(Agence Ecofin) - Face au repositionnement des grandes puissances sur le continent africain, la coopération au développement est devenue un terrain de rivalité économique intense, où les programmes de formation participent aussi à des stratégies d’influence géopolitique.
La formation aux outils numériques constitue, depuis quelques années, l’un des vecteurs du soft power nippon en Afrique. Le vendredi 28 août, l’Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche (UNITAR) a annoncé un partenariat avec HP Inc. pour former 2 000 entrepreneurs issus de 11 pays africains. Le programme, financé par le gouvernement japonais, court d’août 2026 à février 2027.
La nature des bénéficiaires révèle la logique derrière l’initiative. Ce ne sont pas des étudiants ni des demandeurs d’emploi, mais des professionnels, entrepreneurs et praticiens déjà opérationnels. Cette formation peut ainsi permettre à Tokyo de renforcer ses liens avec les futurs acteurs des écosystèmes numériques africains. Ce n’est donc pas une simple coopération au développement. C’est aussi du positionnement stratégique sur des marchés en expansion.
HP Inc. mobilise AI Foundry, son programme de montée en compétences numériques, au sein du dispositif UNITAR. Ses outils s’inscrivent dans une formation onusienne à financement japonais. D’après le communiqué officiel, elle débouchera sur « une table ronde Afrique-Japon prévue en 2027 ». Ce rendez-vous n’est pas anodin. Il cadre avec la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD), une initiative nippone pour consolider son influence sur le continent.
La logique TICAD décodée
Loin d’être philanthropique, cet événement sert de levier à l’expansion économique japonaise en Afrique. Au TICAD8, tenu en août 2022, Tokyo avait promis 30 milliards de dollars d’investissements d’ici 2025. Trois ans plus tard, lors de l’édition d’août 2025, le Premier ministre Ishiba Shigeru a fixé un nouvel objectif. Le Japon formerait 30 000 experts africains en IA sur trois ans, selon le communiqué officiel nippon. Il a simultanément appelé les entreprises japonaises à investir davantage sur le continent.
Le mécanisme repose sur une logique similaire. Former des entrepreneurs africains à l’IA permet notamment d’anticiper la demande pour les solutions technologiques nippones. Ankit Khandelwal, représentant de Mitsubishi UFJ Financial Group (MUFG), l’a clairement exprimé lors du TICAD9. « Nous souhaitons trouver des solutions pratiques pour renforcer l’engagement du secteur privé japonais sur le continent africain », a-t-il déclaré. Takehiko Matsuo, vice-ministre aux Affaires internationales au ministère nippon de l’Économie, a abondé dans le même sens. Pour lui, l’Afrique est une destination où « les entreprises japonaises peuvent se développer ». Derrière la formation se trouve un marché que Tokyo vient sécuriser face à un rival de poids.
Un contexte de rivalité assumée
La Chine domine les investissements en Afrique. Face à elle, le Japon impose un modèle alternatif fondé sur l’expertise technologique. L’Agence japonaise de coopération internationale (JICA) prévoit 1,5 milliard de dollars d’investissements d’impact sur le continent. Ce montant figure dans les conclusions du TICAD9. L’agence japonaise Nippon Export and Investment Insurance (NEXI), qui garantit les opérations transfrontalières des entreprises japonaises en matière de commerce, d’investissement et de financement, évaluait à 1 500 milliards de yens ses engagements envers l’Afrique en mars 2025. La formation en IA est le versant immatériel de ce dispositif massif.
Cette initiative intervient alors que l’Afrique reste le dernier grand marché mondial du numérique peu saturé. Le Réseau des décideurs africains sur l’IA (REDAA) est formel. Son rapport de mai 2025 indique que 62 % des organisations africaines manquent d’une formation dédiée à cette technologie. Ce déficit est précisément le terrain que les puissances extérieures cherchent à occuper, chacune à son avantage.
Félicien Houindo Lokossou
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