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Le Bénin renforce ses filières techniques pour industrialiser l’agriculture

Le Bénin renforce ses filières techniques pour industrialiser l’agriculture
  • Date de création: 24 août 2026 08:01

(Agence Ecofin) - Alors que le Bénin enregistre une croissance soutenue de son secteur agro-industriel, l’inadéquation entre les compétences disponibles et les besoins réels des employeurs reste un frein structurel à l’insertion professionnelle des jeunes en zones rurales.

Le gouvernement béninois multiplie les initiatives pour combler le fossé entre école et marché du travail. Le mardi 18 août, le ministère de l’Enseignement supérieur a annoncé l’ouverture de dix nouvelles filières. Ces formations seront proposées dans les lycées techniques agricoles (LTA) du pays à partir de l’année scolaire 2026-2027, d’après le communiqué officiel.

Les nouveaux cursus conduisent au Diplôme de Technicien aux Métiers (DTM). Elles couvrent l’aviculture, la pisciculture, l’horticulture, la production céréalière, les fibres textiles et le palmier à huile. Chaque programme est conçu autour de débouchés concrets. Création de fermes, transformation de produits et emplois dans les projets agricoles figurent parmi les perspectives proposées.

Ces filières ne sont pas choisies au hasard. L’agriculture représente 24,2 % du PIB béninois en 2024, selon l’Institut national de la statistique et de la démographie (INStaD). La Direction générale du Trésor précise par ailleurs qu’elle mobilise 2,3 millions d’actifs. La valeur ajoutée de la branche élevage et chasse a progressé de 8,6 % en 2024, d’après la même source. Celle de la pêche et de l’aquaculture a crû de 3,9 % sur la même période.

La zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ) a déjà créé plus de 25 000 emplois, comme le rappelle La Nouvelle Tribune. Elle transforme 40 000 tonnes de fibre de coton par an, selon la Direction générale du Trésor. Ces unités ont besoin de techniciens formés. L’inadéquation entre formation et marché du travail reste un défi structurel non résolu.

Des compétences techniques pour répondre à un déficit structurel

Ce besoin est d’autant plus pressant que la pression démographique s’intensifie. Près des deux tiers des Béninois ont moins de 25 ans, selon une étude d’Afrobarometer publiée en janvier 2026. Ces jeunes arrivent chaque année en effectif élevé sur un marché du travail qui peine à les absorber. La Banque africaine de développement (BAD) le documentait dès 2024, et est citée dans le même rapport.

Malgré une croissance soutenue, la création d’emplois n’a pas suivi ce flux. Le résultat est paradoxal. Le taux de chômage officiel au sens du BIT ne dépasse pas 1,7 %, selon le Profil du marché du travail Bénin 2025/2026. C’est l’un des plus bas de la sous-région. Plus de 70 % de la population active est néanmoins sous-employée, comme l’indique Afrobarometer, qui s’appuie sur des données de la Banque mondiale dans une publication de juillet 2025.

Plus de 90 % des emplois relèvent du secteur informel. D’après l’Agence danoise pour le développement des syndicats, environ 14 % des jeunes béninois ne sont ni en études, ni en emploi, ni en formation (NEET). Ils représentent le segment le plus vulnérable et sont concentrés en zones rurales.

Le défi n’est pas seulement quantitatif. Les compétences recherchées par les employeurs évoluent vers plus de technicité. Ingénieurs agronomes, techniciens en mécanisation, spécialistes en transformation alimentaire sont demandés. Or, ces profils sont rares. Les dix filières ouvertes dans les LTA ciblent précisément ce vide. Elles forment des techniciens capables de gérer une exploitation, de transformer des produits, de maîtriser des chaînes de valeur. L’objectif affiché est de promouvoir l’auto-emploi, de renforcer la sécurité alimentaire et d’accélérer la professionnalisation du secteur rural. Il reste à savoir si le rythme de formation suivra celui de l’industrialisation que le pays s’est fixé.

Félicien Houindo Lokossou

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