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Nigeria : après la stagnation, la relance du secteur pétrolier

  • Date de création: 16 mai 2025 08:36

(Agence Ecofin) - Les réformes pétrolières du président Bola Tinubu commencent à porter des fruits : regain d’intérêt des investisseurs, décisions majeures d’investissement et retour progressif de la confiance dans un secteur fragilisé par l’instabilité et le manque de transparence.

À son arrivée à la tête du Nigeria en mai 2023, le président Bola Tinubu (photo) a placé la refonte du secteur énergétique au cœur de sa stratégie économique. Il a mis en place un bureau présidentiel dédié à l’énergie et engagé l’opérationnalisation du Petroleum Industry Act (PIA), un texte longtemps attendu, mais jusque-là mal appliqué. L’une des mesures phares a été la suppression des subventions à l’essence, qui absorbaient une part importante du budget de l’État au détriment des investissements productifs.

Ces réformes étaient d’autant plus urgentes que le secteur pétrolier nigérian sortait de huit années de stagnation sous la présidence de Muhammadu Buhari. Bien qu’il ait hérité d’un secteur affaibli, notamment par la chute des cours du brut entre 2014 et 2016, son incapacité à engager les réformes profondes réclamées de longue date a aggravé les fragilités existantes. Les appels des acteurs du secteur à appliquer rapidement le Petroleum Industry Act, pourtant promulgué dès 2021, sont restés sans réponse.

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Buhari a tardé à mettre en œuvre le texte, créant une incertitude réglementaire qui a freiné les investissements et précipité le départ de plusieurs majors de l’onshore. Cette période a été marquée par une production pétrolière en chute, le vol récurrent de brut, des subventions massives inefficaces et l’effondrement des capacités de raffinage locales. L’inaction de l’ancien président, malgré un cadre légal enfin disponible, a renforcé la nécessité d’une rupture nette, que Tinubu a amorcée dès son arrivée au pouvoir.

Dans cette logique de rupture, la gouvernance de la compagnie nationale NNPC Limited a été profondément remaniée. En avril 2025, Bashir Ojulari, ancien cadre de Shell reconnu pour son expertise dans les opérations offshore, a été nommé à la tête de la société. Cette désignation a été saluée par les milieux d’affaires, à commencer par Aliko Dangote. Le milliardaire nigérian, qui avait publiquement critiqué l’ancienne direction pour les difficultés d’approvisionnement de sa méga-raffinerie, s’est félicité de cette nouvelle orientation, qu’il juge plus transparente et tournée vers la performance.

Image 2xBashir Ojulari

Des signaux tangibles dans les investissements

Cette reprise en main commence à produire des effets concrets. En 2024, le Nigeria, qui n’a pas organisé de cycles d’octroi de licences d’exploration depuis 2007, a concentré à lui seul trois des quatre décisions finales d’investissement enregistrées sur l’ensemble du continent africain dans le secteur pétrolier, d’après le cabinet Wood Mackenzie. Cela représente plus de 5 milliards de dollars mobilisés. Le projet Bonga North, porté par Shell, TotalEnergies, ENI et ExxonMobil, en est le symbole. Arrivée en exploitation, il génèrera 110 000 barils par jour de pétrole, pour un investissement de 5 milliards de dollars.

Un autre exemple est le développement du champ gazier d’Ubeta, découvert en 1965, mais jamais exploité. TotalEnergies et la NNPC ont décidé d’y investir 500 millions de dollars. Selon la conseillère spéciale à l’énergie du président Tinubu, Olu Verheijen, ce sont plus de 8 milliards de dollars qui ont été engagés en moins d’un an dans des projets liés au pétrole et au gaz en offshore.

Cette relance repose sur trois directives présidentielles adoptées en février 2024, qui ont revu le cadre fiscal applicable aux projets pétroliers et gaziers, notamment en eau profonde. Ces mesures incluent des crédits d'impôt pour les nouveaux projets de gaz non associé, des déductions fiscales pour les investissements dans les infrastructures gazières, et des incitations spécifiques pour les projets en eaux profondes. En octobre de la même année, des incitations ont été étendues aux segments aval et intermédiaires. Il s’agit d’exemption de TVA pour les produits pétroliers et gaziers, d’allègements fiscaux pour la production offshore en eaux profondes, et de soutien à l'adoption du GPL, du GNL à petite échelle, du GNC et des véhicules électriques. Ceci pour diversifier la chaîne de valeur énergétique, tout en stimulant la consommation domestique.

Image 3Olu Verheijen

Une relance qui dépasse l’amont pétrolier

La dynamique enclenchée dépasse le seul secteur amont. Outre la raffinerie Dangote, les raffineries publiques de Port Harcourt et de Warri reprennent progressivement du service. Le gouvernement mise aussi sur le gaz pour renforcer l’électrification du pays, avec l’annonce en 2024 d’un objectif de déploiement de 10 millions de compteurs intelligents sur cinq ans, destiné à améliorer la rentabilité du secteur électrique.

Malgré ces signaux positifs, la compétition internationale reste féroce. Entre 2011 et 2015, l’Afrique avait capté 340 milliards de dollars d’investissements dans l’amont pétrolier. Ce volume devrait chuter à moins de 130 milliards entre 2026 et 2030.

Si certains mouvements ont pu semer le doute, comme les ventes d’actifs onshore de Shell et d’Exxon Mobil, le gouvernement assure qu’il ne s’agit pas d’un retrait, mais plutôt d’un recentrage stratégique sur l’offshore, tandis que des acteurs locaux reprennent la main sur les actifs onshore. Une politique qui s’inscrit d’ailleurs, dans la droite ligne des règles sur le Contenu local, qui veulent une participation plus importante des entreprises locales, dans l’ensemble de la chaîne de valeur du secteur. Cela représente aussi une opportunité, à condition d’assurer un bon transfert de compétences et un encadrement rigoureux.

La nomination d’une nouvelle équipe à la tête de la NNPC, la reprise des investissements et la remise en marche des capacités de raffinage montrent qu’un changement est possible. Rien n’est acquis toutefois. Reste à voir si cette dynamique pourra s’inscrire dans la durée. Le redressement du secteur énergétique nigérian repose sur une mise en œuvre rigoureuse des réformes annoncées, mais aussi sur la capacité à sécuriser les infrastructures, contenir les conflits communautaires, et garantir une stabilité réglementaire dans un contexte économique et politique encore fragile.

Olivier de Souza

Lire aussi :

06/05/2024 - Nigeria : les réformes du président Tinubu suscitent des perspectives positives (Fitch Ratings)

01/05/2025 - Nigeria : la NNPC Ltd réajuste sa gouvernance pour relancer l’efficacité des raffineries

07/05/2025 - Nigeria : Dangote impute ses difficultés dans le pétrole à l’ancienne direction de la NNPC

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