(Agence Ecofin) - Le mode de fonctionnement actuel des systèmes agroalimentaires mondiaux fait l’objet de nombreuses critiques pour ses effets néfastes sur les ressources en eau, les sols et le climat. L’élevage et la forte consommation de produits carnés sont souvent pointés du doigt.
Alors que dans le monde, les appels à réduire la consommation de viande se multiplient depuis plusieurs décennies, il importe de prendre en compte la situation atypique de l’Afrique. C’est ce qu’a indiqué à l’Agence Ecofin, Christian Corniaux, directeur adjoint de l’Unité de recherche Selmet du Cirad.
Si l’empreinte écologique des systèmes alimentaires mondiaux n’est plus à démontrer, le continent africain affiche une consommation de viande qui est déjà très faible. Selon les données de la FAO, ce chiffre atteint 15 kg par habitant, contre 35 kg au niveau mondial.
« Le discours ambiant qu’on entend en Europe et dans les pays du Nord, c'est qu'on consomme trop de viande. C'est vrai. On a plus de 100 kilos par habitant par an. On n'a pas besoin de tant de viande pour vivre. C'est trop. Mais le problème est que les Occidentaux ont l’impression d’être le centre du monde. Face au discours global sur la réduction de la consommation de viande, l’Afrique reste un cas particulier », indique le chercheur.
Il faut dire que cette problématique a gagné en attention avec la parution en octobre 2018 dans la revue scientifique Nature d’une étude qui a mis en lumière l’empreinte environnementale importante de la production agroalimentaire mondiale. Celle-ci a proposé un régime alimentaire qualifié de « flexitarien » (qui limite la consommation de viande sans être exclusivement végétarien, selon la définition du Robert 2019, NDLR).
A l’échelle globale, l’étude préconisait de réduire de 80 % la consommation de bœuf d’ici au milieu du siècle, de 88 % celle de porc, de 70 % celle d’agneau et de 50 % celle de volaille.
« On peut en consommer plus sans problème »
Avec la croissance démographique, la consommation africaine de viande est en hausse depuis quelques décennies, portée par l’urbanisation et les changements des habitudes alimentaires. « On ne consomme pas encore assez de viande donc on peut en consommer plus sans problème », souligne M. Corniaux.
Dans le contexte de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, le responsable souligne que le marché de la viande reste bien intégré, ce qui offre la possibilité d’une circulation des flux de bétail, des zones productrices vers celles déficitaires et de satisfaire les besoins.
Le Tchad, la Mauritanie, le Mali et le Niger sont ainsi des piliers importants du commerce intrarégional de produits carnés permettant aux consommateurs de villes comme Dakar, Lagos, Yaoundé ou Abidjan d’accéder à la denrée.
Espoir Olodo
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