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L’alphabétisation fonctionnelle : fondement discret, mais décisif de l’employabilité en Afrique

  • Date de création: 14 janvier 2026 09:29

(Agence Ecofin) - Alors que la majorité des emplois en Afrique demeurent informels et que des millions d’adultes restent privés de compétences de base, l’alphabétisation fonctionnelle apparaît comme un levier concret pour améliorer l’employabilité et la productivité sur le continent.

L’alphabétisation fonctionnelle renvoie à l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et du calcul dans une logique d’usage pratique, directement connectée aux activités quotidiennes, professionnelles et économiques. Il ne s’agit pas seulement d’acquérir des savoirs théoriques, mais de pouvoir comprendre une information utile, gérer une activité génératrice de revenus, suivre une formation ou interagir avec les institutions. Dans un contexte africain où une part importante de la population adulte n’a pas achevé le cycle primaire, cette approche constitue un outil clé d’intégration économique.

Ce besoin est d’autant plus pressant que l’Afrique subsaharienne concentre encore une part significative de l’analphabétisme mondial. Selon une étude publiée en septembre 2025 par l’Observatoire des inégalités, 32 % de la population de la région demeure analphabète. Ce déficit massif de compétences fondamentales limite directement les trajectoires professionnelles et enferme une large frange de la population dans des activités peu productives et précaires.

Dans un marché du travail dominé par l’économie informelle, les compétences de base deviennent un facteur déterminant de sécurisation des parcours. Les travaux récents de l’Organisation internationale du travail (OIT) montrent ainsi que les adultes capables de lire, d’écrire et de compter ont une probabilité nettement plus élevée d’accéder à des activités génératrices de revenus plus productives et de suivre des formations professionnelles, y compris de courte durée. L’alphabétisation fonctionnelle agit donc comme une passerelle vers de meilleures opportunités économiques.

Ce constat est partagé par la Banque mondiale. Dans son rapport Africa’s Pulse d’octobre 2025, l’institution de Bretton Woods identifie le manque de compétences fondamentales comme l’un des principaux freins à l’amélioration de la productivité du travail en Afrique, notamment dans l’agriculture et les microentreprises urbaines. Les adultes capables de lire des consignes, de tenir des registres simples ou d’effectuer des calculs de base sont plus enclins à adopter de nouvelles techniques, à utiliser des services financiers et à s’insérer dans des chaînes de valeur locales.

Les expériences mises en avant lors des Prix internationaux d’alphabétisation de l’UNESCO en 2025 confirment cette dynamique. Les initiatives les plus efficaces sont celles qui relient directement l’apprentissage des compétences de base aux réalités du travail, de l’agriculture, du commerce et des technologies. En ancrant l’alphabétisation dans les usages professionnels, elles renforcent l’autonomie économique des adultes et leur capacité à s’adapter aux évolutions du marché.

En Afrique, l’alphabétisation fonctionnelle ne peut donc être réduite à une simple réponse sociale à l’exclusion éducative. Elle constitue un investissement stratégique pour l’employabilité, la productivité et la transformation des économies. En donnant aux adultes les compétences nécessaires pour comprendre, calculer et agir dans leur environnement professionnel, elle crée les conditions d’une insertion économique plus durable et d’une croissance plus inclusive, faisant de l’alphabétisation le premier socle réel de l’employabilité sur le continent.

Félicien Houindo Lokossou

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