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En Afrique subsaharienne, l’analphabétisme persiste malgré des décennies d’efforts

En Afrique subsaharienne, l’analphabétisme persiste malgré des décennies d’efforts
  • Date de création: 15 septembre 2026 04:00

(Agence Ecofin) - En 2026, l’Afrique subsaharienne reste l’une des régions du monde où la proportion d’adultes ne sachant ni lire ni écrire demeure la plus élevée. Malgré les progrès enregistrés, les efforts engagés restent insuffisants pour inverser durablement la tendance.

Comme chaque année depuis 1967, les États africains ont célébré, mardi 8 septembre, la Journée internationale de l’alphabétisation, placée cette année sous le thème : « Alphabétisation pour les peuples, la planète et la prospérité ». Derrière les discours officiels, les chiffres témoignent toutefois de l’ampleur du défi. Selon les données de l’Institut de statistique de l’UNESCO (ISU), 225 millions d’adultes en Afrique subsaharienne ne savaient ni lire ni écrire en 2025, soit environ 30 % du total mondial.

Entre 2015 et 2024, le taux d’alphabétisation des adultes dans la région est passé de 65 % à 69 %. Mais dans le même temps, la croissance démographique a fait progresser le nombre de personnes non instruites plus vite que les efforts consentis. Autrement dit, le continent progresse, mais le défi grandit avec lui.

Stratégies nationales, approches divergentes

Ce déficit de compétences fondamentales pèse directement sur l’accès à l’emploi. L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) souligne que sans maîtrise de la lecture, de l’écriture et du calcul, l’accès aux qualifications professionnelles demeure limité.

Chaque année, entre 10 et 12 millions de jeunes Africains arrivent sur le marché du travail, alors que le continent ne crée qu’environ 3 millions d’emplois formels, selon la Banque mondiale. Pour une grande partie de ces nouveaux actifs, l’absence de compétences de base risque donc de renforcer la dépendance à une économie informelle déjà sous pression.

Face à cette équation, certains pays font des choix spécifiques. Le Bénin mise notamment sur l’alphabétisation en langues nationales, avec l’objectif de rapprocher les apprentissages des réalités culturelles et linguistiques des populations. En Mauritanie, le Programme national de développement du secteur de l’éducation (PNDSE III, 2023-2030) prévoit la mise à jour de la stratégie nationale d’alphabétisation afin de mieux l’articuler avec les politiques éducatives et sociales.

Au Niger, où plus de 60 % de la population ne sait ni lire ni écrire, le gouvernement a enregistré une hausse de 58 % du nombre d’apprenants dans les centres d’alphabétisation entre 2025 et 2026, en liant explicitement ces formations au développement d’activités génératrices de revenus.

Ces initiatives traduisent une même évolution : l’alphabétisation tend à être pensée non plus seulement comme un objectif éducatif, mais aussi comme un levier d’insertion économique et sociale.

Un frein à la croissance du continent

En Afrique subsaharienne, cette dimension économique est d’autant plus importante que l’emploi reste largement dominé par l’informalité. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), plus de 85 % des travailleurs de la région exercent dans l’économie informelle, notamment dans l’agriculture familiale, le commerce de rue ou les petites activités de services. Des emplois souvent caractérisés par l’absence de contrat, de protection sociale et par de faibles niveaux de revenus.

Cette précarité se reflète dans les niveaux de vie : environ un tiers des travailleurs de la région vivent sous le seuil d’extrême pauvreté fixé à 3 dollars par jour par la Banque mondiale. La fracture est également marquée entre les sexes. En Afrique subsaharienne, 38 % des femmes de plus de 15 ans ne savent ni lire ni écrire, contre 25 % des hommes, selon l’institution.

Le coût économique de cette situation est considérable. Dans son rapport Africa’s Pulse d’octobre 2024, la Banque mondiale estime qu’une éducation de base universelle pourrait permettre de doubler le PIB par habitant et d’ajouter 1,4 point de croissance par an au cours des cinquante prochaines années.

Mais pour atteindre cet objectif, les États doivent disposer de marges budgétaires suffisantes. Or celles-ci sont de plus en plus contraintes par le poids de la dette. En 2024, le service de la dette a représenté 34 % des recettes publiques en Afrique subsaharienne.

La CNUCED mesure également l’ampleur de cette pression budgétaire : 769 millions d’Africains vivent dans des pays où les paiements d’intérêts sur la dette publique dépassent les dépenses consacrées à l’éducation ou à la santé, soit près de la moitié de la population du continent.

Pour l’Afrique subsaharienne, le défi de l’alphabétisation dépasse donc largement le cadre de l’éducation. Il touche à la productivité, à l’employabilité, aux revenus et, plus largement, à la capacité des économies africaines à transformer leur croissance démographique en véritable dividende économique.

Félicien Houindo Lokossou

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14/01/2026 : L’alphabétisation fonctionnelle : fondement discret, mais décisif de l’employabilité en Afrique

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