(Agence Ecofin) - Les organismes génétiquement modifiés sont souvent présentés comme un levier pour accroître les rendements agricoles. Si certains pays africains ont déjà adopté cette technologie, la majorité du continent demeure prudente, à l’image de l’Angola.
L’Angola autorise désormais l’importation et la production de semences génétiquement modifiées de coton et de graines de ricin. Cette mesure exceptionnelle a été annoncée par le ministère de l’Agriculture dans un communiqué publié le 15 mai dernier, qui précise que leur utilisation pour la production d’huile alimentaire reste exclue.
« L’utilisation, la culture, l’expérimentation et l’importation de variétés génétiquement modifiées à des fins de recherche scientifique ou de culture, sont soumises aux conditions de réglementation et de contrôle à fixer par le département ministériel chargé de l’Agriculture », rapporte l’Agence angolaise de presse qui a relayé l’information.
Cette dérogation pour le coton et le ricin marque un assouplissement prudent de la position de Luanda sur les organismes génétiquement modifiés (OGM). Il faut noter que la législation angolaise qui interdit la production de plantes ou d’animaux OGM, est en vigueur depuis décembre 2004, soit depuis plus de 20 ans.
Si les raisons qui ont poussé à ce changement n’ont pas été révélées, certains facteurs peuvent être mis en lien. Le coton et le ricin sont en effet des cultures qui peuvent soutenir l’émergence de deux secteurs industriels stratégiques : le textile et la filière émergente des biocarburants.
Une mesure de soutien à la relance de la production cotonnière ?
Le recours au coton Bt peut être interprété comme un levier technologique destiné à améliorer la compétitivité d’une filière en déclin et à concrétiser les ambitions de relance affichées par le gouvernement angolais depuis plusieurs années. En 2014, le ministère de l’Agriculture avait par exemple lancé un plan de relance de la filière coton, avec l’ambition de mettre en valeur 70 000 hectares de terres agricoles et de porter la production nationale à 100 000 tonnes par an à partir de 2017.
Cependant, les données compilées par la FAO montrent qu’en 2024, le pays n’a produit que 3 300 tonnes de coton graine, sur une superficie de 5 836 hectares, révélant l’écart considérable entre les objectifs initiaux et les résultats obtenus.
Il convient de noter que les variétés transgéniques de coton sont généralement utilisées pour améliorer la résistance aux ravageurs et réduire le recours aux pesticides, avec à la clé des gains potentiels de rendement et une baisse des coûts de production.
En Afrique du Sud, où le coton Bt est adopté pour la culture à grande échelle depuis 1997, les données compilées par la FAO montrent par exemple que le rendement de coton graine obtenu a atteint 2,5 tonnes par hectare entre 2020 et 2024. Sur la même période, ceux enregistrés en Angola se sont établis à 0,78 tonne en moyenne.
L’enjeu est d’autant plus stratégique pour l’industrie textile, alors que la pénurie de coton avait paralysé le fonctionnement de certains opérateurs comme l’usine África Têxtil au cours des dernières années.
Des intérêts dans l’industrie émergente des biocarburants ?
Comme pour le coton dans l’industrie textile, le ricin s’impose comme une matière première clé dans l’industrie émergente des biocarburants. Dans le pays, la compagnie pétrogazière italienne ENI collabore depuis 2021 avec l’Agence nationale du pétrole, du gaz et des biocarburants d’Angola (ANPG) et Sonangol pour la production d’agrocarburants à partir de graines de ricin.
Selon les informations relayées par les médias locaux, l’entreprise a depuis annoncé des investissements d’au moins 100 millions USD pour créer 35 centres agricoles destinés à produire principalement du ricin et des unités de trituration pour en extraire l’huile qu’elle utilise dans ses bioraffineries basées en Italie. Il a également été évoqué la possibilité de construire une bioraffinerie en Angola. Autant d’initiatives destinées à structurer et intégrer une chaîne de valeur des biocarburants dans le pays d’Afrique centrale, avec au centre du projet le développement de la culture du ricin.
Stéphanas Assocle
Édité par Wilfried ASSOGBA
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