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12 mois de plus pour se conformer à la RDUE, pour un cacao sans déforestation en Afrique de l'Ouest

  • Date de création: 21 octobre 2024 13:25

(IDH) - L’entrée en application du Règlement de l’Union Européenne contre la déforestation et la dégradation des forêts (RDUE) est susceptible d’avoir un impact significatif sur la production de cacao en Afrique de l’Ouest. Alors que l’Union Européenne exige du cacao sans déforestation et traçable, les enjeux pour les chaînes d’approvisionnement en cacao de la région n’ont jamais été aussi élevés. Ce règlement ne concerne pas uniquement la conformité - il s'agit de trouver collectivement des solutions pour un cacao sans déforestation et de poursuivre ces efforts collectifs afin de garantir une rémunération équitable aux producteurs de cacao. La récente proposition de la Commission Européenne d’accorder un délai supplémentaire de 12 mois offre une opportunité unique aux parties prenantes d’intensifier leurs efforts. Cependant, l’urgence d’agir demeure.

Alors que nous explorons les possibilités qu’offre ce délai, une question essentielle se pose : comment veiller à ce que les petits producteurs, la colonne vertébrale de l’industrie du cacao, ne soient pas laissés pour compte ? Comment créer des chaines de valeur inclusives tout en respectant les normes strictes imposées par la RDUE ?

Protéger les producteurs, protéger les forêts : une approche intégrée pour un impact durable

Au cœur des chaînes d’approvisionnement en cacao de la Côte d'Ivoire, du Ghana et du Cameroun, se trouvent près de 2,4 millions de producteurs qui produisent la majorité des fèves de cacao vendues sur le marché international. Ils sont cependant confrontés à des risques accrus liés aux exigences de conformité, notamment lorsqu'ils se trouvent dans des zones proches des espaces protégés. Sans un soutien adéquat, ces producteurs risquent d'être exclus des marchés européens. Cette situation mettrait en péril leurs moyens de subsistance et contribuerait à accroître le risque de déforestation ; ces derniers se mettant en quête de sources de revenus alternatives.

La position d’IDH sur la RDUE est claire : si l’entrée en vigueur de cette réglementation représente une avancée significative dans les efforts de réduction de la déforestation, sa mise en œuvre ne doit en aucun cas entraîner l'exclusion des petits producteurs. Notre travail en Côte d'Ivoire, au Ghana et au Cameroun a démontré que des solutions inclusives existent—mais elles nécessitent une action conjointe des secteurs public et privé. Matthew Spencer, Directeur des Programmes - Paysages à IDH, souligne ceci en déclarant : « Le succès de ces efforts réside dans la collaboration pré-concurrentielle, où les entreprises se partagent une partie des coûts liés à la collecte des données de géolocalisation des parcelles et soutiennent la création de bases de données nationales des producteurs, fiables et inclusives. »

Bâtir des systèmes de traçabilité robustes

Aboutir à un cacao traçable n’est pas seulement une exigence de la RDUE : c’est un piller essentiel pour un secteur cacao capable de se maintenir tout en contribuant à la conservation des forêts. Mise en œuvre de manière efficace, la traçabilité pourrait devenir un vecteur d'amélioration des moyens de subsistance des producteurs de cacao et, à terme, leur garantir un revenu vital. 

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« Mettre en place dès maintenant des solutions public-privé qui non seulement permettent de se conformer à la réglementation, mais soutiennent également des chaînes d'approvisionnement exemptes de déforestation tout en garantissant un revenu vital est à la fois essentiel et l'opportunité à saisir », souligne Daan Wensing, Directeur général d'IDH.

Des pays comme la Côte d'Ivoire et le Ghana ont développé des systèmes nationaux de traçabilité, tels que le système national de traçabilité du Conseil Café-Cacao en Côte d'Ivoire et le Ghana Cocoa Traceability System (GCTS) du COCOBOD au Ghana. Ces systèmes permettent de géolocaliser les parcelles, d’enregistrer les données des producteurs et de suivre le cacao tout au long de la chaîne d’approvisionnement, du champ jusqu’au port. Plus de 2,2 millions de parcelles ont été cartographiées, et environ 1,5 million de producteurs disposent de cartes d'identité uniques en Côte d'Ivoire et au Ghana.

« Nous ne voulons pas perdre notre élan dans la préparation à la conformité à la RDUE, malgré l'annonce récente de la proposition de report de la date d'application », déclare Vincent Okyere Akomea, Directeur Général de la Cocoa Marketing Company et président du Comité Directeur du GCTS (Ghana).

Par ailleurs, une part importante du cacao provenant de sources d’approvisionnement indirect reste encore non tracée, et il est crucial d'assurer une interconnexion complète entre les systèmes opérés par les entreprises et les bases de données nationales. Grâce à des projets avec des partenaires clés au Ghana, en Côte d'Ivoire et au Cameroun, nous développons des solutions uniques basées sur les données pour relever ce défi et combler les lacunes entre des systèmes fragmentés. Au Ghana, par exemple, IDH collabore avec le COCOBOD et plusieurs entreprises du cacao pour tester sur le terrain l'intégration du GCTS, en améliorant la transparence et en identifiant des pistes concrètes de collaboration pour fournir des données de traçabilité complètes et fiables. Cela permettra, in fine, de réduire la duplication des efforts et de garantir l’inclusion de nombreux petits producteurs.

De même, en Côte d'Ivoire, IDH collabore avec le Conseil Café-Cacao pour faciliter l'accès des entreprises privées à la plateforme nationale de traçabilité, assurant ainsi un flux d'informations fluide et fiable de la parcelle au port. Au Cameroun, où les efforts de traçabilité en sont encore à un stade précoce, IDH sensibilise les coopératives de la région centre au respect de la RDUE, en favorisant l’utilisation d’une base de données commune initiée par le Conseil Interprofessionnel du Cacao et du Café (CICC). Cela démontre qu’une approche ascendante peut fournir des informations précieuses pour orienter le développement d'un système national de traçabilité.

Intégrer des systèmes de surveillance des forêts en temps réel

La surveillance des forêts est devenue un outil essentiel pour assurer la conformité à la RDUE, en fournissant des mécanismes permettant de vérifier que le cacao est issu de terres non déforestées.

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Les systèmes basés sur une surveillance satellitaire permettent aux parties prenantes de suivre les changements d’utilisation des terres en temps réel, permettant ainsi aux autorités nationales de réagir rapidement aux alertes de déforestation et aux entreprises privées d’assurer la diligence raisonnable dans leurs chaînes d’approvisionnement. De plus, l’UE classera les pays en risque faible, standard ou élevé en fonction des niveaux de déforestation, et des systèmes de surveillance robustes contribueraient à améliorer leur classification de risque.

Des pays comme la Côte d'Ivoire et le Ghana ont déjà pris des mesures proactives pour détecter et répondre aux risques de déforestation grâce à la surveillance par satellite, renforçant ainsi leur capacité à répondre aux normes de la RDUE. Bien que ces systèmes ne soient pas encore pleinement opérationnels, IDH soutient les parties prenantes afin de rendre ces systèmes interopérables et réplicables à grande échelle. Cela inclut le renforcement des capacités des agences nationales de surveillance forestière, l'assistance dans les tests des procédures d'alerte à la déforestation et l'intégration des données du secteur privé dans les cadres nationaux.

Le travail d’IDH au niveau des paysages au Cameroun démontre que la mise en œuvre de l'EUDR peut aller au-delà de la conformité réglementaire pour avoir un impact plus large. Dans la région du Grand Mbam, le projet pilote d’IDH combine des solutions basées sur l’inclusion communautaire avec la surveillance par satellite pour aider les producteurs à se conformer aux exigences de la RDUE sans les submerger avec les coûts financiers ou logistiques. Ce projet pilote est conçu non seulement pour la surveillance des forêts, mais aussi pour responsabiliser les communautés locales afin qu'elles s’engagent activement dans la conservation des forêts. 

Agir maintenant

La RDUE représente à la fois un défi de taille et une opportunité sans précédent pour transformer le secteur du cacao, non seulement en se conformant aux normes zéro-déforestation, mais aussi en se préparant à l’entrée en vigueur de la Directive Européenne sur la diligence raisonnable des entreprises en matière de développement durable (CSDDD) et en travaillant à réduire le gap du revenu vital des producteurs.  « Les 12 mois supplémentaires proposés par la Commission Européenne ne doivent pas être considérés comme un temps de répit, mais plutôt comme une opportunité d’amplifier ce qui fonctionne et d’inclure plus de producteurs de cacao dans les chaînes d’approvisionnement durables et de jeter les bases des avancées futures en matière de CSDDD et de revenu vital. La collaboration est la seule voie possible », affirme Tessa Meulensteen, Directrice des Programmes - Commodités Agricoles à IDH. 

Bien que ces 12 mois supplémentaires puissent soulager certaines pressions immédiates, cela ne doit en aucun cas ralentir les efforts, ni rouvrir le débat pour modifier le cœur du règlement. Cette extension offre plutôt une opportunité d'accélérer les investissements dans les systèmes de traçabilité, le recensement des producteurs et le renforcement des mécanismes de partage des données. En déployant les solutions existantes à grande échelle et en forgeant des partenariats plus solides, nous pouvons garantir que les producteurs soient pleinement intégrés dans des chaînes d'approvisionnement en cacao conformes et à forte valeur ajoutée. Cela nous donne l’opportunité de jeter les bases nécessaires à la mise en œuvre de la CSDDD et de garantir, in fine, un revenu vital pour les producteurs. La collaboration pré-concurrentielle, l’innovation et l’inclusivité sont essentielles pour atteindre cet objectif. Le moment d'agir, c’est maintenant—saisir cette opportunité n'a jamais été aussi crucial pour transformer le secteur du cacao.

A propos d’IDH

IDH est une organisation mondiale qui travaille avec divers partenaires afin de transformer les marchés au profit des personnes, de la planète et du progrès. IDH réunit depuis 15 ans, des acteurs engagés sur les marchés mondiaux afin de créer les conditions optimales de travail et une meilleure rémunération pour les travailleurs. Elle œuvre également à l’adoption par ces acteurs de pratiques éco-responsables et inclusives pour tous. Son approche, unique en son genre, est fondée sur la facilitation de partenariats, la cocréation et le cofinancement de projets visant à relever les principaux défis de la chaine de valeur, tels que la déforestation, les revenus des travailleurs, la répartition de la valeur et le changement climatique. Pour en savoir plus sur IDH. LinkedIn, Instagram, Youtube

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