Facebook Agence Ecofin Twitter Agence Ecofin LinkedIn Agence Ecofin
Instagram Agence Ecofin Youtube Agence Ecofin Tik Tok Agence Ecofin WhatsApp Agence Ecofin

L'Afrique forme plus de 325 000 professionnels de santé par an et ce n'est pas assez (le point santé)

L'Afrique forme plus de 325 000 professionnels de santé par an et ce n'est pas assez (le point santé)
  • Date de création: 09 mai 2026 10:02

(Agence Ecofin) - Cette semaine en Afrique, l’actualité sanitaire va du foyer d’hantavirus surveillé par l’Africa CDC aux efforts contre la diphtérie en Mauritanie et le diabète en RDC. En parallèle, plusieurs pays accélèrent leurs réformes structurelles, à l’image du Cameroun avec l’approche PEN-Plus ou du Maroc, qui affirme son rôle dans le financement vaccinal africain, en appuyant la Gavi…

Afrique : de plus en plus de personnels de santé formés, mais la crise structurelle persiste

L’Afrique forme plus de 325 000 professionnels de santé par an. Son effectif total est passé de 4,3 millions en 2018 à 5,72 millions en 2024. Pourtant, la région ne dispose que de 46 % des personnels dont elle a besoin, et le déficit projeté d’ici 2030 est estimé à 5,85 millions.

Ce constat est au cœur du rapport « State of the Health Workforce in Africa 2026 », publié cette semaine, le 6 mai, à Accra, au Ghana.

IMG1 copy copy copy copy copy copy copy copy copy copy copy copy copy

Le document met en évidence un paradoxe structurel : 943 000 professionnels de santé formés étaient au chômage en 2024, tandis que les systèmes de santé restent en sous-effectif. Près de 46 % des agents déclarent vouloir migrer, en raison de mauvaises conditions de travail. L’absentéisme représente 20 % de la masse salariale.

« La crise des personnels de santé en Afrique ne se définit plus seulement par la pénurie, mais par une défaillance systémique. Nous formons plus de professionnels de santé que jamais, mais trop de personnes restent au chômage, tandis que des millions de personnes se retrouvent sans soins. Sans investissements audacieux et sans réforme coordonnée pour planifier, former et fidéliser les personnels de santé, les progrès vers la couverture sanitaire universelle resteront hors de portée », selon le Dr Mohamed Yakub Janabi, Directeur régional de l’OMS pour l’Afrique.

Autre défi, sur le plan qualitatif, les professionnels ne diagnostiquent correctement que 62 % des cas et ne fournissent un traitement adapté que dans 40 % d’entre eux.

Dans le même temps, chaque franc investi dans les personnels de santé génère jusqu’à dix fois de rendement financier et trente fois d’avantages socio-économiques, relève le rapport. Pour combler les gaps existants, on recommande aux pays d'accroître leurs dépenses d’environ 15 % par an les budgets consacrés aux personnels de santé.

Hantavirus MV Hondius : l’Africa CDC en alerte, le bilan porté à sept cas

L’Africa CDC, le centre de contrôle des maladies de l’Union africaine, a activé sa surveillance après l’identification d’un foyer d’hantavirus à bord du bateau de croisière MV Hondius.

Au 7 mai 2026, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a confirmé cinq cas, avec la possibilité d’autres signalements. Parmi eux, trois décès ont été enregistrés, un patient demeure dans un état critique à Johannesburg et trois autres présentent des symptômes modérés.

L’agence panafricaine a indiqué suivre la situation en coordination avec les pays concernés. Les investigations se concentrent sur l’identification de la source d’exposition.

L’hantavirus se transmet habituellement par contact avec les excréments, l’urine ou la salive de rongeurs infectés. Sa présence dans un environnement confiné comme un navire de croisière constitue un fait inhabituel, ce qui rend la recherche de l’origine de la contamination d’autant plus urgente. Les autorités régionales restent vigilantes, compte tenu de la gravité des cas déclarés et de la diversité des nationalités à bord.

L’OMS écarte le risque d’épidémie mondiale

Pour l’heure, l’OMS a cadré l’information face à l’inquiétude suscitée par le foyer du MV Hondius. Lors d’une conférence de presse, le directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus a exclu un scénario comparable à la pandémie de Covid-19. « Le risque pour le reste du monde est faible », a-t-il déclaré.

Les échantillons prélevés à bord ont été analysés à l’Institut Pasteur de Dakar et identifiés comme appartenant à la souche des Andes du virus. Soixante-neuf personnes en contact avec des cas confirmés font l’objet d’une surveillance étroite.

L’OMS a facilité l’évacuation médicale de passagers symptomatiques vers l’Afrique du Sud et la Suisse, et coordonné avec les États membres selon le Règlement sanitaire international. Notons que le navire a fait une escale au large du Cap-Vert, où il lui a été interdit d’accoster.

Cameroun : l’approche PEN-Plus rapproche les soins spécialisés des communautés rurales

Le Cameroun déploie l’approche PEN-Plus dans ses hôpitaux de district pour réduire les inégalités d’accès aux soins. Cette stratégie, soutenue techniquement par l’OMS et financée par la Leona M. and Harry B. Hemsley Charitable Trust, doit permettre aux structures de proximité de prendre en charge les maladies non transmissibles graves : drépanocytose, diabète de type 1, asthme sévère et certaines cardiopathies chroniques.

Deux sites pilotes ont été ouverts le 17 décembre 2025, à Mfou, dans la région du Centre, et à Djoum, dans la région du Sud, couvrant ensemble une population d’environ 155 000 habitants. En quelques mois, 55 consultations spécialisées ont été réalisées et quatre patients en état critique ont été stabilisés localement, sans transfert vers un hôpital tertiaire. À Mfou, deux médecins, six infirmiers et deux biologistes ont été formés.

Le gouvernement ambitionne désormais d’étendre l’approche PEN-Plus à 30 % des districts sanitaires d’ici 2030, avec pour objectif de réduire d’au moins 25 % la mortalité prématurée liée aux maladies non transmissibles graves. Les MNT représentent 35 % des décès au Cameroun, selon les données de 2022.

RDC : sensibilisation au diabète dans la province enclavée du Maniema

Dans la province du Maniema, à l’est de la République démocratique du Congo, une campagne de l’OMS a permis de toucher 3 562 personnes atteintes ou à risque de diabète, dépassant l’objectif initial fixé à 2 380 bénéficiaires. Menée sur plusieurs semaines et finalisée en février 2026, l’intervention a distribué 1 456 kits comprenant glucomètres, bandelettes, lancettes et tampons alcoolisés. Elle a aussi inclus des séances d’éducation communautaire sur les facteurs de risque, l’alimentation et le suivi glycémique.

La RDC compte 2,9 millions d’adultes diabétiques, soit la troisième charge de la maladie dans la région africaine. Dans le Maniema, 2 380 cas avaient été officiellement enregistrés en 2025, mais les campagnes de dépistage révèlent un sous-diagnostic significatif. Près de 90 % des bénéficiaires atteints ne fréquentaient plus régulièrement les structures de santé.

L’enclavement de la province, les tensions sécuritaires dans l’est du pays et les ruptures d’approvisionnement en médicaments compliquent structurellement la prise en charge des maladies chroniques dans cette zone, selon l’OMS.

Mauritanie : la diphtérie persiste à Bassiknou, malgré les progrès de la réponse sanitaire

Entre le 1er janvier 2025 et le 29 mars 2026, la Mauritanie a enregistré 1 439 cas confirmés de diphtérie et 56 décès. Quatorze des quinze wilayas du pays ont été touchées.

La wilaya du Hodh El Chargui concentre 862 cas, dont 602 dans la moughataa de Bassiknou, qui englobe le camp de réfugiés de Mbera, situé près de la frontière malienne. La diphtérie y circule dans un contexte de surpopulation, de faible couverture vaccinale et de déplacements fréquents de populations.

L’OMS soutient le ministère de la Santé dans la formation des agents, la disponibilité des traitements de première ligne, notamment l’azithromycine et le sérum antidiphtérique, ainsi que la vaccination des personnes exposées. En janvier 2026, une campagne a permis de vacciner plus de 23 000 personnes à Bassiknou. À Adel Bagrou, la surveillance renforcée a limité la transmission à quatre cas sur les trois derniers mois. Notons qu’une tendance générale à la baisse est observée depuis début 2026, mais la pression sur les structures de santé demeure.

Maroc : premier contributeur nord-africain à l’Alliance Gavi avec un don de 5 millions de dollars

Le Maroc a signé le 4 mai 2026 à Casablanca un accord de don de 5 millions de dollars en faveur de Gavi, l’Alliance mondiale pour les vaccins et l’immunisation. Ce faisant, il devient le premier pays d’Afrique du Nord à apporter un soutien financier direct à cette organisation, concrétisant une promesse formulée en 2025.

Depuis sa fondation en 2000, Gavi revendique avoir permis la vaccination de plus de 1,2 milliard d’enfants et évité plus de 20,6 millions de décès.

La contribution marocaine s’inscrit dans la stratégie de Gavi pour 2021-2030, axée sur l’élargissement de l’accès aux vaccins et le renforcement de l’équité vaccinale.

Du côté de Rabat, cet engagement doit aussi permettre de renforcer son positionnement dans la gouvernance mondiale de la santé. L’accord a été annoncé en marge du GITEX Future Health Africa, plateforme internationale de coopération autour des enjeux de santé numérique et de systèmes de santé résilients.

Ayi Renaud Dossavi

Sur le même thème
La flambée d’Ebola en Afrique centrale reste caractérisée par une forte concentration des cas en RDC, où la progression de la transmission s’ajoute aux...
Cette semaine en Afrique : L'OMS publie un guide sur le cancer du sein pour les soins primaires, et le Burkina Faso distribue 15 millions...
Partenaire de la 8e édition de la Semaine des activités minières d’Afrique de l’Ouest (SAMAO), Neemba Burkina veut renforcer son ancrage dans la chaîne...
Dans une Afrique où quelques grandes plateformes concentrent une part importante des correspondances internationales, Kampala cherche à faire émerger une alternative à l’Est. Uganda...