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Au Bénin, l’État veut encadrer les stages pour rapprocher école et entreprise

Au Bénin, l’État veut encadrer les stages pour rapprocher école et entreprise
  • Date de création: 24 juillet 2026 08:58

(Agence Ecofin) - Des milliers de jeunes diplômés arrivent chaque année sur le marché béninois du travail, qui peine à les absorber. Ce décalage trahit un vide structurel bien identifié, faute de cadre concerté entre les établissements de formation et les entreprises.

Le Bénin poursuit la transformation de son système éducatif, un chantier encore en cours de structuration. Les lundi 20 et mardi 21 juillet, Cotonou a accueilli un séminaire national sur la rentrée scolaire et universitaire 2026-2027, organisé par le Conseil national de l’éducation (CNE). Les discussions ont notamment porté sur un meilleur encadrement des stages, avec une implication renforcée des entreprises.

Trois ministres, des cadres techniques et des partenaires sectoriels y ont participé. Au total, quinze recommandations en sont issues et l’une d’elles tranche par sa portée structurelle. Le gouvernement entend « élaborer et définir les modalités de mise en œuvre des guides de stages ». Cette démarche doit se faire « de façon concertée avec les entreprises », précise le compte rendu officiel.

Des guides de stages encore inexistants

Le verbe dit tout. On ne révise pas un cadre existant. On le crée. Après des années de réformes, le Bénin ne dispose toujours pas d’un guide national harmonisé entre établissements et entreprises. Les écoles techniques et les entreprises d’accueil fixent en général leurs propres règles. Le stagiaire peut ainsi arriver sans feuille de route clairement définie. L’entreprise l’accueille sans cadre pédagogique harmonisé. Dans ce vide, le stage peut glisser vers une simple mise à disposition de main-d’œuvre peu formatrice. Sa valeur formative s’évanouit.

Ce dysfonctionnement a un nom. Hortense Adjibodé, porte-parole de l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE), le formule sans détour. Dans une déclaration rendue publique par la presse locale en novembre 2025, en marge de la Journée universitaire de l’emploi (JUE), elle a souligné que : « L’écart persistant entre le profil des jeunes diplômés et les besoins des entreprises reste un défi majeur ».

Les chiffres confirment ce diagnostic. Chaque année, plus de 100 000 jeunes diplômés béninois arrivent sur le marché du travail, selon les données disponibles. Seulement 33 % des 15-35 ans ont un emploi rémunéré. Cette tranche d’âge représente pourtant 60 % de la population béninoise.

Un plan ambitieux, un maillon encore manquant

Le Bénin n’est pas sans initiatives pour l’insertion de ses jeunes. En septembre 2025, le gouvernement a adopté un plan stratégique 2026-2030 pour ses Centres universitaires d’enseignement professionnel. Sept nouveaux instituts sont prévus dans au moins huit secteurs clés. L’objectif est de former 3 000 apprenants avec des formations diplômantes d’ici 2030. En juin 2026, l’État et la Banque africaine de développement (BAD) ont lancé le PDCESP-I. Ce Projet de développement des compétences pour l’emploi dans les secteurs prioritaires ouvre 2 500 places de formation grâce à un financement de 57,7 milliards de FCFA, soit environ 100 millions de dollars.

Bien que réels, ces investissements butent sur le même obstacle. Former des jeunes sans encadrer leur passage en entreprise revient à construire un pont sans l’autre rive. La recommandation du CNE cherche précisément à fermer cette brèche.

Le marché du travail béninois laisse peu de marges d’erreur. La croissance du Bénin est attendue à 7 % en 2026, selon les Perspectives économiques régionales pour l’Afrique subsaharienne du Fonds monétaire international. Environ 90 % des entreprises béninoises évoluent cependant dans l’informel.

Le Programme spécial d’insertion dans l’emploi (PSIE) a été lancé en 2020 pour corriger ce déséquilibre. Au 31 décembre 2024, il avait permis à 7130 jeunes d’intégrer 1 668 entreprises partenaires, selon le bilan du Conseil des ministres du 19 février 2025. L’État y a consacré 15 milliards de FCFA. Une enquête réalisée en juin 2024 nuance toutefois ce bilan. Parmi les bénéficiaires ayant achevé les deux années prévues par le programme, 68,63 % étaient toujours en emploi, soit comme salariés (55,69 %), soit à leur propre compte (12,94 %). Les stages encadrés demeurent le levier d’insertion que le système peine encore à actionner.

Félicien Houindo Lokossou

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