(Agence Ecofin) - Après plusieurs années d’expérimentation, la Côte d’Ivoire se prépare à élargir l’usage des technologies intelligentes dans les transports. Ce changement d’échelle se profile dans un contexte où la congestion continue de coûter cher à l’économie.
La Côte d’Ivoire prépare une nouvelle étape dans la numérisation de son système de transport. Après une première phase consacrée notamment au déploiement de dispositifs de surveillance et de contrôle, Abidjan veut porter la couverture de son Système de Transport Intelligent (STI) à 40 %, contre 16,8 % actuellement, selon les données présentées dans le cadre de la mission conduite en Chine par le ministre des Transports et des Affaires maritimes, Amadou Koné.
Du 14 au 22 septembre 2026, la délégation ivoirienne a notamment exploré à Pékin et Shanghai les solutions développées par Huawei dans les domaines des transports intelligents, des villes connectées, de la cybersécurité et des infrastructures numériques, dans le prolongement de missions similaires effectuées auparavant aux États-Unis et au Japon.
Cette extension se profile alors que les premiers résultats disponibles montrent une amélioration de certains indicateurs de sécurité routière, mais aussi la persistance de difficultés sur le réseau. Entre 2021 et 2023, le nombre d’accidents corporels est passé de 10 054 à 8 089, soit une baisse de 24 %, selon le bilan de la Stratégie nationale de sécurité routière 2021-2025. Le nombre de morts a également reculé de 833 à 765 sur la même période.
Passer d’un dispositif ciblé à une couverture plus large
Le STI ivoirien repose notamment sur des radars fixes et mobiles, des panneaux à messages variables, des réseaux de télécommunications dédiés, des feux intelligents et des systèmes d’information destinés aux usagers. Le pays dispose également d’un centre de commandement dont l’achèvement est en cours.

La vidéo-verbalisation constitue l’une des composantes déjà déployées. En 2023, le gouvernement indiquait que son extension était alors réalisée à plus de 90 % au niveau national, avec une couverture complète sur plusieurs grands axes, notamment Abidjan - Yamoussoukro, Yamoussoukro - Ouangolodougou, Yamoussoukro - Daloa et Abidjan - Noé. Le dispositif avait notamment pour objectif de produire davantage de données sur les comportements routiers afin d’orienter les politiques de sécurité.
La phase envisagée aujourd’hui cherche à aller plus loin. Outre l’extension de la couverture à 40 %, les autorités prévoient notamment un système global de surveillance des véhicules, un Centre national d’opération des transports et une plateforme sécurisée destinée à la gestion des véhicules commerciaux.
Un enjeu au delà de la sécurité routière
L’extension du STI répond également à un problème économique majeur pour Abidjan. La capitale économique concentre une part importante des activités et des déplacements du pays, alors que ses principaux axes sont régulièrement confrontés à la congestion. La Banque mondiale estimait déjà à environ 4 à 5 % du PIB le coût annuel des dépenses et pertes de temps liées aux déplacements à Abidjan. Elle évaluait à plus de 10 millions le nombre de déplacements quotidiens dans la ville, et à environ 1 200 milliards FCFA (environ 2,08 milliards USD) par an les coûts directs et les coûts d’opportunité associés à la mobilité.
Dans ce contexte, la gestion numérique du trafic constitue un complément aux investissements physiques dans les infrastructures. Les données issues des radars, des capteurs, des feux intelligents ou des systèmes de surveillance peuvent permettre de mieux identifier les points de congestion, de coordonner les interventions et d'améliorer la gestion des flux.

Le gouvernement inscrit d’ailleurs le STI dans une stratégie plus large de transformation de la mobilité urbaine. Le projet de mobilité urbaine durable et intégrée d’Abidjan, financé notamment par un accord de plus de 131 milliards FCFA avec la Banque islamique de développement, prévoit à la fois des infrastructures BRT, du métro, le développement du transport lagunaire et le déploiement d’un système de transport intelligent.
La prochaine phase devra donc répondre à plusieurs enjeux : assurer la maintenance des équipements, garantir la disponibilité des réseaux, sécuriser les données collectées et assurer l’interopérabilité entre les différentes plateformes utilisées par les acteurs du transport.
Henoc Dossa
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