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Bourse de céréales pour les BRICS : entre ambitions et limites

  • Date de création: 25 octobre 2024 17:27

(Agence Ecofin) - Se réunissant du 22 au 24 octobre à Kazan, en Russie, le groupe des BRICS qui rassemble, en plus de ses membres fondateurs, de nouveaux adhérents (Iran, Émirats arabes unis, Éthiopie et Égypte) a abordé, entre autres questions, le projet de création d’une bourse de céréales. L’initiative qui suscite de nombreuses réactions sur les marchés pourrait s’avérer aussi ambitieuse que complexe à mettre en œuvre. Explications.

De quoi parle-t-on concrètement ?

Dans les détails, il s’agirait d’une plateforme commerciale d’abord dédiée aux céréales, pouvant s’étendre à d’autres produits de base comme les légumineuses et les oléagineux. Cette place boursière devrait être accompagnée d’une agence de tarification associée qui fournira des données sur les prix et des analyses de marché. L’initiative permettrait aux acheteurs de s'approvisionner directement auprès des producteurs. Elle est censée offrir une alternative aux bourses de matières premières agricoles dominées par l'Occident. Actuellement en effet, les cotations de produits agricoles sur le marché international se déroulent principalement à Londres, Amsterdam (Euronext), New York et Chicago. Si d’autres détails n’ont pas filtré, sur ce projet, il a déjà reçu l’accord de principe des membres qui comptent pour 45 % de la population mondiale et pour 26 % du PIB global. 

Un poids non négligeable sur le marché mondial des céréales

Avec cette initiative, les pays entendent mettre en lumière leur influence sur le marché global des céréales. Selon les données de la FAO compilées par l’Agence Ecofin, le groupe élargi des BRICS pèse en effet pour environ 60 % de toute la production mondiale de céréales.  Il comptait ainsi pour près de 48 % de la production de blé estimée en 2023 à 787,7 millions de tonnes. Le cartel fournit, en outre, environ 60 % de l’offre mondiale de maïs évaluée l’année dernière à 1,2 milliard de tonnes sous l’impulsion du quatuor formé par la Chine, l’Inde, la Russie et le Brésil. Du point de vue du commerce, ces 9 pays représentent près du tiers des exportations de maïs et 28 % du commerce mondial de blé. 

Et des défis ...

Si les BRICS disposent incontestablement d’un pouvoir de marché, cela pourrait être encore insuffisant pour changer la donne au niveau mondial. Se confiant à l’Agence Ecofin, François Luguenot, analyste du marché des céréales, indique que les conditions pour la mise en place de ce projet ne sont pas encore réunies et que cette initiative pourrait faire long feu. 

En effet, la création d’une bourse suppose l’installation d’un marché à terme pour les échanges de contrats standardisés. Dans cette optique, l’un des principaux critères est celui de la confiance des opérateurs et de la transparence dans les activités de marché. Si actuellement les cotations à Euronext, New York ou Chicago peuvent être critiquées en raison de dysfonctionnements qui surviennent parfois, l’expert souligne néanmoins qu’ils demeurent relativement sûrs pour les opérateurs alors que le contexte international et politique actuel pourrait ne pas inciter les acteurs en majorité occidentaux à parier sur les BRICS.

« La raison aussi pour laquelle les marchés à terme souvent peinent à s'implanter, voire disparaissent, c'est qu'ils manquent de liquidité. De surcroît, à partir du moment où il y a une cotation publique quotidiennement, il y a des possibilités plus limitées de magouilles et de négociations commerciales officieuses parce qu’il y a une référence que tout le monde connaît. Il y a un prix que tout le monde connaît. Et cela n'arrange pas toujours grand monde. Parce qu'il y a beaucoup d'intervenants qui préfèrent de beaucoup travailler dans l'ombre. Il faut qu'il y ait une abondance sur ce marché. En d’autres termes, il faut des opérateurs qui apportent de la liquidité et des spéculateurs qui interviennent sur le marché pour tirer profit de la variation des prix et pas forcément pour apporter les stocks physiques. Si ce n’est pas le cas, la création d'un marché à terme est vouée à l’échec », indique-t-il.

À côté de la confiance et de la transparence, l’analyste indique que la question du règlement des litiges sur les marchés à terme est aussi cruciale.  

« Il y a au-dessus des opérateurs, une autorité de régulation et une instance qui tranche les différends entre les opérateurs lorsqu’il y en a. Il est difficile d’imaginer qu’un négociant comme Cargill ou Louis Dreyfus prenne le risque de se mettre entre les mains d'une autorité de régulation ou d’une cour arbitrale russe ou chinoise. Ils n’ont pas envie de perdre des dizaines de millions de dollars du fait des consignes qui pourraient venir du haut gouvernement », explique-t-il.  Au-delà des questions techniques, M. Luguenot s’interroge sur l’intérêt même de la mise en place d’une bourse de commerce au niveau des BRICS.

« La question est : est-ce qu’aujourd’hui pour vendre du blé russe à la Chine, il y a un besoin d’un marché à terme ? Ce n'est pas parce qu'un pays est producteur que pour autant, il a un intérêt pour la mise sur pied d’une bourse des céréales », conclut-il.

Espoir Olodo

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