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Pétrole, engrais, transport : comment l’alimentation mondiale dépend des énergies fossiles

  • Date de création: 27 juin 2025 09:29

(Agence Ecofin) - Le 25 juin, le Panel international d’experts sur les systèmes alimentaires durables (IPES-Food) a publié son rapport « Fuel to Fork » (Du carburant à la fourchette). Cette étude documente en 88 pages la dépendance des systèmes alimentaires mondiaux aux énergies fossiles et les possibilités de s’en affranchir. Voici ce qu’il faut en retenir.  

Les chiffres clés 

A l’échelle mondiale, le développement de l’agroalimentaire est étroitement lié à la consommation des combustibles fossiles. Le secteur capte en effet près de 15 % de la demande mondiale en énergies fossiles via l’utilisation d’intrants agrochimiques, la transformation, le conditionnement ou la distribution.

1 FOOD

Dans les détails, l’IPES-Food estime que les systèmes agroalimentaires représentent près de 40 % de la consommation mondiale de produits issus de l’industrie pétrochimique, ceci essentiellement sous la forme d’emballages en plastique et surtout d’engrais de synthèse. Ce dernier segment est le plus gros consommateur de combustibles fossiles dans l'agriculture.  

En effet, indiquent les auteurs du rapport, un tiers de tous les produits pétrochimiques sont utilisés pour produire des engrais azotés de synthèse. Au total, le panel d’experts estime qu’au moins 3,5% des plastiques mondiaux sont utilisés dans la production alimentaire et 10% dans l'emballage des aliments et des boissons. Par ailleurs, 99 % des engrais de synthèse et des pesticides sont issus des combustibles fossiles.

Les implications sur la sécurité alimentaire mondiale

Selon le rapport, l’imbrication des systèmes alimentaires mondiaux et de l’industrie des énergies fossiles l’expose directement aux chocs sur les marchés. La crise liée à l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 et la montée des prix de l’énergie en particulier du gaz naturel et du charbon ont notamment pénalisé la production d’ammoniac (NH3), ingrédient de base de la fabrication des engrais azotés.

1 FERTILIZER

Avec le gaz qui représente plus de 50% du coût de production des engrais azotés, la hausse des cours a eu des impacts directs sur les prix de plusieurs engrais minéraux et conduit à une hausse des prix des denrées alimentaires, exposant ainsi des millions de personnes au risque de famine.

D’après l’ONU, près de 50 % de la population mondiale dépend de produits agricoles qui impliquent des engrais minéraux de base (NPK). Plus récemment, la suspension de la livraison de gaz israélien à l’Egypte a conduit à l’arrêt temporaire des usines d’engrais dans le pays nord-africain et fait grimper de 20 % les prix de l’urée depuis la mi-juin.

Les solutions alternatives 

A la question de savoir si les systèmes alimentaires mondiaux peuvent se passer des énergies fossiles, le panel d’experts répond par l’affirmative tout en indiquant que la tâche sera rude.

Et pour cause, l’utilisation d’engrais azotés de synthèse a augmenté de 800 % depuis 1961 et devrait grimper encore de 50 % d’ici 2050 avec une population mondiale qui devrait frôler les 10 milliards d’êtres humains au milieu du siècle.

Si, dans ce contexte, les industriels mondiaux mettent en avant les
engrais « bleus » à base d'ammoniac, la biologie synthétique et les outils agricoles numériques pour limiter l’impact sur le climat des systèmes agroalimentaires, le rapport estime que ces solutions restent coûteuses, énergivores et renforceront la dépendance aux énergies fossiles, aux produits agrochimiques et aux modèles de production industriels.

« Soutenues par de puissantes coalitions réunissant les secteurs des énergies fossiles, de l’agrobusiness et des entreprises technologiques, ces approches représentent une nouvelle forme de retardement et de déni, qui freine le véritable changement et affaiblit le contrôle public sur les systèmes alimentaires et énergétiques », tranchent les auteurs du rapport.

En lieu et place, pour « éliminer » les combustibles fossiles des systèmes alimentaires, le comité d’experts préconise une diversité de mesures qui visent des changements structurels.

Il s’agit notamment de la promotion de l’agroécologie qui peut permettre de réduire de manière significative la dépendance aux produits agrochimiques, la diversification des cultures et la reconstruction des chaînes d'approvisionnement alimentaire.

A cette liste s’ajoute la nécessité de changement des habitudes alimentaires à travers les réformes pour promouvoir une alimentation plus saine et réduire la consommation des produits ultratransformés qui, en plus de leurs impacts sanitaires, requièrent des procédés de fabrication énergivores.  

Enfin, le rapport met en avant la nécessité de promouvoir la transition énergétique, l’élimination du gaspillage alimentaire, la démocratisation des systèmes alimentaires et la réduction de la consommation de plastique en développant les systèmes de réutilisation et en responsabilisant les entreprises…

Espoir Olodo

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