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Le Kenya veut créer un environnement favorable à l’adoption des OGM

  • Date de création: 15 mai 2025 06:40

(Agence Ecofin) - Au Kenya, de nombreux agriculteurs sont réticents à l’intégration de cultures OGM, principalement en raison des incertitudes qui persistent quant à leur impact sur la durabilité des systèmes de production. Pourtant, le gouvernement considère ces technologies comme stratégiques pour la sécurité alimentaire.

Au Kenya, l’Autorité nationale de biosécurité (NBA), organisme public chargé de superviser l’usage des organismes génétiquement modifiés (OGM), a initié une campagne nationale de sensibilisation visant à combattre «la désinformation généralisée», concernant les OGM dans le pays. L’information rapportée par les médias le 5 mai dernier a été révélée par Jenesio Kinyamario, président du conseil d’administration de la NBA.

Cette démarche s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre, jusqu’en 2027, du plan stratégique de la NBA pour le développement de la biotechnologie dévoilé par le gouvernement le même jour. L’un des principaux objectifs de cette feuille de route, dont la mise en œuvre nécessite un budget de 1,94 milliard de shillings (15 millions $), est de renforcer la sensibilisation du public aux enjeux de biosécurité et à la technologie des OGM.

Elle vise en particulier les agriculteurs et les consommateurs, dont une large part demeure méfiante face à la sécurité et aux bénéfices potentiels de la biotechnologie. Selon une étude menée en 2022 par Infotrak Research and Consulting, une société kényane de sondages et d'études de marché, seuls 43 % des Kényans se déclarent favorables à la consommation d’OGM, contre 57 % qui demeurent encore sceptiques.

Ecart entre les préoccupations des agriculteurs et la position du gouvernement

Dans un contexte de conflit entre le gouvernement, qui cherche à introduire les OGM pour améliorer la productivité du secteur agricole, et les petits agriculteurs ainsi que les activistes, qui y voient une menace pour la souveraineté alimentaire du pays, la Cour d’appel du Kenya a interdit l’importation de maïs génétiquement modifié dans le pays en mars 2025.

Cette décision de justice fait suite à un recours introduit par la société civile, représentée par des organisations telles que la Kenyan Peasants League, l’Association kényane pour la biodiversité et la biosécurité (BIBA) et 18 autres parties prenantes. Les plaignants contestaient la levée, en octobre 2022, d’un moratoire de 10 ans sur les OGM, annoncée par le président William Ruto pour répondre à l’insécurité alimentaire après une période de sécheresse prolongée.

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Si le gouvernement mise sur les OGM pour améliorer la résilience climatique du secteur agricole et sécuriser l’approvisionnement alimentaire, les arguments avancés par les agriculteurs pour rejeter cette orientation ne sont pas pour autant à négliger. La société civile redoute que l’introduction des OGM ne conduise à une mainmise accrue des multinationales sur les semences, au détriment des systèmes traditionnels gérés par les agriculteurs.

En effet, les semences OGM sont souvent liées à des contrats de propriété intellectuelle interdisant aux agriculteurs de réutiliser leurs propres semences, les rendant dépendants de fournisseurs comme l’Allemand Bayer.

La société civile dénonce ainsi un risque de dépendance accrue des producteurs locaux envers des semences brevetées, ce qui compromet leur droit ancestral à sauvegarder, échanger et reproduire leurs propres variétés. « Nous ne nous opposons pas seulement aux OGM, nous nous battons aussi pour la protection de nos variétés de semences indigènes, pour le droit des agriculteurs à conserver et échanger leurs semences, et pour la préservation de notre biodiversité agricole. Il s’agit de garantir la souveraineté alimentaire pour les générations futures », a déclaré Cidi Otieno, un responsable de la Kenyan Peasants League, dans un communiqué de presse le 25 mars dernier.

Pour la société civile, les OGM mettent en péril la biodiversité, la résilience climatique des cultures locales et les pratiques agroécologiques éprouvées, qui sont perçues comme plus durables et adaptées aux réalités paysannes. En suspendant la décision gouvernementale d’importer du maïs génétiquement modifié, la Cour d’appel a ordonné l’arrêt immédiat de toute action liée à l’introduction et à la promotion des OGM dans le pays, en attendant une audience complète. Celle-ci devra déterminer si la levée du moratoire en 2022 a été prise dans le respect de la loi et de l’intérêt général.

À travers la campagne nationale de sensibilisation lancée sur les OGM, le gouvernement cherche avant tout à convaincre les producteurs d’adhérer à sa vision d’un développement agricole fondé sur l’innovation technologique. Un défi de taille, dans un contexte où la société reste divisée sur la question.

Des opportunités à saisir ?

Pourtant, les données économiques plaident en faveur d’une adoption mieux encadrée. Une étude publiée en novembre 2024 par le think tank américain The Breakthrough Institute, en collaboration avec quatre autres institutions africaines et internationales, évalue à 157 millions $ le manque à gagner associé aux retards dans la commercialisation du maïs Bt, du coton Bt et de la pomme de terre résistante au mildiou au Kenya.

Intitulée « Genetically Modified Crops in Kenya: The Cost of Delay», l’étude estime que la culture du maïs Bt, résistant à la chenille légionnaire et à la pyrale, aurait pu générer 67 millions $ de gains en cinq ans si elle avait été introduite dès 2019. « Le coton Bt, commercialisé tardivement en 2020, a engendré 1,2 million $ de pertes économiques. Quant à la pomme de terre 3R-gène résistante au mildiou, un retard de cinq ans réduirait les bénéfices de 89 millions $, affectant durement les petits producteurs », souligne également l’étude. Ces retards sont principalement attribués à l’interdiction des OGM entre 2012 et 2022 dans le pays.

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Malgré ce retard, les perspectives restent prometteuses. Selon les auteurs du rapport, la généralisation du maïs Bt, du coton Bt et de la pomme de terre résistante au mildiou pourrait générer jusqu’à 467 millions $ de bénéfices sur les 30 prochaines années, grâce à des gains de productivité, une réduction des pertes agricoles et une hausse des revenus escomptés pour les petits exploitants.

Si le gouvernement ne parvient pas à lever les inquiétudes légitimes sur la souveraineté semencière, la dépendance technologique ou les impacts à long terme sur les écosystèmes agricoles, les technologies OGM resteront marginalisées malgré leur potentiel économique. À l’inverse, une meilleure intégration des préoccupations de la société civile dans la feuille de route de la NBA pourrait ouvrir la voie à une approche plus inclusive, où les innovations génétiques cohabiteraient avec des pratiques agroécologiques déjà éprouvées.

Stéphanas Assocle

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