(Agence Ecofin) - Après avoir accéléré la formation de ses agents, l’État cherche désormais à relier les compétences acquises aux objectifs assignés aux fonctionnaires et à la performance des institutions publiques sur fond de modernisation de l’administration angolaise.
À Luanda, l’École nationale d’administration et des politiques publiques (ENAPP) a annoncé, jeudi 3 septembre, avoir formé 17 699 cadres au premier semestre 2026, soit 88 % de son objectif annuel de 20 000 personnes. Pourtant, au regard des effectifs de la fonction publique, près des trois quarts des agents restent hors du périmètre de cette politique de compétences, sans calendrier précis pour combler cet écart.
Depuis le lancement du Plan de développement national 2023-2027, l’ENAPP revendique 102 923 personnes formées, dépassant déjà sa cible quinquennale de 100 000. Sur 437 157 fonctionnaires et agents publics, ils ne représentent que 23 % du corps administratif. Ce rythme lui-même interroge. En 2025, cette école a formé 26 981 agents, soit 135 % de son objectif annuel, au moment précis où le gouvernement entend passer de la logique de formation à celle de résultats.
Relier les compétences aux résultats
Adopté par le décret présidentiel n° 173/25 du 24 septembre 2025, le nouveau régime d’évaluation apprécie les fonctionnaires à partir des objectifs et des compétences liés à leurs fonctions. Les agents chargés de sa mise en œuvre n’ont toutefois été officiellement formés à cette nouvelle méthode qu’en décembre 2025, trois mois après l’adoption du texte. Ce décalage illustre une difficulté classique des réformes administratives, où les dispositifs sont souvent conçus en parallèle alors qu’ils devraient l’être en séquence.
Sur le fond, le décret affiche l’ambition d’améliorer et de différencier les performances. Or, différencier suppose d’accepter que certains agents, malgré les formations reçues, n’atteignent pas leurs objectifs, et d’en tirer des conséquences. Sur ce point, le texte reste silencieux.
Les cursus spécialisés de l’ENAPP illustrent pourtant ce que l’articulation entre formation et évaluation pourrait produire. Dans la commande publique, une formation professionnelle de 240 heures, développée avec la Faculté de droit de l’Université Agostinho Neto et le Service national de la passation des marchés, a été déployée jusqu’à la province du Cubango. Ancrée dans des besoins opérationnels précis, elle est plus susceptible de modifier les pratiques qu’un programme généraliste. Aucun indicateur de résultat n’est cependant publié pour en mesurer l’impact réel.
Ce chaînon manquant se retrouve à l’échelle municipale. Le programme de gouvernance soutenu par la Banque mondiale prévoit des mécanismes de financement liés à la performance dans 52 municipalités, avec 212 sous-projets identifiés en février 2026. Le GovTech Maturity Index 2025 confirme la même logique, soulignant que la maturité numérique de l’administration angolaise ne se heurte pas principalement aux infrastructures, mais au manque de compétences disponibles pour les mobiliser.
Former sans mesurer l’impact revient à comptabiliser un effort, non un résultat. Évaluer sans s’assurer que les agents disposent des moyens d’atteindre leurs objectifs revient à sanctionner des écarts sans les corriger. L’Angola a construit les deux dispositifs. Il n’a pas encore démontré qu’il sait les faire fonctionner ensemble, et c’est à cette condition que les 102 923 cadres formés depuis 2023 deviendront un levier de transformation réelle.
Félicien Houindo Lokossou
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