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Claude Borna : « Ebony Life Media et Semè City visent bien au-delà de la simple formation cinématographique » (Interview)

  • Date de création: 17 octobre 2024 11:15

(Agence Ecofin) - Semè City, le hub d'innovation public au Bénin a conclu un partenariat avec le groupe audiovisuel Ebony Life Media dirigé par la Nigériane Mo Abudu, qui collabore notamment avec Netflix, Amazon Prime Video et Sony Pictures Television. Claude Borna, la DG de Semè City, dévoile à Ecofin les détails sur l’accord et sur la stratégie globale de l’Agence dans les industries créatives et culturelles.

Agence Ecofin :Semè City vient de nouer un partenariat avec le groupe audiovisuel nigérian Ebony Life Media. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette collaboration ?

Claude Borna :Nous avons effectivement signé un accord de collaboration avec Ebony Life Media, qui s’inscrit dans une initiative plus vaste visant à soutenir les industries créatives et culturelles au Bénin. Ce partenariat reflète la volonté du gouvernement, visible à travers diverses actions dans le domaine des arts plastiques et visuels, et visant à renforcer l'attractivité touristique du Bénin.

Nous intervenons spécifiquement dans l'accompagnement et la formation. Un exemple marquant est notre programme d’appui au cinéma d'animation, lancé l'année dernière. Ce programme a pour objectif d’aider les jeunes talents à évoluer dans ce domaine en leur offrant des formations techniques pour devenir animateurs, ainsi qu'une formation en gestion managériale pour apprendre à créer et diriger un studio d'animation tout en développant un modèle économique viable. Notre ambition est de reproduire ce modèle pour l'ensemble des industries de l'écran, que ce soit le cinéma, l'audiovisuel ou le jeu vidéo.

Comme voisin du Nigeria, qui est le 2e producteur mondial, le Bénin se trouve dans une position favorable pour développer son secteur cinématographique. Notre volonté est de tirer parti de cette dynamique

Comme voisin du Nigeria, qui est le 2e producteur mondial, le Bénin se trouve dans une position favorable pour développer son secteur cinématographique. Notre volonté est de tirer parti de cette dynamique, par exemple en formant de jeunes talents et en leur donnant la possibilité de travailler avec des professionnels nigérians. Cette synergie leur donnera accès à l'expertise développée de l’autre côté de la frontière, facilitant ainsi la création d'un écosystème local intégré dans la chaîne de valeur de la production cinématographique et télévisuelle.

C'est dans ce cadre que nous mettons en place le Film Lab en collaboration avec Ebony Life, qui se distingue parmi les leaders au Nigeria en termes de qualité de production et de distribution de contenu sur des plateformes comme Netflix et Amazon Prime Video. Nous avons décidé ensemble de créer un programme qui accompagnera les jeunes talents béninois dans 2 domaines clés : l'écriture de scénarios et la production cinématographique.

Ce programme s'étendra sur 18 mois, répartis en 2 phases. Les 8 premiers mois seront consacrés à l'apprentissage des techniques de développement d'idées, afin de les rendre suffisamment fortes pour capter un large public et participer à l'émergence de nouveaux récits, un enjeu crucial sur le continent. Cela nous permettra également de mettre en valeur le Bénin sur la scène internationale.

AE : la mise en valeur du Bénin est un aspect important de ce partenariat ?

CB : Absolument. Dans le cadre du programme, nous souhaitons tourner des scènes au Bénin afin de mettre en lumière les progrès réalisés dans divers domaines. La 2e phase se concentrera sur la production cinématographique, permettant aux participants d'apprendre à obtenir des financements, à constituer une équipe et à concevoir comme produit final un court-métrage ou le pilote d'une série. Nous espérons à l'issue de ce Film Lab, être en mesure de présenter au moins 3 projets qui auront une reconnaissance au-delà des frontières du Bénin.

AE : Donc, avec Ebony Life Media, le programme s’articule-t-il uniquement autour de la formation ?

CB : En réalité, ce n’est pas qu’une initiative de formation, car dans les industries de l'écran, la formation seule ne suffit pas. Nous sommes véritablement en train de créer un écosystème, et ce qu'il faut, ce sont des programmes d'incubation. Il y a bien sûr un volet d'accompagnement technique et de formation, mais également tout ce qui concerne le réseautage et la mise en relation avec les acteurs du secteur, qu'il s'agisse de financiers ou de distributeurs.

Il est crucial que les jeunes professionnels du domaine comprennent que la gestion d'une production cinématographique ne peut se faire de manière isolée. C'est un ensemble de métiers qui doivent travailler de concert. Par exemple, il faut des personnes qui s’occupent des costumes, d’autres à la gestion du son, à la direction artistique, à la création des décors, etc. Il s'agit d'un véritable travail d'équipe qui peut inclure des professionnels basés au Bénin ou ailleurs.

Vous savez qu'au Bénin, une restructuration est en cours pour les chaînes de télévision publiques. Les nouvelles chaînes auront un besoin urgent de contenu, et nous espérons que certains des participants à notre programme pourront devenir des fournisseurs. Ainsi, notre initiative avec Ebony Life Media va bien au-delà de la simple formation, c'est un programme complet. Le partenariat englobera également le secteur de la distribution. Le Nigeria présente un très gros marché dont nous pourrions tirer parti.

Au Bénin, une restructuration est en cours pour les chaînes de télévision publiques. Les nouvelles chaînes auront un besoin urgent de contenu, et nous espérons que certains des participants à notre programme pourront devenir des fournisseurs.

La collaboration pourrait aussi inclure des aspects comme le doublage. Par exemple, nous prévoyons de rendre la série que nous tournons avec Mediawan et TV5 disponible en plusieurs langues, dont des langues locales et quelques-unes des plus parlées en Afrique. Nous envisageons même de tourner directement dans ces langues. Le but est d'intégrer tous les éléments de la chaîne de valeur des industries créatives et culturelles dans nos programmes.

AE : Ces derniers mois vous avez lancé de nombreuses initiatives dans le secteur des industries créatives. Il y a eu l’annonce de votre collaboration avec TV5 et Mediawan pour la création d’une série, la réalisation d’une étude sur les industries de l’écran au Bénin, la formation en partenariat avec Future of Film. Pouvez-vous nous expliquer cet intérêt récent pour les industries créatives et culturelles ?

CB : Semè City est un hub d'innovation touchant divers secteurs, avec pour objectif de créer des opportunités d'emploi pour notre jeunesse. Les industries créatives génèrent plusieurs milliards de dollars en termes de PIB dans plusieurs pays africains. Une étude de l’UNESCO affirme que si toutes les conditions sont réunies, le cinéma africain pourrait atteindre un chiffre d'affaires annuel de 20 milliards USD et créer plus de 20 millions d'emplois. Nous observions donc ce secteur avec un grand intérêt.

Ici, les parents ne poussent traditionnellement pas leurs enfants vers ces domaines. Ils préfèrent les orienter vers des secteurs plus conventionnels. Pourtant, il existe un formidable potentiel dans les industries créatives et culturelles.

Historiquement, ce secteur n'a pas forcément toujours été une priorité. Je le dis avec un sourire, mais même ici, les parents ne poussent traditionnellement pas leurs enfants vers ces domaines. Ils préfèrent les orienter vers des secteurs plus conventionnels. Pourtant, il existe un formidable potentiel dans les industries créatives et culturelles. Lors de notre formation sur l'animation, nous avons enregistré de nombreux candidats avec déjà une activité professionnelle.

Nous avons vu des jeunes qui étaient comptables de formation, et sans un cadre pour laisser s'exprimer leur créativité, ils auraient pu devenir des talents perdus pour le Bénin dans le domaine de l'animation. Nous sommes en train de nous assurer que le cadre réglementaire est en place, notamment en ce qui concerne les incitations fiscales et autres mesures incitatives pour ceux qui souhaitent produire au Bénin. C'est un aspect que des pays comme l'Afrique du Sud ont très bien maîtrisé. Aujourd'hui, tourner un film en Afrique du Sud vous coûte 40% à 50% moins que le faire aux USA, grâce aux incitations mises en place par le gouvernement.

Aujourd'hui, tourner un film en Afrique du Sud vous coûte 40% à 50% moins que le faire aux Etats-Unis, grâce aux incitations mises en place par le gouvernement.

Le partenariat signé avec Mediawan et TV5 pour réaliser une série télé quotidienne est également très prometteur. En effet, avec 220 épisodes dans sa première année, elle représente plus de 300 emplois créés. C'est une véritable industrie quand une série fonctionne bien, elle peut durer des décennies, et le public grandit avec elle, s'appropriant les personnages qui deviennent une part de son quotidien.

Nous comptons donc mettre en place tous ces éléments-là pour créer une dynamique qui générera non seulement des emplois pour nos jeunes, mais attirera aussi des capitaux et des investissements au Bénin. De plus, il y a un aspect très important à considérer, celui du Soft power. Une série ou un film tourné au Bénin contribue à promouvoir le pays et nos cultures. C'est donc important d'un point de vue touristique, de développer cette industrie.

AE : Quelle est la prochaine étape de ce développement des industries culturelles et de la participation de Semè City dans ce secteur au Bénin ?

CB : La prochaine étape implique plusieurs éléments, notamment l'élaboration d'un cadre réglementaire adéquat et le développement des infrastructures nécessaires. Il faut des installations de tournage équipées de matériels et technologies de pointe pour permettre à nos talents de réaliser des productions de qualité. C'est un point essentiel sur lequel nous travaillons actuellement. Nous sommes en train de préparer ces infrastructures notamment sur le site que nous construisons dans la ville de Ouidah. Ce site abritera aussi le tournage de notre série avec TV5 et Mediawan.

En ce qui concerne la formation, il s’agit d’un pilier fondamental chez Semè City. Nous souhaitons offrir des formations qualifiantes et diplômantes accessibles non seulement aux étudiants béninois, mais également à ceux d'autres pays africains. Parce que lorsqu’on examine la situation en Afrique de l'Ouest, on constate qu'il existe peu d'écoles de cinéma. Il est important d'avoir des établissements d'enseignement liés à l'industrie pour permettre aux apprenants d'acquérir de l'expérience sur des tournages et de mettre en pratique leurs connaissances.

Il est important d'avoir des établissements d'enseignement liés à l'industrie pour permettre aux apprenants d'acquérir de l'expérience sur des tournages et de mettre en pratique leurs connaissances.

Nous évaluons également des possibilités de coproduction de films avec d'autres pays, et voilà globalement les réflexions et actions que nous menons actuellement dans le secteur.

AE : Y a-t-il un autre aspect du partenariat que vous n’avez pas abordé ?

CB : Cet accord avec Ebony Life Media est emblématique d'un partenariat Sud-Sud. Ce type de collaboration est essentiel, car il démontre que nous pouvons tirer parti de nos ressources, de notre créativité et de nos talents locaux pour produire en Afrique des œuvres de qualité pouvant rivaliser sur la scène internationale.

Pour en savoir plus sur ce programme et découvrir comment il peut façonner l'avenir des industries créatives en Afrique, je vous invite à visiter le site internet dédié à l'adresse suivante : www.semecity.ebonylifecreativeacademy.com.

Propos recueillis par Servan Ahougnon

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