Facebook Agence Ecofin Twitter Agence Ecofin LinkedIn Agence Ecofin
Instagram Agence Ecofin Youtube Agence Ecofin Tik Tok Agence Ecofin WhatsApp Agence Ecofin

Moins de viande pour sauver la planète : une étude relance une équation complexe

  • Date de création: 07 octobre 2025 07:07

(Agence Ecofin) - Les systèmes alimentaires mondiaux sont régulièrement pointés du doigt pour leur empreinte environnementale. Si ce constat fait l’unanimité depuis plusieurs décennies, le débat sur les pistes de solution reste encore tendu.

Plus de six ans après avoir proposé un « régime de santé planétaire (PHD) », la commission scientifique lancée par la fondation EAT avec la revue médicale The Lancet (EAT-Lancet) a enfoncé le clou avec sa nouvelle étude publiée le jeudi 2 octobre. Ce rapport réaffirme l’urgence de transformer les systèmes alimentaires et confirme une conclusion déjà controversée : la viande, notamment rouge, ne devrait représenter qu’une faible part de l’alimentation humaine.

Un régime moins carné mais « plus juste »

D’entrée de jeu, l’étude qui a mobilisé une quarantaine de chercheurs issus d’universités des quatre coins du globe rappelle que le modèle actuel des systèmes alimentaires est à bout de souffle.

Si en théorie, la production agricole fournit assez de calories pour nourrir toute la population, les auteurs soulignent que sur le terrain environ 1 milliard de personnes continuent de souffrir de sous-alimentation alors que l’obésité et le surpoids touchent plus de 40 % des adultes.

Sur un tout autre plan, les chercheurs estiment que les 30 % de personnes les plus riches sont à l’origine de plus de 70 % des impacts environnementaux liés à l’alimentation et qu’un tiers des travailleurs du secteur alimentaire perçoit un revenu inférieur au salaire vital.

Face à cette situation, les auteurs estiment que l’application du Planetary Health Diet (PHD) permettrait de repenser les systèmes alimentaires mondiaux qui représentent actuellement près d’un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre et de parvenir à nourrir sainement la population mondiale de manière plus équitable.

Ce nouveau rééquilibrage alimentaire promeut un régime principalement à base de plantes, incluant modérément des aliments d’origine animale et limitant au maximum les sucres ajoutés, les graisses saturées et le sel. Dans le détail, il préconise une consommation de viande rouge (bœuf, porc ou agneau) limitée à une moyenne de 15 grammes par jour.  

Pendant ce temps, les produits laitiers devraient représenter environ 250 g par jour, les viandes blanches 30 g, et les légumes, fruits et céréales complètes respectivement 200, 300 et 210 g par jour.

« Des données récentes et solides confirment une forte association avec une amélioration des résultats en matière de santé, une nette réduction de la mortalité toutes causes confondues et une diminution substantielle de l’incidence des principales maladies chroniques liées à l’alimentation », affirme le rapport.

Selon les chercheurs, si l’ensemble de la population mondiale adoptait ce modèle, 15 millions de décès prématurés pourraient être évités chaque année, soit une réduction de 27 % de la mortalité liée à l’alimentation.

Plus globalement, l’étude estime que transformer les systèmes alimentaires mondiaux nécessiterait entre 200 et 500 milliards de dollars par an, mais pourrait rapporter jusqu’à 5000 milliards de dollars de bénéfices annuels liés à la baisse des coûts de santé, à la restauration des écosystèmes et à la lutte contre le changement climatique.

Un débat loin d’être tranché

Ce nouvel appel des scientifiques à réduire la consommation de viande a ravivé un débat qui reste encore largement ouvert tant sur le fond que sur la forme. Alors qu’elle était présentée comme une étude devant actualiser et compléter les conclusions précédentes, plusieurs observateurs estiment que finalement les chiffres avancés restent proches de ceux dévoilés en 2019. La recommandation de 15 g par jour pour la viande rouge reste ainsi quasi identique à celle formulée il y a 6 ans (14 g).

Par ailleurs, d’autres pointent du doigt la prise en compte encore insuffisante de certaines réalités comme les inégalités dans l’accès à la viande dans les pays en voie de développement en Afrique.

Si d’après la FAO, l’élevage de bétail contribue à hauteur de 14,5 % aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, des analystes estiment qu’une lecture uniformisée du problème gomme de profondes différences entre les régions du monde.

Et pour cause, dans de nombreux pays africains et asiatiques, la consommation de viande demeure très inférieure à celle des pays industrialisés. Sur le continent, le volume atteint 15 kg par habitant et par an contre plus de 100 kg aux États-Unis.

Dans la région où les régimes alimentaires restent déjà dominés par les céréales et les tubercules, réduire encore la consommation de produits carnés pourrait aggraver les carences nutritionnelles et plus globalement ignorer le véritable enjeu de l’accessibilité et de la sécurité alimentaire.   

Espoir Olodo

Lire aussi :

27/06/2025 - Pétrole, engrais, transport : comment l’alimentation mondiale dépend des énergies fossiles

Sur le même thème
L’huile de colza et l’huile de tournesol représentent ensemble environ 25 % de la consommation mondiale d’huiles végétales. Ces deux oléagineuses, habituellement éclipsées par le...
Le promoteur camerounais prévoit 214 chambres et suites, 35 appartements hôteliers et 17 000 m² de bureaux. Le financement combine notamment 140,7 millions d’euros de...
SolarTaxi veut faire de son futur site de Prampram au Ghana une base d’exportation vers le reste de l'Afrique. Mais depuis février, la Zlecaf...
Trois ans après le début de la crise, le marché du diamant naturel subit toujours des prix bas et une demande en déclin, sous...