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Au Sénégal, le développement d’une industrie de gaz naturel liquéfié est un pari risqué (rapport)

  • Date de création: 27 septembre 2024 07:45

(Agence Ecofin) - Alors que les nouveaux projets de GNL pourraient ne pas entrer en production avant le milieu des années 2030, le Sénégal risque d’arriver tard sur le marché dans un contexte de décarbonation à marche forcée et d’être confronté à une grande concurrence au niveau de l’offre.

L’industrie naissante du gaz naturel liquéfié (GNL) au Sénégal risque d’entraîner une dépendance du pays à l’égard des recettes tirées des combustibles fossiles et de compromettre ses perspectives économiques, en raison notamment de l’incertitude autour de la demande mondiale à long terme et des investissements considérables dans les infrastructures gazières, selon un rapport publié le 18 septembre par l'Institut international du développement durable (IISD).

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Intitulé « Le grand pari sénégalais en faveur du GNL : Analyse des risques », le rapport précise que la stratégie de développement économique du Sénégal repose sur une croissance économique accrue grâce notamment à l’exploration gazière et aux nouvelles exportations qui pourraient en résulter. Les prévisions en termes de croissance économique sont de 10,6 % en 2024 et de 7,5 % en 2025, sous l’impulsion d’une industrie pétrolière et gazière porteuse.

Ce pays d’Afrique de l’Ouest s’apprête à devenir un producteur et exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL), grâce à une série de projets en cours de développement à l’instar de Grand Tortue Ahmeyim, Yakaar-Teranga et Sangomar.

Le Sénégal, qui s’est engagé dans le même temps sur la voie des énergies renouvelables, a également inclus le gaz naturel dans son Plan d’investissement pour la transition énergétique juste, le schéma directeur de la transition énergétique. Il prévoit d’ailleurs d’affecter une part importante de la production de GNL au marché intérieur, d’autant plus que 25 % de la population n’a pas encore accès à l’électricité.

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Cette stratégie comporte cependant de nombreux risques. Premièrement, les recettes provenant de la production de GNL peuvent ne pas bénéficier directement au budget de l’État, car elles pourraient être réinvesties dans de nouvelles infrastructures du même genre pour favoriser les exportations et augmenter la consommation locale.

Le nouveau Code pétrolier sénégalais prévoit également une augmentation des redevances et de la participation de l’État, ce qui aura une incidence sur les recettes nettes à percevoir. En outre, le gouvernement mise sur une rentabilité à long terme du GNL, ce qui pourrait accentuer le risque et renforcer la dépendance du Sénégal à l’égard des recettes tirées des combustibles fossiles. Une telle dépendance désavantagera le Sénégal lorsque, tant du côté de la demande que de l’offre, la tendance au niveau mondial basculera des combustibles fossiles aux énergies propres.

Prioriser les investissements dans les énergies renouvelables

D’autre part, les exportations de gaz sur le long terme pourraient être compromises en raison de l’incertitude du côté de la demande. Une étude portant sur 12 projets situés en Afrique subsaharienne a révélé que les sites gaziers mettent en moyenne 11,9 ans à démarrer la production. Cela veut dire que, mis à part les sites déjà en exploitation, la production découlant des nouveaux gisements ne devrait pas intervenir avant le milieu des années 2030.

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Par conséquent, toute expansion du GNL visant principalement la génération de recettes d’exportation dépendra avant tout d’une demande internationale encore forte dans les prochaines décennies. Or, les scénarios crédibles, notamment l’énergie nette zéro et le scénario des politiques énoncées de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), laissent entrevoir une baisse marquée de l’offre de gaz naturel dans les années 2030. Et même si la demande de GNL reste forte, le Sénégal risque de subir une forte concurrence de la part des autres producteurs bien établis de GNL comme le Qatar et les États-Unis. Les contrats d’acquisition signés à long terme peuvent sembler offrir la promesse de recettes stables mais, dans la pratique, ces contrats d’achat sont souvent indexés sur les prix du marché ; et il n’est pas à exclure qu’ils fassent l’objet d’une résiliation anticipée s’ils cessent d’être rentables.

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Le rapport souligne par ailleurs que la pression à l’exportation pourrait entraîner une hausse des actifs irrécupérables, et compromettre la sécurité énergétique intérieure. Des investissements seront nécessaires dans les infrastructures de gazoducs et la conversion des centrales électriques pour accroître la consommation domestique de gaz, ce qui peut poser des problèmes en termes de financement. En raison des financements considérables requis pour les infrastructures GNL, les projets tournés vers l’exportation de la production pourraient être favorisés au détriment de la satisfaction de la demande nationale. Dans ce contexte, une faible demande internationale de GNL, qui résulterait d’une baisse de l’utilisation des combustibles fossiles au profit des énergies renouvelables, pourrait entraîner l’arrêt des projets. Sans la génération de recettes, ces projets ne seraient certainement pas viables, ce qui forcerait à l’abandon des infrastructures, tout en mettant en danger le marché local du GNL et la sécurité énergétique du pays.

Compte tenu de l’incertitude entourant les recettes liées à l’exploitation du GNL, l’IISD recommande aux autorités sénégalaises de procéder à une planification minutieuse et de prendre en compte tous les facteurs nationaux et internationaux avant la mise en place d’un plan d’expansion de cette industrie.

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Le think tank canadien appelle aussi le gouvernement à prioriser les investissements dans les énergies renouvelables, à mettre les recettes provenant du secteur gazier au service du développement stratégique de l’économie nationale (alimentation du Fonds souverain, investissements dans des projets stratégiques, etc.) et à diversifier les flux de recettes en mettant l’accent sur d’autres secteurs porteurs tels que, l’agriculture, le tourisme, la manufacture et l’innovation technologique.

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