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Manioc OGM : le Kenya examine une demande de culture à grande échelle

  • Date de création: 22 octobre 2025 13:39

(Agence Ecofin) - Au Kenya, le manioc est la troisième denrée produite en volume après le maïs et la pomme de terre, ce qui en fait une filière stratégique pour la sécurité alimentaire, surtout dans les zones arides où il est cultivé. Les autorités misent sur la biotechnologie pour accroître le rendement du tubercule.

Au Kenya, l’Organisation nationale de recherche agricole et animale (Kalro) vient de soumettre une demande d’autorisation auprès de l’Autorité nationale de gestion de l’environnement (Nema) pour la culture de huit variétés de manioc génétiquement modifié dans 18 comtés à travers le pays, après plusieurs années d’expérimentation en laboratoire. L’information, parue au Journal officiel le 16 octobre, indique que la Nema a rendu public le rapport d’évaluation d’impact environnemental (EIE) et ouvert une consultation publique de 30 jours, au terme de laquelle une décision finale sera prise.

Selon les détails de ce rapport, les variétés de manioc génétiquement modifiées ont été conçues pour mieux résister à la sécheresse ainsi qu’à la mosaïque africaine du manioc (CMD) et la striure brune (CBSD), deux maladies virales dévastatrices qui peuvent détruire jusqu’à 80 % des récoltes. Elles affichent en outre un cycle de culture plus court que les variétés conventionnelles.

D’après la Kalro, l’utilisation de ces nouveaux matériels génétiques présente également l’avantage d’obtenir de meilleurs rendements et de réduire l’utilisation des pesticides ainsi que les coûts associés aux traitements phytosanitaires, au profit des agriculteurs. Les données compilées par le Bureau national de la statistique (KNBS) indiquent que la récolte de manioc au Kenya s’est élevée en moyenne à 918 770 tonnes entre 2020 et 2023, avec un rendement moyen de 13 tonnes par hectare.

Un contexte juridique et social sous tension

Bien que la Kalro ait soumis sa demande, le contexte juridique reste incertain. En mars 2025, la Cour d’appel du Kenya a suspendu la décision du gouvernement prise en 2022 visant à autoriser l’importation, la culture et la commercialisation de produits génétiquement modifiés. Cette décision fait suite à un recours introduit par plusieurs organisations de la société civile, dont la Kenya Peasants League, qui invoquent des motifs constitutionnels, sanitaires et environnementaux pour contester la levée de l’interdiction sur les OGM.

En conséquence, les importateurs et producteurs kényans ne sont pas autorisés à importer ni à cultiver des produits OGM tant que la Cour d’appel n’aura pas rendu sa décision finale. De plus, l’Autorité nationale de biosécurité (NBA), organisme public chargé de superviser l’usage des OGM, ne pourra approuver aucune nouvelle demande relative aux produits génétiquement modifiés jusqu’à la fin de la procédure.

C’est dans ce contexte de méfiance vis-à-vis des OGM que la NBA a initié, en mai 2025, une campagne nationale de sensibilisation visant à combattre « la désinformation généralisée » concernant les OGM dans le pays. Cette initiative s’inscrit dans le plan stratégique 2023 –2027 de développement de la biotechnologie, doté d’un budget de 1,94 milliard de shillings (15 millions $), visant notamment à renforcer la compréhension publique des enjeux liés à la biosécurité et aux technologies génétiques.

Si la Nema donne son feu vert, le manioc deviendra la première denrée de base génétiquement modifiée à être cultivé commercialement au Kenya, et la deuxième culture agricole OGM approuvée dans le pays après le coton en 2019.

Stéphanas Assocle

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