Facebook Agence Ecofin Twitter Agence Ecofin LinkedIn Agence Ecofin
Instagram Agence Ecofin Youtube Agence Ecofin Tik Tok Agence Ecofin WhatsApp Agence Ecofin

Comment le changement climatique va redessiner la carte du paludisme en Afrique subsaharienne (rapport)

Comment le changement climatique va redessiner la carte du paludisme en Afrique subsaharienne (rapport)
  • Date de création: 17 août 2026 20:34

(Agence Ecofin) - Le réchauffement rend les zones fraîches d’Afrique australe et dans les hautes terres d’Afrique de l’Est plus propices à la transmission du paludisme. À l’inverse, certains territoires pourraient devenir trop chauds pour que les moustiques, vecteur de la maladie, puissent y prospérer.  

Le changement climatique devrait déplacer les foyers de paludisme infantile à travers l’Afrique subsaharienne d’ici la fin du siècle. Cette migration pourrait augmenter la prévalence de la maladie parasitaire dans des zones montagneuses habituellement fraîches tout en réduisant sa transmission dans les aires géographiques les plus chaudes de la région, selon un rapport publié mercredi 29 juillet par des chercheurs américains et africains dans la revue scientifique Nature.

Intitulé « The past and future impact of climate change on childhood malaria in Africa », le document quantifie l’impact historique et futur du changement climatique sur le paludisme infantile au sud du Sahara, où surviennent la majorité des cas et des décès.

La maladie transmise par la piqûre d’un moustique femelle du genre Anopheles a tué environ 579 000 personnes en Afrique en 2024, dont environ 75 % étaient des enfants de moins de cinq ans, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le réchauffement redistribue le risque de paludisme

En analysant des données cliniques et les relevés de hausse des températures et de modification des régimes de précipitations entraînés par le changement climatique d’origine humaine, les chercheurs affiliés à Yale University School of Public Health (États-Unis), l’Université de Californie (États-Unis) et l’Université du Cap (Afrique du Sud) ont constaté que le changement climatique aurait probablement contribué à une légère augmentation globale de la prévalence du paludisme en Afrique subsaharienne, tout en commençant à redistribuer les territoires au cours du siècle dernier. Ils ont découvert que la transmission du parasite à l’origine de cette maladie atteint son sommet à des températures d’environ 25 degrés Celsius et diminue en dessous de 16 ou au-dessus de 34 degrés Celsius.

De plus, l’étude constate un effet positif des épisodes de très fortes précipitations sur la prévalence 2 à 3 mois plus tard. Les populations de moustiques augmenteraient ainsi pendant les périodes de fortes pluies, même si les auteurs soulignent que la relation est complexe et très incertaine. Ces seuils de température expliquent pourquoi le réchauffement rend les régions autrefois fraîches plus adaptées à la transmission du paludisme, en particulier en Afrique australe et dans les hautes terres orientales africaines.

L’Afrique de l’Est a ainsi connu une hausse des cas de paludisme, en particulier dans les régions montagneuses. Les données montrent que le changement climatique a entraîné une augmentation moyenne de 0,32 point de pourcentage de la prévalence de la pathologie dans l’ensemble de la sous-région, certaines parties des hautes terres éthiopiennes et de la Grande Vallée du Rift enregistrant des hausses allant de 1 à 2 points de pourcentage.

Évolution de la prévalence du paludisme entre 1901 et 2014

IM1 copy copy copy copy copy copy copy copy copy copy copy copy copy

L’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale devraient tirer leur épingle du jeu

Dans les zones ayant des altitudes supérieures à 1 000 mètres, la prévalence du paludisme a augmenté en moyenne de 0,81 point de pourcentage. Dans le même temps, certaines régions basses d’Éthiopie, du Soudan, du Soudan du Sud, d’Érythrée et de Djibouti ont connu de faibles baisses, soulignant la façon dont le réchauffement affecte différents paysages de manière contrastée.

D’ici 2050, l’augmentation des températures devrait étendre davantage l’aire de répartition des moustiques porteurs du paludisme vers les zones plus fraîches de l’Afrique australe et orientale, augmentant les cas d’environ 5 % en moyenne par rapport aux niveaux actuels dans les hautes terres d’Afrique de l’Est, y compris dans certaines parties du Kenya et de l’Éthiopie, ainsi qu’en Angola, en Zambie et dans le nord-est de l’Afrique du Sud. Les cas peuvent même augmenter de 20 % dans quelques régions côtières de l’Afrique australe à l’horizon 2100.

Le rapport indique également qu’un scénario inverse est attendu dans certaines des régions les plus chaudes du continent. Certaines parties de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale, qui supportent actuellement le bilan le plus élevé de cette maladie, pourraient connaître une baisse de la transmission, car les températures croissantes dépassent la plage optimale pour une transmission rapide du paludisme. Ainsi, la propagation devrait chuter de 4,5 % d’ici 2100 dans des pays comme le Nigeria, le Burkina Faso et le Mali. Dans certaines parties du Sahel, les conditions pourraient même devenir trop chaudes pour que les moustiques survivent, éliminant potentiellement la maladie de manière définitive.

Les chercheurs ont d’autre part indiqué que l’augmentation projetée de la prévalence du paludisme dans certaines zones d’Afrique subsaharienne n’est pas totalement inévitable. Limiter le réchauffement climatique à 2 degrés Celsius éviterait environ 5 cas de paludisme supplémentaires pour 1 000 enfants en Afrique australe, avec des bénéfices encore plus grands dans les zones de haute altitude d’Afrique de l’Est.  

Les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre doivent par ailleurs s’accompagner d’une surveillance et d’un contrôle renforcés du paludisme, en particulier en Afrique australe et en Afrique de l’Est où les capacités de lutte contre la maladie sont moins développées.

Walid Kéfi

Sur le même thème
La 5G, qui représente actuellement environ 5 % de l’ensemble des connexions sur le continent, se concentre essentiellement dans les grands centres urbains, ainsi que...
L'Afrique possède l'un des plus grands potentiels de production d'énergies renouvelables au monde, mais plusieurs obstacles liés au coût du financement, à la faible...
De la production de cacao à celle de la gomme arabique, l’Afrique dispose d’importantes ressources arboricoles, mais capte une faible part de la valeur...
Le réchauffement rend les zones fraîches d’Afrique australe et dans les hautes terres d’Afrique de l’Est plus propices à la transmission du paludisme. À...