Facebook Agence Ecofin Twitter Agence Ecofin LinkedIn Agence Ecofin
Instagram Agence Ecofin Youtube Agence Ecofin Tik Tok Agence Ecofin WhatsApp Agence Ecofin

INP-HB : « Environ 100% de nos diplômés trouvent un travail dans l’année qui suit » (Moussa Kader Diaby)

  • Date de création: 26 juin 2025 18:02

(Agence Ecofin) - Créée en 1996 après la fusion de plusieurs écoles existantes, l’Institut national polytechnique Houphouët-Boigny (INPHB) est aujourd’hui considéré comme le fleuron du secteur éducatif ivoirien. Après avoir fait face à de nombreux défis, l’institut entame aujourd’hui sous l’autorité de son Directeur Général Moussa Kader Diaby, une série de transformations visant à élargir son rayonnement au niveau international.

Dans une interview exclusive, ce dernier a confié à l’Agence Ecofin les défis et challenges que doit relever cette institution de prestige, ainsi que les perspectives pour son évolution futures. 

Agence Ecofin : Comment l’INPHB adapte-t-il son offre de formation à l’évolution du marché du travail, notamment dans les secteurs technologiques et industriels ?

Moussa Kader Diaby : Il faut rappeler que l’INPHB a été conçu dès sa création pour accompagner la transformation socio-économique et surtout l’industrialisation de la Côte d’Ivoire. En 1996, l’Institut a vu le jour à la suite de la fusion de plusieurs établissements. Il comptait alors six grandes écoles, chacune correspondant à des besoins prioritaires du pays.

Image25

« L’INPHB adapte constamment son offre de formation pour répondre aux priorités stratégiques du pays ».

L’École supérieure d’Agronomie couvrait le secteur primaire. L’École des Mines et de Géologie, créée également en 1996, répondait à l’ambition nationale dans les industries extractives (mines, pétrole, gaz). L’École des Travaux Publics formait des ingénieurs pour les infrastructures et leur modernisation, un pilier essentiel pour l’agriculture et la logistique. À cela s’ajoutait l’École supérieure d’Industrie, qui traitait des problématiques liées à l’agro-transformation, aux technologies, à l’informatique et aux télécommunications. L’École supérieure de Commerce et d’Administration des Entreprises couvrait le secteur tertiaire, avec des formations en banque, finance et assurance. Enfin, l’École de formation continue permettait le perfectionnement des cadres de l’administration publique et du privé.

Ce dispositif a permis de former plus de 30 000 diplômés. Mais face à l’évolution rapide de l’économie mondiale, l’INPHB a dû se transformer. Des enjeux comme la transition énergétique, l’économie circulaire, les biotechnologies, l’intelligence artificielle, l’aéronautique ou encore le spatial sont devenus centraux.

« Face à l’évolution rapide de l’économie mondiale, l’INPHB a dû se transformer. Des enjeux comme la transition énergétique, l’économie circulaire, les biotechnologies, l’intelligence artificielle, l’aéronautique ou encore le spatial sont devenus centraux. »

C’est pourquoi de nouvelles écoles ont été créées. L’École supérieure de Chimie, du Pétrole et de l’Énergie forme des ingénieurs pour les filières pétrolières et gazières, mais aussi pour les énergies renouvelables, en lien avec les récentes découvertes offshore et les centrales solaires en développement. L’École supérieure d’Aéronautique et du Spatial vise à soutenir les ambitions du pays dans l’aviation et l’exploration spatiale, à l’instar du Maroc ou de l’Éthiopie. Nous formons déjà des ingénieurs aéronautiques pour Air Côte d’Ivoire.

Image26

Moutiou Adjibi Nourou, rédacteur-en-chef Politiques publiques à l’Agence Ecofin et Moussa Kader Diaby, DG de l’INP-HB.

L’École d’Industrie est aussi en pleine expansion, avec l’intégration de nouvelles filières comme le génie biomédical, pour répondre aux besoins en équipements et technologies de santé. Par ailleurs, nous avons lancé il y a six ans l’International Data Science Institute, un centre de formation de pointe en intelligence artificielle et Big Data, aujourd’hui en cours d’intégration dans les cursus industriels.

Dans le secteur agricole, notre partenariat avec l’Office chérifien des phosphates et l’Université polytechnique Mohammed VI a permis de créer une école dédiée à l’agriculture numérique (Digital Farming School), centrée sur l’agritech.

Enfin, nous préparons activement la formation de jeunes Ivoiriens dans le domaine du spatial, avec le développement d’un nano-satellite national, en partenariat avec l’UNOSA et l’agence spatiale japonaise. Les premiers programmes de formation dans ce domaine démarreront à la rentrée prochaine.

En résumé, l’INPHB adapte constamment son offre de formation pour répondre aux priorités stratégiques du pays. C’est cette agilité qui permet à notre institut de rester un acteur central du développement industriel et technologique de la Côte d’Ivoire.

Agence Ecofin : Quels sont les indicateurs de performance de l’INPHB ?

Moussa Kader Diaby : Depuis 2020, avec l’entrée en vigueur des budgets-programmes dans les établissements publics nationaux (EPN), l’INPHB est pleinement engagé dans une gestion axée sur les résultats. Un contrat d’objectifs et de performance a été signé entre notre Institut, le ministère de l’Enseignement supérieur et celui du Budget, pour encadrer cette démarche.

Nos actions s’inscrivent dans trois cadres stratégiques. Le premier est le Plan national de développement (PND), qui fixe les orientations économiques et sociales du pays. Nos projets doivent donc contribuer à l’atteinte des objectifs du ministère de tutelle, en cohérence avec la vision du Président de la République. Le deuxième cadre est le Plan d’investissements pluriannuel (PIP), qui précise nos besoins en développement, en infrastructures et en équipements, avec des engagements formalisés vis-à-vis de l’État. Le troisième cadre est le contrat d’objectifs et de performance, qui contient les indicateurs concrets évaluant nos résultats.

« Le troisième cadre est le contrat d’objectifs et de performance, qui contient les indicateurs concrets évaluant nos résultats. »

Ces indicateurs sont de plusieurs ordres. Le premier concerne la gouvernance de l’Institut, à travers le respect des statuts, la bonne gestion administrative et surtout la capacité à mobiliser des ressources propres. L’INPHB est performant s’il sait attirer des partenaires pour financer ses projets.

Ensuite viennent les indicateurs académiques. Le rendement interne — c’est-à-dire la capacité des étudiants à réussir leur parcours — est un point fort : plus de 96 % de nos étudiants obtiennent leur diplôme. Ce taux élevé s’explique par la rigueur de notre processus de sélection, réservé aux meilleurs bacheliers. Le rendement externe, lui, mesure l’insertion professionnelle : 85 % de nos diplômés trouvent un emploi dans les quatre mois suivant la fin de leur formation, et environ 100 % dans l’année.

« Plus de 96 % de nos étudiants obtiennent leur diplôme. 85 % de nos diplômés trouvent un emploi dans les quatre mois suivant la fin de leur formation, et environ 100 % dans l’année. »

Autre indicateur clé : le rayonnement international. Nos étudiants sont admis chaque année dans des établissements de prestige comme l’École Polytechnique en France. Même si nous n’en envoyons qu’une poignée actuellement, cela témoigne de la qualité de nos formations. En parallèle, l’INPHB attire des étudiants de 22 nationalités différentes, principalement issues d’Afrique de l’Ouest et du Centre. L’objectif est désormais d’élargir cette présence au reste du continent.

Sur le plan de la recherche, nous mesurons notre performance au nombre de thèses soutenues, de projets transférés à l’industrie, et de brevets déposés (environ 4 à 5 par an). Ce chiffre reste en deçà de nos ambitions, mais nous travaillons à l’augmenter. Enfin, la valorisation des résultats de la recherche est aussi un axe majeur : elle se traduit par l’accompagnement de jeunes entrepreneurs via notre incubateur et par la création d’entreprises issues de nos laboratoires.

L’ensemble de ces indicateurs nous permet d’être suivis et évalués par les autorités publiques, mais aussi par nos partenaires techniques et financiers.

Agence Ecofin : Quelles sont les grandes priorités stratégiques que vous avez définies pour l’INPHB sur les cinq prochaines années ?

Moussa Kader Diaby : Sous le PND 2021–2025, nous avons aligné notre plan d’orientation stratégique sur les objectifs nationaux, avec pour ambition de renforcer notre position de locomotive du système d’enseignement supérieur. Cela s’est traduit par plusieurs axes, parmi lesquels l’internationalisation de l’Institut, l’élargissement de notre offre de formation, le développement de la recherche et de la production scientifique, la mise en place d’un technopôle à Yamoussoukro et la consolidation de notre statut d’établissement d’excellence. Cette phase arrive aujourd’hui à son terme, et nous préparons désormais le nouveau cycle stratégique qui accompagnera le PND 2025–2030.

Dans cette perspective, nous avons défini de nouvelles priorités. La première concerne le développement du technopôle de Yamoussoukro, devenu pour nous un enjeu vital. Nous voulons faire de notre campus un véritable écosystème d’innovation, capable de favoriser les transferts de technologie et d’héberger des entreprises et startups technologiques, comme cela se fait autour des grandes universités internationales.

« Nous voulons faire de notre campus un véritable écosystème d’innovation, capable de favoriser les transferts de technologie et d’héberger des entreprises et startups technologiques, comme cela se fait autour des grandes universités internationales. »

Nous entendons également renforcer notre position en matière de recherche. L’INPHB ambitionne de devenir une référence africaine sur plusieurs thématiques prioritaires comme l’économie circulaire, l’intelligence artificielle, la digitalisation ou encore la transition énergétique. À ce titre, nous misons sur des partenariats de recherche, notamment Sud-Sud, pour travailler sur des problématiques qui nous sont propres, en collaboration avec d’autres institutions africaines.

Par ailleurs, nous voulons étendre l’accès à nos formations, en particulier la formation continue et l’enseignement à distance. Aujourd’hui, certaines de nos offres restent trop centralisées à Yamoussoukro. Le redéploiement de notre antenne d’Abidjan, initié récemment sous l’impulsion du ministère, vise précisément à corriger cela. Ce développement s’accompagnera d’une montée en puissance des outils numériques et des plateformes de formation en ligne.

L’entrepreneuriat figure également parmi nos priorités. Nous souhaitons positionner l’INPHB comme un acteur majeur dans ce domaine, en soutenant la création d’entreprises issues de nos laboratoires et incubateurs. La mise en place prochaine de la Fondation INPHB jouera un rôle crucial en tant que catalyseur de ressources et d’opportunités de développement.

Enfin, nous accordons une importance particulière à notre engagement citoyen. Il est essentiel que l’Institut, ses étudiants et son personnel expriment leur redevabilité envers la nation, en menant des actions concrètes au bénéfice des communautés locales. C’est ainsi que nous entendons construire une institution exemplaire, au service de la société ivoirienne et africaine. Voilà les grandes lignes qui guideront notre action au cours des cinq prochaines années.

Agence Ecofin : Qu’est-ce qui permettrait aujourd’hui à l’INPHB de devenir une école de renommée mondiale, comparable aux plus grandes institutions internationales ?

Moussa Kader Diaby : Je dirais d’abord que l’INPHB est sur une dynamique positive. Il y a encore quelques années, l’Institut n’apparaissait dans aucun classement international. C’est en 2022 que nous avons intégré pour la première fois un palmarès, en occupant la 150e place. En 2023, nous avons été classés 27e dans un autre classement, puis 36e l’année dernière dans un autre encore. Chaque méthodologie est différente, mais la progression est réelle et continue.

Aujourd’hui, lorsqu’on observe les établissements mieux classés que l’INPHB, on retrouve notamment un établissement marocain, ce qui n’est pas surprenant compte tenu de l’avance du Maroc dans le secteur de l’éducation. Être juste derrière lui et classé deuxième parmi les institutions francophones en Afrique est rassurant. Cependant, on constate aussi une nette domination des écoles issues de pays anglophones. Cela nous pousse à adapter notre stratégie.

L’un des leviers essentiels que nous avons identifiés, c’est l’intégration de l’anglais dans nos parcours. Depuis deux ans, la maîtrise de l’anglais est devenue obligatoire pour l’obtention du diplôme d’ingénieur. L’objectif est de basculer progressivement vers un campus bilingue. Cette orientation doit permettre à la fois d’ouvrir l’Institut aux étudiants venus du monde anglophone et de faciliter la mobilité internationale de nos diplômés.

Nous devons également intensifier notre présence dans les réseaux universitaires anglophones et internationaux. Les grandes universités comme Harvard, le MIT, Stanford ou encore Berkeley sont les têtes de file des classements mondiaux. Se rapprocher d’elles, ainsi que d’établissements asiatiques de référence comme ceux figurant au classement de Shanghaï, nous permettrait de bénéficier d’effets d’entraînement précieux. Ces partenariats sont également essentiels pour attirer sur notre campus des professeurs de renommée internationale, dont la présence améliore directement notre visibilité et notre attractivité.

Un autre critère majeur dans les classements est la qualité de la recherche. Cela passe par la publication régulière dans des revues scientifiques à fort impact. Or, pour y parvenir, il est indispensable de collaborer avec des chercheurs issus d’institutions prestigieuses, capables de copublier et d’apporter une reconnaissance scientifique accrue.

Toutefois, atteindre ce niveau suppose aussi des ressources conséquentes. L’INPHB est aujourd’hui financé à 95 % par le budget de l’État. Cette dépendance est trop forte. Nous devons accroître notre autonomie financière en développant des partenariats avec les entreprises, les bailleurs de fonds, et en tirant profit de nos activités de production.

« Nous devons accroître notre autonomie financière en développant des partenariats avec les entreprises, les bailleurs de fonds, et en tirant profit de nos activités de production. »

Notre objectif, d’ici 2030, est que les ressources propres de l’Institut représentent 25 % de notre budget global.

C’est cette capacité à mobiliser des ressources, à nouer des partenariats de haut niveau, à renforcer notre attractivité et à soutenir l’excellence scientifique qui conditionnera notre montée dans les classements internationaux et notre reconnaissance mondiale.

Agence Ecofin : D’un point de vue plus général, à vous entendre, peut-on dire que pour rivaliser avec les meilleures institutions mondiales, les systèmes éducatifs d’Afrique francophone gagneraient à s’inspirer davantage du modèle anglophone, notamment en intégrant plus fortement l’innovation, l’entrepreneuriat et l’ouverture à l’international ?

Moussa Kader Diaby : Il ne faut pas avoir peur de le reconnaître : notre principale référence reste la France. Et la France elle-même évolue. Elle restructure son système d’enseignement supérieur en regroupant ses établissements pour créer de véritables pôles d’excellence. IP Paris en est un exemple emblématique : il fédère plusieurs grandes écoles prestigieuses comme Polytechnique, l’ENSTA, Télécom Paris ou encore l’École des Ponts. De la même manière, PSL (Paris Sciences et Lettres) et l’Université Paris Cité résultent de fusions entre institutions afin de renforcer la masse critique en matière de recherche, de formation et d’influence académique.

« Depuis deux ans, la maîtrise de l’anglais est devenue obligatoire pour l’obtention du diplôme d’ingénieur. L’objectif est de basculer progressivement vers un campus bilingue. »

Cette logique vise à mutualiser les compétences, accroître les capacités de financement, favoriser l’interdisciplinarité et mieux se positionner sur des thématiques stratégiques à l’échelle internationale. C’est une dynamique que nous devons suivre en Afrique francophone, en repensant l’organisation de notre enseignement supérieur.

Le deuxième levier que la France a aussi pleinement intégré, c’est l’anglicisation partielle de son système. Aujourd’hui, pour obtenir un diplôme d’ingénieur, il faut valider un niveau d’anglais, comme un score de 850 au TOEIC. L’usage de l’anglais dans la publication scientifique s’est généralisé, tout comme dans l’enseignement de certains modules. Cette transition s’est imposée naturellement dans le contexte de la mondialisation académique.

Les grandes collaborations, qu’elles soient européennes, transatlantiques ou désormais avec l’Asie, passent de plus en plus par l’anglais. C’est donc une adaptation incontournable si l’on veut exister dans les classements et les réseaux mondiaux.

Nous sommes donc en train d’adopter ces logiques à notre contexte, en nous inspirant à la fois de nos partenaires historiques comme la France, mais aussi en nous ouvrant plus largement aux espaces anglophones, au monde asiatique et aux États-Unis. C’est cette ouverture maîtrisée, appuyée sur une base solide, qui nous permettra de hisser nos institutions au rang des grandes écoles internationales. 

Entretien réalisé par Moutiou Adjibi Nourou

Sur le même thème
L’huile de colza et l’huile de tournesol représentent ensemble environ 25 % de la consommation mondiale d’huiles végétales. Ces deux oléagineuses, habituellement éclipsées par le...
Le promoteur camerounais prévoit 214 chambres et suites, 35 appartements hôteliers et 17 000 m² de bureaux. Le financement combine notamment 140,7 millions d’euros de...
SolarTaxi veut faire de son futur site de Prampram au Ghana une base d’exportation vers le reste de l'Afrique. Mais depuis février, la Zlecaf...
Trois ans après le début de la crise, le marché du diamant naturel subit toujours des prix bas et une demande en déclin, sous...