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L’Afrique capte moins de 10 % de la valeur de ses ressources arboricoles (Landscape Alliance)

L’Afrique capte moins de 10 % de la valeur de ses ressources arboricoles (Landscape Alliance)
  • Date de création: 19 août 2026 08:27

(Agence Ecofin) - De la production de cacao à celle de la gomme arabique, l’Afrique dispose d’importantes ressources arboricoles, mais capte une faible part de la valeur créée par leur transformation. Le continent est cantonné à l’exportation brute, alors que l’essentiel de la valeur ajoutée est capté à l’extérieur.

Alors que l’Afrique dispose d’un patrimoine forestier et agroforestier parmi les plus riches au monde, le continent capte moins de 10 % de la valeur du marché mondial générée par ses ressources arboricoles. Un déficit de capacités de transformation, de conditionnement et de distribution explique en partie ce faible niveau de valorisation, selon un rapport publié vendredi 7 août par Landscape Alliance, anciennement CIFOR-ICRAF.

Intitulé « Tree-powered bioeconomies in Africa », le rapport révèle que les produits issus des arbres sont cultivés sur une superficie de plus de 100 millions d’hectares à travers le continent, qui bénéficie ainsi d’une position dominante dans la production mondiale de nombreux produits. « L’Afrique fournit 96,3 % des noix de karité, 80 à 90 % de la gomme arabique, environ 70 % des fèves de cacao et environ 55 % des noix de cajou à l’échelle mondiale, ainsi que la quasi-totalité de l’huile brute de baobab et d’argan », indique le rapport. L’Afrique contribue également de manière significative à l’approvisionnement mondial en café, en bois, en huile de palme, en caoutchouc, en avocats et en dattes.

Production de produits arboricoles en 20241 arboricole

Des matières premières, peu de valeur ajoutée

Selon la définition retenue par le rapport, onze pays d’Afrique subsaharienne sont considérés comme des économies dépendantes des produits forestiers. Sept pays dépendent d’un seul produit issu des forêts (c’est-à-dire que ce produit représente environ 20 % du total des exportations de biens et environ 50 % du total des exportations agricoles). Il s’agit de la Côte d’Ivoire, du Ghana et du São Tomé-et-Príncipe, qui dépendent du cacao, ainsi que du Burundi, de l’Éthiopie, du Rwanda et de l’Ouganda, qui sont des économies dépendantes du café. Quatre pays dépendent de plusieurs produits forestiers. Il s’agit du Cameroun, du Libéria, de la Sierra Leone et de la Tanzanie. Les produits concernés sont le cacao, le caoutchouc, l’huile de palme et le bois, qui sont communs aux quatre pays.

Selon les données de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Afrique détient 16 % de la superficie forestière mondiale, mais représente moins de 2 % de la valeur des exportations mondiales de produits forestiers. C’est que la plupart des produits issus des arbres en Afrique sont exportés à l’état brut, plaçant le continent au bas de l’échelle de la création de valeur. Une grande partie de la richesse qu’ils génèrent est créée ailleurs. L’Afrique fournit les matières premières, tandis que d’autres régions du monde en tirent les bénéfices grâce à la transformation, à la fabrication et aux industries à forte valeur ajoutée.

Part de production mondiale et recettes d’exportation de l’Afrique en 20241 part

Un potentiel de transformation encore sous-exploité

Qu’il s’agisse de grumes de bois d’œuvre, de noix de karité expédiées sans raffinage, de gommes, de résines ou de plantes médicinales récoltées à l’état sauvage, les produits issus des arbres quittent le sol africain sous forme de matières premières ou de produits faiblement transformés. La transformation industrielle, le conditionnement, le contrôle qualité, le design, la certification biologique ou équitable, ainsi que la distribution finale s’effectuent en grande partie en Europe, en Asie ou en Amérique du Nord. C’est pourtant dans ces étapes ultérieures que se concentre la majeure partie de la valeur ajoutée.

De plus, jusqu’à 44 % des fruits périssables, notamment les mangues, les avocats et les agrumes, peuvent être perdus chaque année après la récolte dans de nombreux pays africains, en raison de capacités limitées en matière de transformation, de stockage et d’accès aux marchés.

D’autre part, plusieurs opportunités allant au-delà des exportations traditionnelles de bois et de produits agricoles restent largement sous-exploitées. L’Afrique abrite par exemple plus de 5 400 espèces végétales répertoriées présentant 16 000 applications médicinales connues. Parmi celles-ci figurent des arbres tels que le Prunus africana, dont l’écorce est utilisée dans l’industrie pharmaceutique pour fabriquer des médicaments notamment utilisés dans le traitement de l’hypertrophie bénigne de la prostate, ainsi que des arbustes, des herbes, des plantes grimpantes et d’autres végétaux qui constituent une base solide pour le développement de produits pharmaceutiques, nutraceutiques, cosmétiques et d’autres produits biosourcés à forte valeur ajoutée.

Adopter des politiques nationales en matière de bioéconomie

Le rapport souligne que l’Afrique dispose non seulement de la possibilité d’augmenter sa production de ressources arboricoles, mais aussi de l’opportunité de monter dans la chaîne de valeur grâce à la transformation, l’amélioration de la qualité, l’adoption de stratégies de marque et la certification. L’ampleur des bioressources arboricoles spontanées et cultivées peut catalyser et alimenter une industrialisation verte axée sur des bioproduits à haute valeur ajoutée dans les secteurs alimentaire, pharmaceutique, cosmétique, nutraceutique, chimique et de fabrication de matériaux.

Pour faire des arbres de puissants moteurs de la croissance industrielle, de la prospérité rurale et de la durabilité environnementale, il faudra notamment encourager l’esprit d’entrepreneuriat dans le domaine des industries de transformation, mobiliser des financements et du savoir-faire, soutenir l’innovation et mettre en place des politiques et des mesures incitatives propices à l’émergence d’une bioéconomie fondée sur les ressources forestières. À ce jour, il n’existe en Afrique que trois politiques nationales globales en matière de bioéconomie, d’après le document. Elles sont relatives à l’Afrique du Sud, la Namibie et l’Éthiopie. Les auteurs indiquent aussi l’adoption d’une seule stratégie régionale, celle de la Communauté de l’Afrique de l’Est.  

Walid Kéfi

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