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L’Afrique adopte un plan pour enfin employer les diplômés du secteur de la santé

L’Afrique adopte un plan pour enfin employer les diplômés du secteur de la santé
  • Date de création: 30 août 2026 19:11

(Agence Ecofin) - L’Afrique a plus que triplé son nombre d'agents de santé en 10 ans. Pourtant, le continent ne dispose pas encore de l’effectif nécessaire, et près de 1 million de soignants formés demeurent sans emploi.

Réunis lors de la 76e session du Comité régional de l’OMS pour l’Afrique, les ministres africains de la Santé ont adopté le mercredi 26 août à Addis-Abeba un agenda décennal pour leurs personnels. Le texte engage les 47 États membres à former, employer et retenir 3 millions d’agents supplémentaires d’ici 2035. Il marque un glissement stratégique majeur. Jusqu’ici, les politiques africaines de santé misaient avant tout sur la formation. L’Agenda pour les personnels de santé en Afrique 2026-2035 reconnaît désormais que former ne suffit pas : il faut aussi créer les conditions pour que ces agents restent en poste.

Ce changement d’approche repose sur un diagnostic sans appel. En 2024, l’Afrique comptait 5,72 millions de personnels de santé, soit plus du triple du nombre enregistré en 2013. Pourtant, la région ne dispose que de 46 % des effectifs dont elle a besoin. Selon le rapport État de la main-d’œuvre de santé en Afrique 2026, environ 943 000 agents formés étaient au chômage. Ce chiffre représente près de trois fois la production annuelle de diplômés, estimée à 325 809. L’OMS qualifie sans détour cette situation de défaillance du marché du travail. Ce n’est pas un défaut de formation.

Un paradoxe aux conséquences visibles

Parmi les nouveaux diplômés en 2024, 46 % des sages-femmes et 58 % des médecins étaient sans emploi. Le taux atteignait même 69 % pour les infirmiers. Dans plusieurs pays, plus de la moitié des agents présents dans les établissements de santé travaillent à titre de bénévoles. Au Kenya, un gel des embauches imposé par le Trésor en 2023 a laissé 5000 infirmiers qualifiés sans poste.

Les hôpitaux manquaient pourtant de personnel. Ce paradoxe n’est pas un accident. Il résulte d’une absence de coordination entre les ministères de la Santé, des Finances et du Travail. Le nouvel agenda africain en fait une priorité explicite en appelant à des mécanismes formels de concertation entre ces trois acteurs.

Par ailleurs, l’intention de migrer reste élevée parmi les soignants africains. Selon le rapport 2026, au moins 46 % d’entre eux envisagent de quitter leur pays, contre 42 % en 2024. Cette hémorragie compromet les investissements dans la formation.

Investir dans le personnel soignant : un calcul économique, pas seulement humanitaire

L’OMS ne se contente pas de dresser un bilan. Elle chiffre aussi le coût de l’inaction et le rendement de l’investissement. Combler le déficit nécessiterait un apport supplémentaire de 4 à 6 $ par personne et par an. Chaque dollar investi dans les personnels de santé peut générer jusqu’à 10 $ de retour économique. Les bénéfices sociaux sont estimés à trente fois la mise initiale. Sans action décisive, la région pourrait manquer de plus de 6 millions d’agents de santé d’ici 2035.

L’Agenda 2026-2035 fixe des cibles mesurables. D’ici à cette date, 80 % des pays devront disposer de stratégies alignées sur le texte adopté à Addis-Abeba. Le taux de chômage moyen parmi les agents de santé devra tomber de 27 % à 13 %. La densité de professionnels de santé devra passer de 27 à 47 pour 10 000 habitants.

Mohamed Yakub Janabi, directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, le résume clairement : former des agents de santé n’est que le début. L’enjeu est de créer les conditions pour qu’ils puissent servir, progresser et rester là où ils sont plus utiles.

Félicien Houindo Lokossou

Lire aussi : 09/05/2026 - LAfrique forme plus de 325 000 professionnels de santé par an et ce n est pas assez (le point santé)

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