produits finis. Toutefois, cette transformation industrielle ne pourra se faire sans relever les défis susmentionnés. Reste aussi à savoir si cette industrialisation permettrait aux agriculteurs de mieux valoriser leur cacao, ou si le modèle de transformation resterait dominé par des groupes internationaux, limitant ainsi l’impact économique pour les pays producteurs.

Louis-Nino Kansoun

Edité par M.F. Vahid Codjia

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