(Agence Ecofin) - L’Afrique représente 10 % de l’offre mondiale de graphite naturel. Alors que la production est appelée à baisser du côté de la Chine, qui domine près de 80 % de l’offre de ce minerai, le continent pourrait gagner du terrain d’ici les prochaines années, porté par les projets en développement.
En 2024, la production africaine de graphite naturel a atteint 120 000 tonnes, en baisse annuelle de 30 %. C’est ce qu’indique l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans son rapport « Global Critical Minerals Outlook 2025 », attribuant notamment cette contre-performance aux problèmes opérationnels survenus à Balama, la plus grande mine de graphite du continent.
« La mine de Balama au Mozambique a déclaré une force majeure en raison de troubles civils, et la mine de Lindi en Tanzanie a rencontré des difficultés, après la mise sous administration de son propriétaire, aggravées par des problèmes logistiques au port de Dar es Salaam », explique le document.
Syrah Resources, la compagnie australienne qui opère la mine Balama, n’a en effet produit aucune tonne de graphite sur le site depuis juillet 2024. Si cette suspension a été l’une des causes du recul rapporté par l’AIE, l’exercice 2025 pourrait voir une reprise de la production africaine. Syrah prévoit en effet de reprendre la production sur le site d’ici la fin du mois de juin 2025, mais n’a encore annoncé aucune prévision de production à ce stade.
En parallèle, Tirupati mise sur une optimisation des performances de ses mines malgaches en 2025. La compagnie prévoit de porter sa capacité de production de 20 000 tonnes par an à 54 000 tonnes d’ici le mois de décembre. Cependant, rien ne permet encore d’anticiper une hausse globale de la production africaine à court terme.
Vers une croissance de la production africaine de graphite
Plusieurs projets de production de graphite sont en cours en Afrique et pourraient à terme booster la contribution de l’Afrique dans l’approvisionnement mondial de ce minerai. Au Malawi par exemple, Sovereign Metals développe le projet Kasiya, qui peut notamment livrer 233 000 tonnes de graphite sur une durée de vie de 25 ans.
Dans le même temps, l’australien Black Rock Mining s’active pour lancer la production sur la future mine Mahenge d’ici 2026 en Tanzanie. Ce projet devrait produire jusqu’à 340 000 tonnes de concentré de graphite par an. Il en est de même pour Blencowe Resources qui veut lancer le projet Orom-Cross d’ici la même échéance en Ouganda.
La concrétisation de ces projets est susceptible d’entraîner une forte croissance des volumes de graphite produits en Afrique. Dans un précédent rapport intitulé « World Energy Outlook 2024 », l’AIE prévoit que la part africaine dans la production de graphite devrait doubler pour atteindre 20 % d’ici 2030, contre 10 % actuellement.
Les producteurs africains pourraient même gagner davantage en influence, dans un contexte où la production chinoise de graphite devrait diminuer, selon l’institution. Rappelons que l’empire du Milieu représente actuellement environ 80 % de l’offre mondiale de graphite naturel.
Des inquiétudes subsistent
La croissance annoncée de la production africaine de graphite naturel pourrait toutefois se heurter aux défis actuels du marché. Depuis 2023, les prix du graphite sont sous pression, en raison d’une offre excédentaire et d’une demande en baisse, notamment dans le secteur des véhicules électriques. Selon ChemAnalyst, les prix des paillettes de graphite ont notamment baissé de 5,5 % pour atteindre 912 USD la tonne au premier trimestre 2025 aux USA.
Si cette situation ne semble pas remettre en question les perspectives à long terme, avec la forte demande des minéraux critiques attendue avec la transition énergétique, elle reste toutefois préoccupante à court terme. Cet état déprimant du marché peut en effet freiner les producteurs dans leur plan de développement des projets.
A Madagascar par exemple, NextSource, qui peine à atteindre la production commerciale sur sa mine Molo, soutient que « les conditions de marché difficiles ont ralenti les progrès » vers cet objectif. Pour rappel, la faiblesse du marché était également l’une des raisons ayant incité Syrah Resources à arrêter ses opérations à Balama en 2024.
Aurel Sèdjro Houenou
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