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L’Afrique, locomotive de l’expansion mondiale des terres agricoles cultivées, mais…

  • Date de création: 10 juillet 2025 05:55

(Agence Ecofin) - En Afrique subsaharienne, le secteur agricole contribue à hauteur de 17 % au PIB et emploie environ 49 % de la population active. Dans la zone où l’agriculture est principalement extensive, la pression démographique accroît la demande alimentaire et met sous pression les filières agricoles.

Entre 2001 et 2023, l’Afrique a enregistré la plus forte croissance mondiale de surfaces agricoles cultivées, selon la FAO. Dans un rapport publié le 19 juin dernier, l’organisation onusienne indique ainsi que sur la période considérée, la superficie des terres cultivées à l’échelle mondiale a augmenté de 78 millions d’hectares, dont 96 % (soit 75 millions d’hectares) ont été réalisés sur le continent africain.                        

1 croplandÉvolution des superficies de cultures

Dans les détails, trois régions ont concentré l’essentiel de cette progression. Il s’agit notamment de l’Afrique de l’Ouest qui affiche une augmentation de 31 millions d’hectares de terres cultivées, suivie de l’Afrique de l’Est (+25 millions d’hectares) et de l’Afrique centrale (+15 millions d’hectares).

D’après la FAO, cette croissance a été principalement soutenue par l’extension des cultures temporaires (cultures dont le cycle végétatif est inférieur à un an) telles que les céréales et les tubercules comme le maïs, le riz, le sorgho ou le manioc. Cette catégorie de production agricole a été développée sur 59 millions d’hectares supplémentaires entre 2001 et 2023 sur le continent, ce qui représente une augmentation de 38 %, largement au-dessus de la moyenne mondiale (+11 %).

Parallèlement, les cultures permanentes telles que le cacao, le café, le palmier à huile ou encore l’hévéa ont vu leur superficie croître de 18 millions d’hectares (+65 %). L’Afrique de l’Ouest en particulier a affiché une croissance de 79 % de la superficie agricole dédiée à ces cultures sur la période considérée alors qu’en Afrique centrale la superficie consacrée à ces filières a doublé.

Globalement, cette dynamique traduit à la fois la pression croissante pour nourrir une population en forte expansion sur le continent et l’essor des cultures de rente destinées à l’exportation.

Une expansion des superficies agricoles au prix de la durabilité

L’expansion des surfaces agricoles en Afrique sur les deux dernières décennies n’a pas été sans conséquence. Dans son rapport, la FAO souligne que la montée en puissance de l’agriculture extensive a conduit à la destruction massive des forêts. Ainsi, entre 2001 et 2023, l’organisation onusienne estime que l’Afrique a perdu 82 millions d’hectares de couverture forestière.                            

1 landEvolution des surfaces cultivées et des forets

Si aucun détail n’a été révélé sur le mécanisme de déforestation, certains facteurs mis en lien suggèrent que cela est principalement associé à la croissance des cultures permanentes comme le cacao.

Il convient de noter qu’en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de la fève, environ 45 % de la déforestation totale et de la dégradation des forêts sont imputées au développement de la culture cacaoyère. Dans un rapport publié en 2023, des chercheurs de l’Université catholique de Louvain (Belgique) ont révélé qu’environ 2,4 millions d’hectares de forêt ont été remplacés par des plantations de cacao dans le pays entre 2000 et 2019, une superficie presque équivalente à la taille du Rwanda.

Un autre rapport publié également en 2023 dans la revue académique Nature Food indique que la culture du cacao est directement liée à la perte de 386 000 hectares de forêts situées dans des aires protégées en Côte d’Ivoire et au Ghana entre 2000 et 2020.

Face à ces constats, la question n’est plus seulement celle de nourrir une population croissante, mais de savoir comment produire plus sans dégrader davantage les écosystèmes. Le défi pour les pays africains est d’accélérer l’intensification durable pour éviter que la croissance agricole ne compromette les fondements de sa propre viabilité.

Stéphanas Assocle

Édité par Wilfried ASSOGBA

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