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L’UE pressée d’améliorer la présence de ses entreprises sur les minéraux critiques africains

  • Date de création: 19 novembre 2024 17:02

(Agence Ecofin) - La dépendance de l’Union européenne vis-à-vis de la Chine pour certains minéraux critiques va jusqu’à 100 %. Bruxelles veut diversifier ses fournisseurs, en nouant notamment des partenariats avec les pays africains qui hébergent 30 % des réserves mondiales de minéraux critiques.

Entreprises chinoises, japonaises, sud-coréennes et américaines se bousculent ces dernières années pour sécuriser l’accès aux minéraux africains essentiels à la transition énergétique. Selon un rapport de l’European Council, les entreprises européennes brillent par leur faible présence dans cette course entre grandes puissances, malgré les besoins croissants du vieux continent.

L’Union européenne dépend actuellement de quelques pays pour son approvisionnement en minéraux critiques, dont à 100 % par exemple de la Chine pour les terres rares lourdes. Dans la loi sur les matières premières critiques adoptée en 2024, Bruxelles veut ramener à 65 % au plus la dépendance de l’Union envers un seul pays pour ces matières premières critiques. Atteindre cet objectif suppose de nouer des accords d’approvisionnement avec des pays riches en minéraux et qui ne fournissent pas ou peu l’Europe actuellement.

L’Afrique héberge par exemple 30 % des réserves mondiales de minéraux stratégiques et l’Union européenne a identifié plusieurs pays du continent, dont la RDC et la Namibie, pour réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine. Aux côtés des Etats-Unis, l’UE s’est aussi engagée à investir dans des initiatives clés comme le Corridor de Lobito. Les efforts institutionnels entrepris par l’UE peinent cependant à porter leurs fruits, car le secteur des minéraux critiques africains est majoritairement dominé par la Chine, avec une présence croissante de nouveaux acteurs comme la Corée du Sud, le Japon, les Émirats arabes unis ou encore l’Arabie saoudite.

Les raisons de la faible présence européenne en Afrique

Intitulé « Material World: How Europe Can Compete with China in the Race for Africa’s Critical Minerals », le rapport met en évidence plusieurs raisons pour lesquelles les entreprises européennes peinent à s’imposer en Afrique. Le respect des normes sociales et environnementales (ESG) leur impose par exemple des coûts supplémentaires qui rendent ces entreprises moins compétitives face à des concurrents internationaux. Ces derniers peuvent proposer des offres plus avantageuses pour les gouvernements africains.

Le document souligne aussi que l’Union européenne n’a pas réussi à fournir un soutien structurel suffisant pour encourager son secteur privé à investir en Afrique. Le manque d’incitations financières et de garanties pour les entreprises européennes limite leur capacité à accéder aux financements nécessaires pour sécuriser l’accès aux minéraux critiques.

Les efforts européens destinés à améliorer l’environnement des affaires en Afrique, notamment à travers des projets de renforcement des capacités locales et des infrastructures, comme Lobito, peuvent même bénéficier davantage à des entreprises non européennes. Cette situation se manifeste notamment en Namibie, où le partenariat avec l’UE n’a pas attiré d’investissements européens significatifs, malgré des opportunités locales pour le traitement et la transformation des minéraux.

Nouer un partenariat gagnant – gagnant

Si les entreprises européennes sont encore à la traine par rapport aux géants industriels asiatiques, Bruxelles peut compter sur quelques acteurs en Afrique. Par exemple, le belge Umicore a signé cette année un accord avec la Gécamines afin d’assurer le traitement du germanium produit en RDC. Il s’agit d’un métal critique dont l’approvisionnement est essentiellement assuré par la Chine. La RDC entend bientôt atteindre 30 % de parts de marché au niveau mondial et peut constituer une alternative à l’Empire du Milieu.

Par ailleurs, les sociétés britannique Pensana et australienne Ionic Rare Earths pilotent respectivement en Angola et en Ouganda des projets de terres rares destinés à approvisionner des usines au Royaume-Uni. Le développement de ces usines peut permettre à l’UE de sécuriser une partie de son approvisionnement directement sur le sol européen. Pour renforcer la présence d’acteurs européens ou proches d’intérêts européens, le document invite Bruxelles et les institutions financières européennes à proposer des incitations aux entreprises européennes.

Cela peut inclure des garanties de prix (plancher et plafond) aux entreprises investissant dans l’extraction et la transformation locale, afin de les protéger de la volatilité des prix et sécuriser les revenus des producteurs européens. Cela pourrait être une opportunité pour l’Afrique qui cherche justement à accroitre son rôle dans la chaine de valeur de ces minéraux.

Entre 2019 et 2023 par exemple, l’Afrique n’a attiré que 2,8 % des investissements directs étrangers (IDE) alloués dans le monde à la transformation des minéraux critiques, alors que le continent héberge 30 % des réserves mondiales de ces minéraux. Réduite au rôle d’exportateur de minerais bruts, le continent ne capterait ainsi que 55 milliards $ sur le marché global des batteries et véhicules électriques estimé à 8800 milliards d'ici 2025.

Emiliano Tossou

Lire aussi :

25/07/2024 - Minéraux critiques : l’Afrique peine à attirer des IDE pour la transformation locale (rapport)

25/07/2024 - Minéraux critiques : l’Afrique peine à attirer des IDE pour la transformation locale (rapport)

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