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Tanzanie : le manque de financement freine l’avancée des futures mines de graphite

  • Date de création: 24 juin 2025 20:40

(Agence Ecofin) - D’ici 2030, la Tanzanie pourrait représenter environ 11% de l’offre mondiale de graphite, selon Benchmark Mineral Intelligence. Une ambition portée par des projets de grande envergure comme Mahenge et Nachu. Encore faut-il que ces projets captent les financements nécessaires pour aller au bout de leur développement.

Magnis Energy annonçait le mercredi 18 juin la levée d’un avis de défaut émis par les autorités de la Tanzanie sur la licence minière de son projet de graphite Nachu. Malgré ce dénouement favorable, le développement de cette future mine demeure incertain, en raison des défis liés à son financement. Une situation qui illustre un problème plus large dans le pays, où d’autres projets de graphite peinent également à mobiliser les capitaux nécessaires.

Nachu : encore 324 millions USD à mobiliser par Magnis  

Si l’avis de défaut émis contre sa licence a été levé, le projet Nachu reste en effet encore bloqué à l’étape de financement. Magnis Energy multiplie depuis quelques mois les initiatives pour mobiliser un montant de 324 millions USD afin de lancer la construction de cette future mine de graphite. Dans ce cadre, elle avait notamment sollicité la société singapourienne PEY Capital en 2024, mais l’accord a finalement été annulé.  

En mars dernier, un accord de financement a été annoncé avec l’institution financière Global Corporate Finance (GCF), laquelle devrait injecter environ 9,4 millions USD dans le projet, et soutenir Magnis dans la mobilisation de la somme. Les modalités de l’accord restent cependant inconnues, alors que la décision finale d’investissement (FID) du projet connaît des reports successifs depuis 2022.

Selon une étude de faisabilité publiée cette année-là, Nachu peut produire annuellement 236 000 tonnes de graphite en 15 ans.  

Mahenge : des prêts de 204 millions USD à finaliser 

À l’instar de Nachu, Mahenge est un projet tanzanien de graphite de premier plan, avec une production annuelle de 340 000 tonnes de concentré attendue pendant 26 ans. Avant de concrétiser ce potentiel, Black Rock Mining multiplie également les efforts pour lever un investissement initial de 225 millions USD. Un financement total de 204 millions USD, englobant des prêts de plusieurs entités dont la CRDB Bank et la DBSA, reste encore à être sécurisé.

Cette étape devrait être déterminante pour le projet, car Black Rock Mining estime qu’une part de 138 millions USD de cette facilité couvrira la construction de la phase 1 de Mahenge. La mise en production est attendue d’ici 2026, toutes les conditions réglementaires étant déjà remplies à cet effet.

Epanko : un prêt allemand de 105 millions USD attendu depuis 2023 

Epanko est un projet capable de livrer annuellement 73 000 tonnes de graphite au cours de ses 11 premières années d’exploitation. Si la licence minière du projet a été accordée en mars dernier par Dodoma pour 25 ans, l’opérateur EcoGraf doit encore débloquer 134 millions USD pour en lancer la construction. Une partie de ce montant, soit 105 millions USD, fait l’objet d’un accord non contraignant signé avec la banque allemande KfW IPEX-Bank en 2023.  

Alors soumise à une due diligence et à la satisfaction de certains critères financiers, cette transaction n’a toujours pas été sécurisée à ce stade. Et on ignore encore si la part restante des 134 millions USD a déjà été mobilisée.   

Mahenge Liandu : 39 millions USD pour la première phase d’exploitation 

Pour Mahenge Liandu, le timing de développement adopté par son propriétaire Armadale Capital repose principalement sur l’état du marché du graphite. Avec des prix en baisse, en raison d’un excédent mondial de l’offre, la société avait notamment mis en pause l’étude d’ingénierie FEED du projet en février 2024, avant d’annoncer sa relance au mois de mai de la même année. Cette démarche visait notamment à limiter les dépenses de la société, alors que le financement reste à mobiliser.  

Selon une étude de faisabilité publiée en 2020, la première phase d’exploitation de Mahenge Liandu devrait nécessiter un financement de 39,7 millions USD. À terme, cette future mine devrait produire annuellement 109 000 tonnes de concentré de graphite sur une durée de vie de 15 ans. Aucune échéance n’a été annoncée concernant le démarrage de la production. 

Quid de la croissance de la production graphitique tanzanienne

Ces différents projets devraient contribuer à la hausse de la production nationale de graphite en Tanzanie. Selon Benchmark Mineral Intelligence, environ 11% de l’offre mondiale de ce métal pourrait provenir de ce pays d’Afrique de l’Est d’ici 2030. Une prédiction qui dépendra toutefois de la capacité des compagnies à faire avancer ces projets, et relever le défi majeur lié à la sécurisation des fonds nécessaires pour lancer les travaux de construction.  

Le maintien d’un climat des affaires stable pour les investisseurs est aussi important, dans un contexte où l’État négocie depuis quelques mois une augmentation de sa participation minimale de 16% dans certains projets. Rappelons que d’autres projets d’exploitation de graphite sont également en cours dans le pays. C’est le cas du projet Chilalo (Evolution Energy) dont la FID est attendue d’ici fin 2025, ou encore le projet Bunyu (Volt Resources).

Aurel Sèdjro Houenou

Edité par : Feriol Bewa

Lire aussi : 23/05/2025 - En 2024, la production africaine de graphite a baissé de 30 % (AIE) 

06/03/2025 - La Tanzanie accélère le projet de graphite d’Epanko, malgré la baisse des prix

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