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Poulet : au Gabon, l’interdiction des importations ouvre un front commercial avec les États-Unis

Poulet : au Gabon, l’interdiction des importations ouvre un front commercial avec les États-Unis
  • Date de création: 21 septembre 2026 03:41

(Agence Ecofin) - Le Gabon dépend encore largement des importations pour approvisionner son marché en viande de poulet. Alors que le gouvernement prévoit d’interdire les importations de poulet de chair à compter du 1er janvier 2027, la mesure suscite déjà des réactions de la part de partenaires commerciaux, dont les États-Unis.

Le Gabon a récemment été interpellé par les États-Unis au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) au sujet de l’interdiction annoncée des importations de poulet de chair, selon le communiqué du Conseil des ministres réuni le 18 septembre dernier. Le document ne précise ni la nature exacte de la démarche américaine, ni les arguments avancés par Washington. Libreville indique toutefois vouloir anticiper un éventuel contentieux commercial.

« Afin de prévenir tout contentieux commercial et de préserver les intérêts économiques du pays, le Gouvernement élaborera une stratégie nationale fondée sur les exceptions prévues par les accords de l’OMC et sur la négociation diplomatique », indique le communiqué.

La réaction américaine intervient alors que le Gabon ne représente qu’une part limitée des débouchés des exportateurs américains de volaille. Selon les données de commerce international utilisées pour cette analyse, les États-Unis ont exporté en 2025 environ 3,2 millions de tonnes de viandes et abats de volaille, pour une valeur proche de 4,7 milliards de dollars. Les importations gabonaises en provenance des États-Unis se seraient établies à environ 9 600 tonnes, pour quelque 12 millions de dollars. Cela représente environ 0,3 % des exportations américaines en volume et autour de 0,25 % en valeur.

Un contexte africain particulier

L’interpellation du Gabon intervient dans un contexte où les exportateurs américains de viande cherchent à améliorer leur accès à plusieurs marchés africains.

Le 1er juin 2026, la Fédération américaine des exportateurs de viande (USMEF) a notamment appelé le Bureau du représentant américain au commerce (USTR) à tirer davantage parti de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) pour obtenir un meilleur accès à certains marchés africains. L’organisation a notamment évoqué des obstacles commerciaux en Afrique du Sud, au Nigeria, en Angola, en Namibie et au Kenya.

Au Nigeria, l’USMEF a ainsi dénoncé la fermeture du marché aux importations américaines de viande rouge fraîche ou congelée, à l’exception d’une gamme limitée de produits transformés. L’organisation a également relevé des barrières tarifaires et non tarifaires dans plusieurs autres pays africains.

Cette campagne ne concerne donc pas directement le Gabon ni spécifiquement la volaille. Elle montre néanmoins que l’accès aux marchés africains constitue un enjeu commercial pour les exportateurs américains de produits carnés.

Le précédent sud-africain illustre, de son côté, la sensibilité du sujet à Washington. En 2015, les États-Unis avaient engagé un réexamen de l’éligibilité de l’Afrique du Sud à l’AGOA en raison notamment de barrières affectant l’accès de produits américains, dont la volaille, au marché sud-africain. Washington avait alors annoncé son intention de suspendre les avantages de l’AGOA applicables aux produits agricoles sud-africains si Pretoria ne répondait pas à certaines exigences concernant l’accès au marché.

Les deux pays ont finalement conclu un accord prévoyant notamment un contingent tarifaire de 65 000 tonnes par an pour certaines importations de poulet américain. Les premières expéditions ont repris en 2016.

Le Gabon face à un double enjeu

L’interdiction envisagée par Libreville pose donc un double enjeu. Sur le plan intérieur, elle doit permettre de donner davantage de débouchés aux producteurs locaux, de stimuler les investissements dans la filière et de réduire la dépendance aux importations. Sur le plan extérieur, elle pourrait exposer le Gabon à des contestations de la part de ses partenaires commerciaux.

La question dépasse d’ailleurs largement les États-Unis. Le Brésil et l’Union européenne figurent parmi les principaux fournisseurs du marché gabonais de la volaille. Selon les données de commerce international citées dans le projet, le Gabon aurait importé environ 104 000 tonnes de viandes et abats de volailles en 2025. Le Brésil en aurait fourni près de 54 000 tonnes, soit environ 52 %, tandis que les pays de l’Union européenne auraient représenté quelque 23 000 tonnes, soit près de 22 %.

Pour Libreville, le défi consiste donc à disposer d’une offre locale suffisamment importante pour prendre progressivement le relais des importations, tout en limitant les risques de tensions commerciales avec ses différents fournisseurs.

L’enjeu est d’autant plus important que, depuis 2025, les investissements dans la filière avicole se multiplient dans le pays en préparation de l’interdiction annoncée pour 2027. Le 4 mai dernier, les autorités ont ainsi annoncé cinq conventions d’un montant total de plus de 775 milliards FCFA (environ 1,35 milliard $) avec des investisseurs gabonais et étrangers pour développer des capacités de production avicole et agro-industrielle, notamment avec le groupe turc Hakan Kiran Holding et le groupe gabonais NJS.

Stéphanas Assocle

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26/08/2026 : Viandes rouges : les exportateurs américains gagnent du terrain sur le marché nigérian

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