(Agence Ecofin) - Au Sénégal, l’année 2024 a été particulièrement difficile pour les transformateurs d’anacarde. Malgré les annonces gouvernementales de mesures de soutien, des doutes subsistent quant à leur application concrète sur le terrain.
Au Sénégal, les transformateurs d’anacarde tirent la sonnette d’alarme face à la situation que traverse leur segment d’activité. Près de deux mois après le démarrage de la campagne 2025 de commercialisation de la noix de cajou, les industriels déplorent toujours de sérieuses difficultés d’approvisionnement, les empêchant de faire tourner leurs unités de transformation.
« Les traders continuent d’acheter et d’exporter la totalité des noix brutes avant l’arrivée de l’hivernage, privant ainsi les transformateurs locaux de la matière première indispensable à leur activité. Pendant ce temps, les transformateurs, pourtant confrontés à une demande croissante de produits transformés, restent inactifs, incapables d’opérer faute de stock », a déclaré le collège des transformateurs dans un communiqué publié le jeudi 15 mai à l’issue d’un point de presse.
Un ensemble de mesures annoncées, mais peu de résultats visibles sur le terrain
Ce cri d’alerte intervient un mois après l’annonce par le gouvernement de nouvelles mesures de soutien destinées au secteur de la transformation. Le 5 avril dernier, le Premier ministre Ousmane Sonko annonçait, lors d’un conseil interministériel, plusieurs décisions en faveur du secteur, dont l’instauration d’une taxe à l’exportation de noix brutes à hauteur de 32 FCFA/kg, une prime à la transformation, la création d’un stock de sécurité de 7 000 tonnes et la facilitation de l’accès au financement.
Des mesures saluées sur le principe par les industriels, mais qui peinent donc à se traduire dans les faits. «Il est impératif d’agir rapidement pour sécuriser un stock de 7 000 tonnes de noix brutes pour les transformateurs, comme annoncé, mais qui tarde à se concrétiser sur le terrain. Sans cela, la filière risque de perdre une année supplémentaire, avec des conséquences désastreuses sur l’emploi, les entreprises et l’économie locale », avertissent les transformateurs.
Outre la disponibilité limitée des noix, les industriels évoquent d’autres défis, parmi lesquels figurent l’absence d’un système organisé de collecte des noix réservant une part prioritaire aux transformateurs locaux, le manque de modernisation des équipements, l’accès difficile au financement, ainsi que la faible coordination entre les acteurs de la chaîne de valeur.
Il faut rappeler qu’en 2024, les transformateurs étaient déjà confrontés à des difficultés d’approvisionnement en matière première. Les estimations préliminaires réalisées par le service indépendant de conseil commercial N’kalô dans son bulletin sur le marché africain de la matière première publié le 31 octobre dernier suggèrent d’ailleurs que le Sénégal n’a transformé que 1 500 tonnes de noix de cajou, soit à peine 3 % de la récolte nationale, évaluée à 66 500 tonnes en 2024.
Cette faible performance des activités de transformation a eu des conséquences graves qui se sont traduites par des pertes financières, des licenciements, l’arrêt des usines de transformation et la perte de contrats commerciaux à l’international pour certains opérateurs.
Une filière à fort potentiel, mais encore peu valorisée
Au Sénégal, la filière anacarde emploie directement près de 1 000 personnes et représenterait une source de revenus pour plus de 100 000 personnes, selon les données officielles. Cependant, elle laisse encore s’échapper une grande partie de la valeur ajoutée créée sur le segment de la transformation, dans la mesure où le pays exporte la quasi-totalité de sa récolte, comprise entre 65 000 et 75 000 tonnes chaque année sous forme brute.
D’après le collège des transformateurs du Sénégal, une tonne de noix brutes vendue rapporte environ 700 000 FCFA (environ 1200 $), contre plus de 1,4 million FCFA pour une tonne transformée. Cette différence de valeur ajoutée positionne la transformation comme un levier stratégique pour l’industrialisation et l’emploi rural.
L’enjeu est d’autant plus important quand on sait que le pays a engrangé 92 millions $ de recettes d’exportation de noix de cajou, dont seulement 476 000 $ proviennent des amandes, d’après les données compilées par la plateforme Trademap.
Stéphanas Assocle
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