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Afrique du Sud : Trump s’immisce à nouveau dans le débat sur les réformes foncières

  • Date de création: 03 février 2025 06:17

(Agence Ecofin) - Jeudi 23 janvier, le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a promulgué une très attendue loi sur l’expropriation foncière sans compensation. Dimanche 2 février, son homologue américain a menacé de suspendre son aide face à ce qu’il qualifie de « violation des droits de l’homme ».

Les Etats-Unis envisagent de suspendre leur aide à l'Afrique du Sud, une semaine après que le président Cyril Ramaphosa a promulgué une loi autorisant l'expropriation foncière sans compensation. Dans un message publié sur son réseau social « Truth Social », le président américain, Donald Trump, a vivement critiqué cette réforme, dénonçant des expropriations et un traitement « très mauvais » envers « certaines catégories de personnes » par le gouvernement sud-africain.

« Une violation massive des droits de l’homme est en train de se produire sous les yeux de tous. Les Etats-Unis ne resteront pas passifs et prendront des mesures », a déclaré le locataire de la Maison Blanche dans son style habituel. Il a ajouté : « je suspendrai tout financement à l’Afrique du Sud tant qu’une enquête complète sur cette situation n’aura pas été menée ».

Bien qu’il s’agisse de la première fois que Trump menace directement de suspendre l’aide américaine à Pretoria, ce n’est pas son premier commentaire sur les expropriations foncières en Afrique du Sud. En 2018, il avait affirmé – à tort – qu’un massacre de fermiers blancs était en cours en Afrique du Sud. Il avait alors appelé son secrétaire d’Etat de l’époque, Mike Pompeo, à ouvrir une enquête. Ramaphosa avait alors fermement démenti ces accusations. 

Une question hautement sensible

La réforme foncière est une question particulièrement sensible en Afrique du Sud. Depuis la fin officielle de l’apartheid en 1994, les inégalités dans la répartition des terres restent flagrantes : 81% de la population sud-africaine est noire, mais elle ne détient que 4% des terres, tandis que la minorité blanche, qui représente 8% de la population, en possède 72%. 

Après des décennies de tentatives infructueuses, Cyril Ramaphosa a signé le jeudi 23 janvier 2025 la loi d’expropriation foncière sans compensation, qui remplace celle de 1975. Ce texte permet aux autorités étatiques – locales, provinciales ou nationales – de procéder à des expropriations dans l’intérêt public, notamment pour promouvoir une meilleure inclusion sociale et un accès élargi aux ressources naturelles. 

Selon le gouvernement sud-africain, « l’expropriation ne peut être réalisée de manière arbitraire et doit répondre à un objectif d’intérêt public ou d’utilité publique. Avant toute action, l’autorité compétente doit avoir tenté d’obtenir un accord amiable avec le propriétaire en proposant des conditions raisonnables ».

Des tensions diplomatiques à venir ? 

Pour l’instant, les autorités sud-africaines n’ont pas officiellement réagi aux déclarations de Donald Trump, qui a débuté son second mandat avec des prises de position musclées, incluant des menaces de guerres commerciales et des suspensions d’aides étrangères. 

Historiquement, les Etats-Unis ont toujours été un partenaire clé de l’Afrique du Sud. En 2023, les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint 21 milliards de dollars, selon les données de Trademap. Entre 2004 et 2022, Pretoria a également bénéficié de plus de 7,25 milliards de dollars dans le cadre du plan présidentiel d’aide d’urgence à la lutte contre le sida (PEPFAR) et de programmes de l’USAID visant à soutenir les PME, promouvoir l’éducation, améliorer les compétences professionnelles et lutter contre les violences sexistes. 

Cependant, cette solide coopération pourrait être mise à rude épreuve. Outre la controverse sur les réformes foncières, un autre point de friction se dessine : le projet de « dédollarisation » porté par les BRICS. Il y a quelques jours, Trump a menacé d’augmenter les droits de douane pour les pays membres des BRICS s’ils abandonnaient le dollar dans leurs échanges. Cette situation place Ramaphosa, dont le pays est un influent membre du groupe, face à un défi diplomatique de taille.

Moutiou Adjibi Nourou

Edité par M.F. Vahid Codjia

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