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Le dilemme des Etats africains : contraindre les opérateurs télécoms à investir ou investir eux-mêmes

  • Date de création: 11 octobre 2024 08:32

(Agence Ecofin) - Le rapport examine le choix entre investissement public et investissement privé pour développer les infrastructures télécoms de qualité en Afrique. Face à la réticence des opérateurs privés à investir dans les zones moins rentables, certains États tentent de prendre le relais, malgré leurs limites financières et technologiques. Le rapport plaide pour des partenariats public-privé afin de combiner ressources et expertise pour un développement plus inclusif et durable.

L’investissement public direct dans les infrastructures télécoms africaines constitue un puissant catalyseur du développement économique et de l’inclusion numérique dans un contexte marqué par une certaine torpeur des opérateurs privés, mais pose de nombreux défis liés essentiellement aux ressources financières limitées des Etats, aux évolutions technologiques rapides et au manque d’expertise technique des acteurs étatiques, souligne un rapport publié le 10 octobre par Ecofin Pro, la plateforme de l’agence Ecofin dédiée aux professionnels.

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Intitulé « Qui doit investir dans les infrastructures télécoms : le public ou le privé ? », le rapport rappelle que les régulateurs télécoms africains n’ont pas cessé au cours des trente dernières années de sermonner les opérateurs sur le non-respect des normes de qualité de service. Leurs multiples rappels à l’ordre, menaces et sanctions financières n’ont pas cependant abouti à des résultats probants. Bien que les entreprises de téléphonie paient les amendes infligées, elles ont toutefois souvent exprimé leurs préoccupations sur le caractère préjudiciable de ces dépenses imprévues, qui perturbent les programmes d’investissement.

Mais ces entreprises préfèrent, en réalité, investir avant tout là où leur rentabilité est garantie.

Ce constat a poussé certains Etats à prendre le taureau par les cornes pour bâtir eux-mêmes des infrastructures télécoms nationales et inviter les opérateurs à y souscrire. C’est notamment le cas du Ghana qui a décidé, en août 2023, de construire une infrastructure réseau nationale neutre partagée compatible 4G et 5G, à laquelle les opérateurs télécoms pourront se connecter.

C’est notamment le cas du Ghana qui a décidé, en août 2023, de construire une infrastructure réseau nationale neutre partagée compatible 4G et 5G, à laquelle les opérateurs télécoms pourront se connecter.

Le projet, qui vise à pallier l’insuffisance des investissements des opérateurs télécoms longtemps décriée par l’Etat, prévoit le déploiement de 3200 sites télécoms 4G et de 1200 sites télécoms 5G à travers le pays au cours des trois prochaines années pour améliorer la couverture réseau et la qualité des services.

A travers son infrastructure neutre partagée qui intégrera d’autres technologies comme la fibre optique, le pays d’Afrique de l’Ouest espère offrir un service télécoms de haute qualité à 37 millions de consommateurs d’ici 2028 et porter le taux de pénétration de la 4G de 15% actuellement à au moins 80%.

Des dividendes multisectoriels

Le rapport élaboré par notre confrère Muriel Edjo précise que les enjeux de l’implication des Etats dans le déploiement des infrastructures télécoms sont multiples. En investissant dans les infrastructures mobiles, les gouvernements peuvent étendre la couverture réseau sur une plus grande surface du territoire. Cela permet l’inclusion des populations et l’accès à des services à forte valeur ajoutée. C’est aussi un atout pour le développement humain, social et économique.

De prime abord, une augmentation de cet investissement public est bénéfique pour l’Etat. Au-delà des revenus tirés de la mise à disposition des infrastructures aux opérateurs télécoms, ces investissements soutiendront l’accélération de l’économie numérique.

Les différents secteurs d’activité pourraient également tirer profit de l’infrastructure télécoms portée par l’Etat. Les technologies numériques peuvent par exemple augmenter les rendements agricoles de 10,5% à 20% et les bénéfices des exploitants de 23% en Afrique subsaharienne, selon les estimations de l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie (GSMA). Dans le commerce, il est estimé une potentielle augmentation de sa valeur à 15% du PIB et de la valeur des exportations des TIC à 7% du PIB.

Dans les petites et moyennes entreprises, la productivité du travail connaîtrait une amélioration de 2 à 4%. Plus généralement, un meilleur accès à Internet contribuera à l’inclusion numérique, favorisant l’accès équitable de tous à l’information, au savoir et aux opportunités économiques. L’UIT estime qu’un accroissement de 10% du taux de pénétration du haut débit mobile en Afrique entraîne une augmentation de 2,5% du PIB par habitant.

L’amélioration de la connectivité favorisera aussi plus d’efficacité et de rentabilité de l’administration publique, ainsi qu’une gestion publique plus transparente.

Des défis et des risques multiples

Pour les opérateurs, les économies d’actifs grâce au partage d’infrastructures fournies par les Etats pourraient s’élever à 40% et l’amélioration des flux de trésorerie pourrait atteindre 31% selon le type de partage. Booz & Company soutient que le partage des infrastructures pourrait permettre aux opérateurs d’économiser jusqu’à 30 à 40% des coûts de réseau ; tandis que Coleago estime que les économies en CAPEX de déploiement et en opération et maintenance du réseau peuvent atteindre 65%. Autant d’économies permettraient aux opérateurs télécoms de concentrer leur investissement sur leur cœur de métier, à savoir les produits et services innovants.

Le rapport indique que l’investissement public se heurte cependant à plusieurs obstacles et comporte de nombreux risques dans le contexte africain.

Premièrement, de nombreux Etats africains ont des ressources financières limitées, et les infrastructures télécoms, coûteuses, ne sont pas toujours une priorité par rapport à d’autres secteurs comme la défense, la santé ou l’éducation. Cela est d’autant plus vrai que les gouvernements africains dépendent souvent d’investissements étrangers ou de prêts internationaux pour financer les grands projets, ce qui limite leur contrôle direct sur le développement des infrastructures.

D’autre part, les technologies (4G, 5G, fibre optique) évoluent rapidement, ce qui rend les investissements à long terme risqués. Les Etats craignent que les infrastructures deviennent obsolètes avant d’avoir rentabilisé leur coût.

Par ailleurs, l’absence de politiques claires et stables dans le domaine des télécoms rend les investissements difficiles et incertains, retardant les initiatives publiques. De plus, une trop grande présence de l’Etat dans les infrastructures télécoms, en l’absence d’organes de régulation indépendants, fait craindre un contrôle excessif des télécommunications et donc de la liberté d’Internet.  

Et last but not least, le déficit de compétences techniques au niveau local représente un danger pour la viabilité des infrastructures télécoms déployées par l’Etat.

Au regard de ces nombreuses contraintes, le rapport recommande la promotion d’un cadre d’investissement collaboratif efficace à travers la multiplication des partenariats public-privé (PPP), qui peuvent jouer un rôle déterminant dans la réussite de ces projets en mobilisant les ressources financières et techniques nécessaires, la simplification des régulations pour encourager la concurrence entre les opérateurs télécoms et attirer des capitaux étrangers et l’octroi d’incitations fiscales ou de subventions aux entreprises investissant dans les infrastructures.

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