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Engrais : l’Inde se tourne davantage vers les producteurs africains face aux tensions autour d’Ormuz

Engrais : l’Inde se tourne davantage vers les producteurs africains face aux tensions autour d’Ormuz
  • Date de création: 13 août 2026 06:51

(Agence Ecofin) - Les perturbations autour d’Ormuz poussent l’Inde à diversifier ses approvisionnements en engrais. Une évolution qui ouvre davantage le marché indien aux producteurs africains, alors que New Delhi cherche à réduire sa dépendance aux fournisseurs du Golfe.

La crise autour du détroit d’Ormuz modifie les circuits d’approvisionnement de l’Inde en engrais. Au premier trimestre de l’exercice 2026/2027, New Delhi a importé 2,5 millions de tonnes d’urée, dont près de 1,1 million de tonnes auprès de l’Égypte, de l’Algérie et du Nigeria, alors qu’aucun de ces trois pays n’avait livré de volume sur la même période un an plus tôt. Ces chiffres proviennent de données fournies par le ministère indien du Commerce.

L’Afrique gagne du terrain dans les achats indiens 

Entre avril et juin 2026, l’Égypte a livré 609 000 tonnes d’urée à l’Inde, devant l’Algérie avec 245 000 tonnes et le Nigeria avec 244 000 tonnes. Avec les 211 000 tonnes expédiées par la Géorgie, ces quatre fournisseurs ont représenté 52 % des importations du trimestre.

Cette progression s’inscrit dans une tendance plus large. Sur l’ensemble de l’exercice 2025/2026, le Nigeria avait livré 447 090 tonnes d’urée à l’Inde, l’Algérie 217 059 tonnes et l’Égypte 194 830 tonnes. New Delhi continue par ailleurs de s’approvisionner dans le Golfe et auprès d’autres marchés, notamment Oman, la Malaisie, la Russie, la Turquie et le Vietnam.

L’enjeu est de réduire l’exposition à une concentration géographique des approvisionnements. Malgré ses 33 usines et une capacité nationale de 26,9 millions de tonnes, l’Inde importe encore environ 20 % de ses besoins annuels.

Ormuz accélère une diversification déjà engagée 

Le Golfe constituait jusqu’ici une source importante d’urée et d’engrais phosphatés pour l’Inde. Les perturbations autour d’Ormuz, en renchérissant le fret et en compliquant les calendriers de livraison, ont accéléré la recherche de fournisseurs alternatifs.

Le mouvement était déjà amorcé au printemps. Dès mars, les autorités indiennes citaient l’Égypte, l’Algérie, le Maroc et le Togo parmi les producteurs africains susceptibles de contribuer à cette diversification, alors que New Delhi cherchait à constituer ses stocks avant la campagne agricole d’été.

Pour les producteurs africains, l’évolution transforme donc une possibilité commerciale en flux concrets. L’Égypte et l’Algérie disposent d’une importante capacité de production d’urée, tandis que le Nigeria a déjà accru ses expéditions vers l’Inde. Cette demande supplémentaire peut leur permettre de diversifier leurs débouchés au-delà de leurs marchés traditionnels.

Des coûts qui restent sous pression 

La diversification ne suffit toutefois pas à contenir la hausse des coûts. Le prix d’un sac d’engrais de 45 kg est passé d’environ 30 à 45 USD. Le ministère indien des Engrais propose en conséquence de porter les subventions publiques à 37,1 milliards USD, contre 18,6 milliards initialement budgétés, après une facture supérieure à 22,8 milliards USD en 2025/2026.

Dans le même temps, New Delhi a réduit ses prévisions de consommation en raison d’anticipations de précipitations moins favorables. Les besoins sont désormais estimés à 38,39 millions de tonnes, contre 39,05 millions auparavant, tandis que la demande d’urée a été ramenée de 19,4 à 19 millions de tonnes.

Pour les producteurs africains, la prochaine étape sera de convertir ces achats liés aux tensions géopolitiques en relations commerciales plus durables. Prix, volumes disponibles et fiabilité des liaisons maritimes seront déterminants.

L’opportunité dépasse le marché indien. En Afrique, le marché des produits agrochimiques, évalué à 12,21 milliards USD en 2025, pourrait atteindre 15,08 milliards USD en 2031, les engrais représentant déjà 50,55 % de sa valeur. Le renforcement des échanges avec l’Inde pourrait ainsi s’inscrire dans une dynamique plus large de développement des débouchés pour les producteurs africains.

Olivier de Souza

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