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Travail des enfants : au-delà des droits, une question de survie

  • Date de création: 22 octobre 2024 08:37

(Agence Ecofin) - En septembre dernier, le Département américain du Travail a publié une nouvelle édition de sa « liste des biens produits par le travail des enfants ou le travail forcé », qui vise à éliminer de la chaîne d’approvisionnement mondiale les produits « entachés » par le travail des enfants. Parmi les 72 nouveaux biens ajoutés, plusieurs proviennent de pays africains, notamment dans les secteurs de l’agriculture, des mines et des textiles.

L’inclusion dans cette liste de plusieurs pays comme la RDC, le Ghana, le Tchad, la Centrafrique, la Côte d’Ivoire, malgré les efforts consentis ces dernières années pour lutter contre le travail des enfants, illustre une vérité : les réalités complexes des nations africaines ne sont pas suffisamment prises en compte et restent analysées à travers le prisme de normes élaborées en Occident.

Une vision simpliste

Pour beaucoup, les images d’enfants travaillant dans des mines ou des plantations, comme celles capturées en RDC, en Côte d'Ivoire et au Ghana, sont insupportables. Elles incarnent une réalité brutale qui heurte les sensibilités. Selon l’Unicef, le travail des enfants englobe toutes les tâches dangereuses ou inadaptées à leur âge, et prive les enfants de leur droit à l’éducation et à une enfance normale.

Mais ces définitions, bien que pertinentes et nuancées, ne saisissent pas toujours les spécificités des contextes locaux. Les solutions proposées par les acteurs internationaux pour lutter contre le travail des enfants partent souvent de bonnes intentions, mais elles omettent une réalité essentielle : le travail des enfants en Afrique est souvent une question de survie pour les familles, et non un choix délibéré.

Une nécessité imposée par la pauvreté

Pour de nombreuses familles vivant dans la pauvreté, ce que l’Occident qualifie de « travail des enfants » est perçu différemment. Prenons l’exemple de Mariam, une fille de 13 ans en Côte d’Ivoire qui aide sa mère à récolter du cacao dans une plantation à Grand-Lahou, chaque jour après l’école. Pour sa famille, cette contribution est vitale pour s’assurer d’avoir suffisamment de nourriture pour que les frères et sœurs de Mariam ne dorment pas la nuit sans dîner. Mariam a beau être exposée à des conditions pouvant nuire à sa santé et impacter ses résultats à l’école, cette forme de travail n’est pas perçue comme de l’exploitation, mais comme une solidarité familiale.

Mariam a beau être exposée à des conditions pouvant nuire à sa santé et impacter ses résultats à l’école, cette forme de travail n’est pas perçue comme de l’exploitation, mais comme une solidarité familiale.

De la même manière, le père de Nshimba, un jeune garçon de 12 ans qui l’aide dans une mine artisanale à Kolwezi en RDC, ne voit pas en quoi son fils est « exploité ». Au début, Nshimba ne faisait que l’accompagner pour ne pas rester seul à la maison, mais  progressivement, selon que le père juge qu’il est suffisamment mature pour telle ou telle tâche, il devient comme un apprenti qui acquiert des compétences par l’observation et l’aide. Si les conditions de travail sont indéniablement dangereuses, cette contribution est cruciale pour la survie de la famille.

Ces deux exemples ne sont pas des cas isolés. Ils ramènent à un problème fondamental, la pauvreté. Selon la Banque mondiale, environ 74,6 % des Congolais vivaient avec moins de 2,15 dollars par jour en 2023. Dans ces conditions, les enfants ne travaillent pas par choix, mais par nécessité.  Pour certaines familles, la participation des enfants aux activités économiques familiales est moins une question de violation de droits qu’un besoin de subsistance.

Comprendre avant de sanctionner

Les sanctions ou mesures unilatérales visant à interdire les produits issus du travail des enfants, comme celles évoquées dans le rapport du Département américain du Travail risquent de frapper plus durement les familles africaines pauvres qu’elles ne résolvent le problème à sa racine. Il ne suffit pas d’imposer des restrictions pour supprimer le travail des enfants. Ce qu’il faut, c’est offrir des alternatives.

Selon l’Organisation internationale du travail (OIT) et l’Unicef, l’Afrique subsaharienne était en 2020 la région où le pourcentage (23,9%) et le nombre d’enfants (66,6 millions) « astreints au travail des enfants » sont les plus élevés au monde. Si ces chiffres sont alarmants, la manière dont ils sont perçus à l’international et la communication faite autour n’intègrent pas les réalités locales des familles qui luttent pour leur survie.

Si ces chiffres sont alarmants, la manière dont ils sont perçus à l’international et la communication faite autour n’intègrent pas les réalités locales des familles qui luttent pour leur survie.

Les ONG reconnaissent que la pauvreté est la cause principale du travail des enfants. Cependant, les solutions apportées, telles que des subventions ou des programmes de scolarisation gratuite, ne suffisent pas. Envoyer un enfant à l’école est une bonne initiative, mais dans certaines zones rurales, les écoles se trouvent à des kilomètres de chez eux, les enfants manquent de fournitures scolaires et les conditions d’apprentissage sont précaires. De plus, même avec un diplôme, les perspectives d’emploi sont limitées.

Trouver des solutions durables en écoutant les populations locales

L’Occident, en cherchant à imposer ses normes, risque de perpétuer des solutions inefficaces. Il est temps de changer d’approche. Au lieu de sanctionner et de juger, il faut dialoguer avec les populations africaines, écouter leurs besoins et comprendre leurs réalités. Les familles africaines ne demandent pas de la charité, mais des outils pour offrir un avenir meilleur à leurs enfants. Ce n’est qu’en offrant des alternatives viables, telles que l’accès à une éducation de qualité et des emplois décents pour les parents, que la communauté internationale pourra véritablement éradiquer le travail des enfants.

La crise économique de 2008 a montré que même dans les pays développés, comme l’Italie, des enfants ont dû travailler pour soutenir leurs familles. Cela montre que même dans des sociétés riches, la nécessité peut ramener à des pratiques jugées « inacceptables ». Les gouvernements, les ONG, les entreprises internationales et surtout les familles africaines doivent travailler ensemble pour bâtir des solutions durables. Car au fond, l’objectif est commun : que chaque enfant ait la possibilité d’aller à l’école, sans avoir à choisir entre apprendre et survivre.

Louis-Nino Kansoun

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