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L’Afrique de l’Ouest a-t-elle vraiment besoin d’une raffinerie d’or par pays ?

L’Afrique de l’Ouest a-t-elle vraiment besoin d’une raffinerie d’or par pays ?
  • Date de création: 24 septembre 2026 03:42

(Agence Ecofin) - Les pays ouest-africains ont raison de vouloir raffiner davantage leur or sur place. Ils ont tort, en revanche, de penser que chaque pays producteur doit nécessairement posséder sa raffinerie. À force de multiplier les capacités nationales, la région risque surtout de voir ses usines se disputer le même métal.

Le 16 septembre, la Côte d’Ivoire a annoncé qu’une unité nationale d’affinage de l’or devrait entrer en service au premier semestre 2027. Avant Abidjan, le Mali et le Burkina Faso avaient lancé leurs propres projets de raffineries. La Guinée prépare elle aussi une installation avec une ambition ouvertement régionale.

La multiplication de ces projets n’a rien d’absurde. Avec des cours de l’or qui ont atteint des niveaux records ces dernières années, il devient encore plus difficile d’accepter qu’un métal extrait localement parte à l’étranger pour y subir sa dernière étape de transformation. Raffiner sur place doit permettre de conserver des emplois et des revenus, mais aussi de mieux contrôler les volumes et la qualité du métal exporté.

C’est une ambition légitime. Elle ne rend pas pour autant rationnelle la construction d’une raffinerie derrière chaque frontière. Le raffinage de l’or est une activité où les volumes comptent énormément. Une usine doit financer ses équipements, ses laboratoires, sa sécurité et ses équipes spécialisées, alors que la rémunération tirée de chaque once traitée reste faible au regard de la valeur du métal. Plus elle reçoit d’or, mieux elle répartit ces coûts. Lorsqu’elle manque de matière première, l’équation se dégrade rapidement.

Or plusieurs projets ouest-africains sont dimensionnés bien au-delà de la seule production industrielle de leur pays. Le Mali construit une raffinerie capable de traiter 200 tonnes par an, alors que sa production industrielle tournait autour d’une cinquantaine de tonnes en 2024. Le Burkina Faso a annoncé une capacité d’environ 150 tonnes, également supérieure à sa production industrielle annuelle. La Côte d’Ivoire vise 100 tonnes et compte sur la progression de sa production pour se rapprocher de ce niveau. En Guinée, la capacité annoncée dépasse 500 tonnes par an, contre un peu plus de 70 tonnes d’or produites en 2025.

Ces écarts ne condamnent pas les projets. Ils disent simplement une chose : pour fonctionner à plein régime, plusieurs de ces installations devront trouver d’autres sources d’approvisionnement, qu’il s’agisse de mieux capter l’or artisanal ou d’attirer du métal venu des pays voisins.

Le Ghana sait déjà ce que cela signifie. Premier producteur africain d’or, le pays possède pourtant des raffineries qui ont longtemps tourné en dessous de leurs capacités. Depuis cette année, les autorités cherchent à leur garantir davantage de métal et imposent à certains acteurs de l’or artisanal de faire affiner localement leur production avant exportation.

L’Afrique du Sud a dû résoudre le même problème d’une autre manière. Avec le déclin de sa production aurifère, Rand Refinery a progressivement cherché davantage de matière première ailleurs sur le continent. Aujourd’hui, une part importante de l’or qu’elle traite vient de l’étranger. Elle n’est plus seulement la raffinerie de l’Afrique du Sud : elle fonctionne comme une plateforme pour plusieurs producteurs africains.

C’est ce que la Guinée veut devenir à son tour. Son ministre des Mines, Bouna Sylla, assume d’ailleurs le pari : selon lui, voir chaque pays ouest-africain disposer d’une raffinerie ne pose pas de problème, puisque les installations les plus compétitives survivront.

L’argument se défend. Mais si plusieurs États comptent sur l’or du voisin pour faire de leur raffinerie un hub régional, tous ne pourront pas gagner ce pari. C’est là que l’ambition de souveraineté doit retrouver le raisonnement économique.  Lorsque l’État engage du capital ou organise l’approvisionnement de l’usine, la souveraineté ne peut tenir lieu de modèle économique.

Louis-Nino Kansoun

 

 
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