(Agence Ecofin) - Portée par des réformes tarifaires et un soutien budgétaire sans précédent, la formation technique et professionnelle connaît une expansion réelle au Kenya. Un obstacle de fond demeure néanmoins, le regard que portent encore beaucoup de familles sur ce choix d’avenir.
Col bleu contre col blanc, la formation technique au Kenya n’est plus seulement un choix de repli. C’est le constat dressé par le média local The Star dans une analyse publiée dimanche 23 août, qui revient sur quatre années de réformes menées sous la présidence de William Ruto.
Les inscriptions dans les TVET ont triplé, passant de 350 000 en 2022 à plus de 1,2 million en mai 2026. Malgré cette progression, de nombreuses familles kényanes continuent de percevoir cette filière comme une option par défaut, réservée aux élèves qui ont échoué ailleurs.
Quand l’investissement public mise sur les métiers techniques
Avant de convaincre les esprits, Nairobi a choisi de soulager les portefeuilles. Les frais annuels ont chuté de 105 000 à 67 000 shillings (environ 517 dollars). Cette baisse réduit le coût d’accès de 36 %, ce qui rend la filière accessible aux ménages que l’université dépassait financièrement. Dans le même élan, le financement public dédié aux étudiants est passé de 44,24 milliards à 113,66 milliards de shillings (près de 880,4 millions de dollars) depuis 2023, portant le nombre de bénéficiaires de 339 347 à 823 691, soit une hausse de 143 %. Le Parlement a ajouté 58,49 milliards supplémentaires pour l’exercice 2026-2027.
Ce soutien financier entend répondre à une réalité de marché que les chiffres rendent difficilement contestable. Neuf jeunes actifs sur dix travaillent dans le secteur informel et le chômage des 15-24 ans atteignait 15,2 % en 2025, selon la Banque mondiale. Face à cette pression, les secteurs du bâtiment, de l’énergie et du numérique offrent des débouchés croissants aux techniciens qualifiés. Électriciens, soudeurs, installateurs solaires, spécialistes en fibre optique, ces profils se démarquent pendant que les diplômés universitaires peinent à s’insérer. C’est dans ce contexte que Julius Migos Ogamba, secrétaire d’État à l’Éducation, a qualifié le TVET de « pilier central de la Vision 2030 ».
Un secteur en mutation, des mentalités encore à convaincre
Un chiffre discret en dit pourtant plus long que les courbes d’inscription. Plus de 26 000 élèves ayant obtenu la note C+ ou au-dessus ont volontairement choisi le TVET. Leur niveau leur ouvrait pourtant les portes de l’université. Ce basculement reste minoritaire, mais il signale que la filière commence à être choisie, et non plus subie.
Ce nouveau regard bute cependant sur les limites du tissu institutionnel. Équipements vétustes, pénurie de formateurs, compétences en décalage avec les attentes des employeurs, ces fragilités pèsent sur la qualité. Le pays compte malgré tout 260 établissements et 33 polytechniques nationaux couvrant les 47 comtés.
Pour combler ces lacunes, Nairobi mobilise des partenariats ciblés. Le projet Kenya-Chine Phase III équipera 70 sites et formera 1 190 instructeurs dans des disciplines prioritaires. Un accord avec l’Italie modernisera 70 autres établissements en robotique, énergies renouvelables et fabrication numérique.
L’enjeu dépasse les frontières kényanes. Selon l’Union africaine, un quart des jeunes d’Afrique subsaharienne sont sans emploi, sans éducation et sans formation. Face à cette réalité, la stratégie continentale « TVET 2025-2034 » fait de la formation professionnelle un levier explicite d’insertion. En engageant ses réformes en amont, Nairobi se positionne comme un laboratoire que le reste du continent observera.
La cible officielle de deux millions d’inscrits d’ici 2027 ne dira pas tout. Le vrai test sera la capacité du pays à faire reconnaître ses techniciens dans l’économie formelle et à convaincre les parents que choisir une clé à molette n’est pas un repli, mais un pari lucide sur l’avenir.
Félicien Houindo Lokossou
Lire aussi:
10/11/2025- Le Kenya veut rapprocher école et industrie pour former des jeunes employables
Côte d’Ivoire : la reprise de l’exploration de lithium annoncée sur le projet Atex
Côte d’Ivoire : la reprise de l’exploration de lithium annoncée sur le projet Atex
Atex dispose déjà de plusieurs résultats de forage encourageants, mais toujours pas d’estimation de ressources minérales. Après le retrait de Ricca...À Madagascar, la baisse du prix de l’Internet met les réseaux sous pression
À Madagascar, la baisse du prix de l’Internet met les réseaux sous pression
chapô : La demande en connectivité à haut débit continue de progresser en Afrique, au rythme de l’adoption des services numériques. Gouvernements et...La Côte d’Ivoire accélère l’encadrement juridique des marchés de proximité
La Côte d’Ivoire accélère l’encadrement juridique des marchés de proximité
La Côte d’Ivoire veut mieux organiser la commercialisation des produits vivriers. Le gouvernement vient de valider de nouveaux textes et outils destinés à...CAN 2027 : quand la route vers le trophée devient un feuilleton continental
CAN 2027 : quand la route vers le trophée devient un feuilleton continental
La trente-sixième Coupe d’Afrique des Nations de football se profile à l’horizon et les préparatifs vont bon train. Pour la première fois, la grande messe...Réserve de Lokobe : l’écrin vert qui révèle les trésors cachés de Madagascar
Réserve de Lokobe : l’écrin vert qui révèle les trésors cachés de Madagascar
Connue dans le monde entier pour ses plages paradisiaques et ses eaux turquoises, l’île de Nosy Be abrite également l’un des plus précieux sanctuaires...
Renaissance Cairo Mirage City Hotel, Egypt