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Or : le Burkina Faso face au défi d’alimenter sa raffinerie de 150 tonnes

Or : le Burkina Faso face au défi d’alimenter sa raffinerie de 150 tonnes
  • Date de création: 28 septembre 2026 09:51

(Agence Ecofin) - Le secteur minier africain prend doucement mais sûrement un nouveau virage. Il ne s’agit plus seulement d’extraire les ressources, mais aussi de développer des capacités de raffinage pour retenir davantage de valeur sur le continent. L’or figure parmi les filières qui portent cette ambition.

Près de trois ans après la pose de la première pierre, le Burkina Faso s’apprête désormais à accueillir sa première raffinerie d’or. Baptisée Raffinor-BF, cette installation d’une capacité d’affinage de 150 tonnes par an sera officiellement inaugurée ce lundi 28 septembre 2026. Mais au-delà de cette étape, le pays devra désormais s’atteler à relever le défi de valoriser effectivement son or dans des conditions permettant à l’usine d’exploiter pleinement son potentiel.

Lancée en novembre 2023 avec la société malienne Marena Gold, Raffinor-BF est aujourd’hui portée par la SONASP, qui détient, selon le rapport ITIE 2024, 100 % de la raffinerie après le rachat des titres initialement détenus par son partenaire malien. D’un coût estimé à 7 milliards de FCFA (environ 12 millions de dollars), hors valeur foncière, selon l’ITIE-Burkina Faso, l’installation vise une production d’or à 99,99 % de pureté. Elle devra pour cela s’approvisionner auprès des exploitations industrielles et artisanales, mais aussi recourir aux importations, ajoute l’organisation.

Sécuriser la production nationale

C’est précisément à la question de l’approvisionnement que Ouagadougou devra désormais s’attaquer. Comme toute unité industrielle, Raffinor-BF devra disposer d’un flux régulier de matière première pour exploiter sa capacité annuelle d’affinage de 150 tonnes d’or dans des conditions permettant de maintenir un équilibre entre coûts d’exploitation et rentabilité. Cette ambition intervient alors que la production nationale a dépassé 94 tonnes en 2025, dont près de 43 tonnes issues de l’exploitation artisanale et semi-mécanisée.

Ce niveau de production traduit en réalité une progression importante depuis le lancement du projet. En 2022, le Burkina Faso avait déclaré 57,67 tonnes d’or issues de l’exploitation industrielle et environ 0,48 tonne provenant de l’artisanat. Depuis, les autorités ont notamment entrepris de renforcer leur contrôle sur la filière artisanale, à travers la collecte de l’or par la SONASP. Mais aussi importante soit-elle, la hausse de la production nationale ne garantit pas systématiquement l’approvisionnement de l’usine. Raffinor-BF devra encore trouver sa place dans les circuits d’approvisionnement des grandes mines, en complément de l’or artisanal entrant dans les circuits gérés par l’État.

Les dynamiques autour de l’or industriel sont particulièrement importantes. Le cadre réglementaire actuellement en vigueur dans le pays offre déjà un levier dans ce sens. Le Code minier adopté en 2024 impose aux titulaires de permis d’exploitation industrielle de grande ou de petite mine de transformer ou valoriser une partie de leur production sur le territoire national. Un décret adopté en avril 2025 est venu préciser le cadre applicable à cette obligation. Pour l’or, il prévoit notamment que la production concernée est le lingot brut susceptible d’être affiné dans une raffinerie, tandis que la proportion à transformer ou valoriser doit être fixée par arrêté du ministère des Mines.

Pour les autorités, l’enjeu sera donc de créer les conditions commerciales susceptibles d’inciter les producteurs industriels à respecter la réglementation et à réserver une part de leur or à la nouvelle capacité nationale de raffinage. Le Ghana offre à cet égard un précédent intéressant. Depuis juillet 2026, le gouvernement a conclu un accord avec les mineurs industriels pour racheter 30 % de leur production, avec pour objectif notamment d’alimenter les capacités de raffinage locales.

La piste des importations à ne pas écarter

Au-delà de la production nationale, la mention des importations par l’ITIE n’est pas anodine. Le recours à des sources extérieures pourrait élargir le bassin d’approvisionnement de la nouvelle usine. D’autant plus que la trajectoire que prendra la production nationale dans la durée reste encore à déterminer. Les pays voisins pourraient constituer une première source potentielle en raison de leur proximité, mais cette option devra composer avec l’émergence de plusieurs projets de raffinage dans la région, qui cherchent eux aussi à capter une part des flux d’or disponibles.

De la Guinée au Mali, en passant par la Côte d’Ivoire, plusieurs projets avancent ainsi avec des capacités ambitieuses. La Guinée, par exemple, entend se positionner comme un pôle régional avec la Nimba Gold Refinery, dont la capacité est annoncée à plus de 2 300 kg par jour et pourrait être portée à plus de 500 tonnes par an. Cet environnement potentiellement concurrentiel souligne davantage l’étendue de l’enjeu pour Ouagadougou, alors que de précédents cas illustrent les difficultés liées à l’approvisionnement durable d’une raffinerie. Au Ghana, la Gold Coast Refinery est longtemps restée sous-utilisée avant de bénéficier d’un accord avec le Ghana Gold Board, tandis qu’en Afrique du Sud, le recul de la production nationale a également poussé Rand Refinery à diversifier ses sources d’approvisionnement, notamment à l’étranger.

Pour le Burkina Faso, la mise en service de Raffinor-BF n’annonce donc que le début du chemin à parcourir. Sa capacité à mobiliser durablement les volumes nécessaires au bon fonctionnement de l’usine déterminera dans quelle mesure le pays pourra concrétiser ses ambitions de transformation locale. Le niveau toujours élevé des prix de l’or offre en tout cas un environnement porteur pour ce nouveau pari industriel dans cette filière stratégique de l’économie burkinabè.

Aurel Sèdjro Houenou

Lire aussi :

24/09/2026 - L’Afrique de l’Ouest a-t-elle vraiment besoin d’une raffinerie d’or par pays ?

24/11/2023 - La première raffinerie d’or du Burkina Faso entrera en service fin 2024

 

 

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